Analyse
Un fleuron s'est fané il y a 8 ans - jeudi 9 juillet 2009
Dexia Total Return Bond Fund n'est pas sur le chemin du… total retour.

Les détenteurs de Dexia Total Return Bond Fund et de Dexia Total Return Bond II Fund vendent en masse. Pourtant, lors de leur lancement, ces sicav furent de grands succès. Que s’est-il passé ?

Certains de nos lecteurs posent la question : les sicav Dexia Total Return Bond Fund et Dexia Total Return Bond II Fund sont-elles encore dignes de confiance ?

UNE BELLE HISTOIRE…
Fin 2004, Dexia lance Dexia Total Return Bond Fund avec son concurrent Cortal Consors, devenu depuis Cortal Consors BNP Paribas. Grâce notamment à une campagne de pub dynamique, c’est un grand succès. Un milliard EUR sont collectés durant la période de souscription, quelques mois plus tard le compteur est à deux milliards ! La sicav est présentée à l’époque comme ce qu’il y a de mieux en matière de gestion obligataire et d’innovation au sein de l’écurie Dexia Asset Management. L’objectif est de dégager des rendements comparables à ceux des sicav obligataires, mais avec un risque moindre et selon le concept du ‘total return’ qu’il ne faut pas confondre avec celui du return absolu (voir encadré). Dexia Total Return Bond II Fund, lancée l’année suivante, est un second succès.

… QUI FINIT MAL
· Les chiffres sont éloquents: fin juin l’avoir de Dexia Total Return Bond Fund n’était plus que de 824 millions EUR. En soi, ce n’est pas mal, mais par rapport aux débuts... Idem pour Dexia Total Return Bond II Fund, retombée à 399 millions EUR. En gros, l’amaigrissement est de 50 %. Les investisseurs, professionnels et particuliers, ont retiré leurs billes en masse. Et ce n’est pas fini.
· Le fameux concept du ‘total return’ a fait long feu. Dexia Total Return Bond Fund a été lancée en 2004 à la valeur d’inventaire de 100 EUR. Cinq petites années plus tard, on est à 105,87 EUR. Faites le calcul : cela correspond à un rendement annuel moyen de 1,2 %, avant frais. Quant à Dexia Total Return Bond II Fund, son rendement est plus faible : en moyenne 0,3 % par an avant frais depuis 2005. Pour les douze derniers mois, on est même dans le rouge. Il était normal que les souscripteurs décrochent.
· Ces deux sicav font appel à une dizaine de stratégies obligataires pour répartir leur portefeuille. C’est là que le bât blesse. Les bénéfices tirés des obligations garanties par une hypothèque (+12,3 % au cours des douze derniers mois) ont été réduits à néant par les pertes dues aux obligations convertibles (-24,5 %) et à haut rendement (-10,2 %). En soi, la répartition stratégique n’est pas un mal, mais ici on en vient à une sorte de paralysie mortelle. Et rien ne nous permet de dire que ça puisse changer.

DEXIA TOTAL RETURN BOND ET OBLIGATIONS ‘CORPORATE’ (base = 100)

L’évolution de la sicav de Dexia (en gras) est encore la plus proche de celle d’une sicav d’obligations d’entreprises en euros. Mais les obligations convertibles et à haut rendement ont érodé son portefeuille l’an dernier.

TROP COMPLIQUE
· Dès le début, nous nous sommes demandé quel pouvait être le profil de l’investisseur qui se laisserait séduire par une telle construction. Le portefeuille de cette sicav repose, on l’a dit, sur une dizaine de stratégies différentes. Le résultat ? Un machin trop compliqué qui n’est ni chair ni poisson au sein duquel le bénéfice tiré de telle stratégie est mangé par la perte de telle autre – et inversement. Une telle répartition réduit le risque certes, mais dans ce cas-ci elle met surtout un sacré frein sur les prestations ! Vendez.
· Si vous cherchez un placement à revenu fixe en EUR présentant un risque limité, préférez un compte d’épargne à haut rendement comme BKCP Excellence (2,5 % de taux de base + 0,65 % de prime de fidélité) ou le db E-saving account de Deutsche Bank (2,40 % + 0,60 %). Vous trouverez les meilleures conditions du moment sur notre rubrique ‘Comptes d’épargne’. Ou auprès de notre Service d’aide individuelle au 02/542 33 50. Vous pouvez aussi opter pour une sicav d’obligations en EUR liées à l’inflation comme CAAM Euro Inflation Bond (distribuée entre autres par la Deutsche Bank), KBC Bonds Inflation-Linked Bonds et SISF Global Inflation Linked Bond A (aussi Deutsche Bank entre autres). Enfin, il y a les sicav d’obligations ‘corporate’ avec échéance.

‘Total return’

Contrairement aux sicav de return absolu, qui recourent à l’effet de levier (= emprunt) et visent à dégager un rendement positif quelle que soit l’évolution des marchés financiers, les sicav du type ‘total return’ ne recourent pas à l’emprunt et se veulent avant tout défensives. Pour cela, elles se fondent sur différentes stratégies obligataires. L’accent est mis davantage sur la limitation du risque plutôt que sur la maximalisation du bénéfice. Pour comparer, le mieux est encore de se référer à un mix de sicav à court terme et obligataires. Comme elles respectent les conditions nécessaires en matière de répartition et de risque, ces sicav ‘total return’ sont commercialisées auprès du grand public, contrairement aux sicav à effet de levier.

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