Analyse
Feu d'artifices chinois il y a 8 ans - jeudi 10 septembre 2009
La Bourse chinoise a fort baissé. Pas sûr que ce soit le bon moment pour acheter.

Jusque début août la Bourse chinoise a été une des places financières de la planète qui a le mieux résisté à la tempête boursière. Hélas, là aussi la météo a fini par se gâter. Les investisseurs ont fui comme s’ils risquaient d’attraper la grippe A ! La Chine conserve tout son potentiel à long terme, mais il est dangereux de s’y aventurer en Bourse pour le moment. Attendez avant d’étoffer éventuellement votre avoir.

Quel est le marché boursier qui a doublé en 2009 avant de maigrir d’un quart le mois dernier ? Réponse : la Chine (voir encadré).
Les capitaux ont afflué en Chine lorsqu’il est apparu que les banques locales n’avaient que peu voire pas du tout été touchées par la crise et que l’économie locale résistait fort bien. Pékin espère pour 2009 un taux de croissance de… 8 % ! Faut-il rappeler qu’en Europe on sera largement dans le rouge ?

BOURSE CHINOISE (en gras) ET INDICE BOURSIER MONDIAL (base = 100)

La Bourse chinoise (en gras) a connu un très mauvais mois d’août, contrairement au reste du monde. S’abstenir provisoirement.

POLITIQUE DE CRÉDIT
· Hélas, le vent a tourné en août. Les données macroéconomiques ont fait apparaître que la croissance des derniers mois reposait surtout sur une politique de crédit débridée : depuis janvier, ce sont 820 milliards EUR (!) qui ont été mis sur la table par les banquiers chinois. Contrairement aux autres pays industrialisés, la Chine oblige en effet ses banques à injecter de l’argent dans l’économie réelle. Pire, pour plaire davantage encore à leurs patrons (publics), des banques comme Industrial & Commercial Bank of China et Bank of China ont accordé (beaucoup) plus de crédits que budgété. Au cours des sept premiers mois de l’année, le volume atteint dépasse celui de toute l’année 2008.
Ces chiffres ont fait hésiter tout le monde, même les autorités locales, ce qui les a amenées à mettre le holà. C’est fait depuis début septembre. Evidemment, la hausse boursière a été stoppée net. Les investisseurs ont pris leur bénéfice.
· Cette politique de crédit débridée laxiste pose un triple problème :
– nombre de crédits ont été accordés à des conditions peu strictes (et souvent) à des entreprises en difficultés, ce qui représente un risque pour les banques. Risque de non-remboursement par exemple, ce qui pourrait affecter tout le système. Voilà qui met à mal la crédibilité des banques chinoises et explique que les actions de China Citic Bank et China Merchants Holding aient perdu un tiers de leur valeur en août ;
– beaucoup de cet argent a afflué vers des secteurs qui souffrent de surcapacité, l’acier par exemple. Les investisseurs se demandent (à juste titre) quels sont les débouchés pour cette production supplémentaire, la demande intérieure étant insuffisante. Ce qui signifie pression sur les prix, déflation et plus grande dépendance de l’exportation, donc de l’étranger. Les actions du secteur sidérurgique ont baissé de 40 % ;
– certaines sources indiquent que 20 % de l’argent prêté n’auraient pas été investis dans l’économie réelle mais dans des achats d’actions. Cela pourrait expliquer la hausse de janvier à juillet 2009. Mais c’est aussi une fameuse épée de Damoclès si d’aventure cet argent devait prendre le chemin inverse.

WAIT AND SEE
· Malgré ces inquiétudes, l’économie chinoise est et reste une des plus dynamiques du monde. Il ne sera pas facile de reproduire les performances du passé, mais les innombrables plans de réforme et de modernisation ainsi que l’introduction d’un système de sécurité sociale devraient permettre à la tirelire de plus en plus garnie de la population chinoise de jouer un rôle de plus en plus actif dans le développement économique du pays.
· La correction qu’a connue la Bourse chinoise est donc logique. Ceci dit, même aujourd’hui elle n’est pas bon marché. La spirale à la baisse dans laquelle elle est entraînée pourrait encore durer quelque temps, à moins que la confiance des investisseurs revienne vite.
Pour le moment, nous nous abstiendrions de tout investissement dans des sicav misant uniquement sur les actions chinoises. Wait and see.
· Considérez l’Asie comme une région à risque mais potentiellement intéressante. Si vous ne craignez pas le risque et que votre horizon temporel est de dix ans au moins, vous pouvez acheter. Idéalement via une sicav régionale diversifiée, même si cela comprend la Chine. La sicav Fidelity South East Asia Fund A (disponible entre autres à la Deutsche Bank, ISIN: LU0048597586, ***) est bien gérée. Plus d’infos dans notre article 'Mettez un tigre dans votre portefeuille'.

‘Les’ marchés boursiers  chinois

Contrairement à ce qui se passe ailleurs, il n’y a pas en Chine ‘un’ marché boursier mais plusieurs. Les marchés continentaux comme Shanghai et Shenzhen comptent en plus deux sous-marchés appelés « marché A » et « marché B ». Hong Kong, elle, est souvent considérée dans son ensemble, mais on y trouve trois types d’actions. Enfin, les sicav du label ‘Greater China’ comprennent aussi des valeurs de la Bourse de Taiwan, riche en valeurs technologiques

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