Analyse
Le lustre passé de la livre sterling il y a 8 ans - mercredi 8 avril 2009
L’économie britannique peine à la tâche. La livre sterling en paie le prix.

Après avoir longtemps bénéficié d’un net avantage en taux d’intérêt par rapport à l’euro, la devise britannique a rapidement fait machine arrière. Et l’avenir s’annonce sombre.

· Le temps où l’économie britannique et la livre sterling faisaient des jaloux semble passé. Les moteurs de la croissance britannique, les secteurs immobilier et financier, sont en piteux état:
– le « boom » du marché résidentiel a créé chez les Britanniques un sentiment de richesse qui les a amenés à s’endetter au-delà du raisonnable. La bulle ainsi constituée a fini par éclater, au détriment évidemment des ménages concernés, ce qui a considérablement freiné la consommation ;
– la crise financière a montré la fragilité de l’économie britannique, trop concentrée sur les services, les services financiers surtout et tout particulièrement la City londonienne. Négligée, l’industrie a vieilli et n’a pu suffisamment tirer parti du commerce international florissant. Elle ne le peut pas aujourd’hui non plus, malgré l’affaiblissement de la livre.
· Pour contrer la crise, le gouvernement de Gordon Brown a multiplié les plan(s) de sauvetage des banques et la banque centrale a baissé les taux directeurs jusqu’à 0,5 %, un plancher historique – surtout quand on compare aux 5,5 % d’il y a un an ! La livre sterling en est devenue d’autant moins intéressante, au point de déprimer.
· Le produit intérieur brut (PIB) du Royaume-Uni devrait se contracter de 3 % cette année et de 0,3% en 2010. C’est dramatique, même à long terme. Le secteur financier ressortira de la crise affaibli, si bien qu’il ne pourra plus contribuer à la croissance dans la même proportion. On doit donc s’attendre pour l’avenir à des performances économiques nettement inférieures à celles des dix dernières années.

VENDEZ VOS OBLIGATIONS
· Sur le marché des sicav obligataires, il faut bien distinguer entre deux groupes. Fidelity Sterling Bond A (*) et JPM Sterling Bond A (*) ont perdu respectivement 21,7 et 30 % l’an passé. Pourquoi ? Parce qu’un tiers seulement de leur portefeuille a été placé en emprunts émis par des Etats et des institutions internationales. Par contre leurs nombreuses obligations « corporate » ont été massacrées par l’aversion au risque apparue l’an dernier. Si on se tourne vers KBC Renta Sterlingrenta (*) et Threadneedle Sterling Bond (*), on constate que leur recul est de 9% « seulement ». Elles ont surtout misé sur la sécurité offerte par les émetteurs publics et ont tiré parti de la baisse des taux. En fait, c’est la chute de la livre qui explique leur rendement négatif.
· Une livre incontestablement bon marché. Sa sous-évaluation est d’environ 25 %. Pourtant, nous vendrions nos sicav obligataires. La livre n’est pas au bout de ses peines et, à l’exception de celle de CBC-KBC, ces sicav sont chères en frais annuels. La faiblesse de leur rendement actuel est un désavantage de plus.

CONSERVEZ VOS ACTIONS
· La livre sterling est sens dessus dessous et l’économie britannique sous perfusion : que faire ? Ce n’est évidemment pas bon pour la Bourse. Pourtant, nous conserverions nos sicav d’actions. Elles misent surtout sur les nombreuses multinationales cotées en Bourse de Londres. Des entreprises comme BP, GlaxoSmithKline, Royal Dutch Shell et HSBC Holdings ne sont pas tellement dépendantes des performances de l’économie britannique. Lorsque l’économie mondiale reprendra des couleurs, ces leaders mondiaux seront les premiers à en profiter. De plus, si l’on se fonde sur tous les ratios habituels, la Bourse de Londres est très bon marché.
· Si les marchés financiers devaient remonter la pente, il y a gros à parier que la position de leader de nombre de sociétés cotées à Londres, leur rendement élevé sur dividende et leur faible évaluation auront vite fait d’attirer les investisseurs, ce qui fera monter leurs cours. Les sicav les mieux gérées sont SSgA UK Index Equity (***) et CAAM United Kingdom (**).

EVOLUTION DE LA LIVRE STERLING (en EUR)

Un euro fort ou une livre faible? Le résultat est le même. La livre souffre des problèmes rencontrés par les marchés immobilier et financier britanniques. L’industrie, négligée, n’arrive pas à profiter de la faiblesse de la devise.

TABLEAU DE BORD DE L’ECONOMIE BRITANNIQUE
(chiffres à fin mars 2009)

Evolution annuelle de la Bourse de Londres (après change en EUR)

1 an: -39,5 %

3 ans: -18,4 %

5 ans: -5,1 %

Cours devise (GBP)

Evolution GBP

1 GBP = 1,0796 EUR

1 an: -13,9 %

5 ans: -27,8 %

Croissance économique attendue en 2009

Royaume-Uni: -3 %

Zone euro: -2,7 %

USA: -2 %

Taux de chômage actuel

Royaume-Uni: 6,4 %

Zone euro: 8,5 %

USA: 8,5 %

Taux d’inflation actuel

Royaume-Uni: 3 %

Zone euro: 0,6 %

USA: 0,2 %

Niveau actuel des taux directeurs et évolution attendue

Royaume-Uni: 0,5 % (=)

Zone euro: 1,25 % (-)

USA: 0-0,25 % (=)

 

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