Analyse
L'investissement éthique a mûri il y a 8 ans - jeudi 12 novembre 2009
Les sicav éthiques plus populaires que jamais.

Les sicav éthiques – on dit aussi ‘durables’ – ont enfin trouvé leur place sur le marché. Grâce à une approche plus pragmatique, grâce aussi à de louables efforts de promotion. Et l’investisseur a répondu présent.

· La ‘Semaine de l'investissement durable et socialement responsable’ a eu lieu du 17 au 23 octobre dernier.  L’occasion pour l’asbl Belsif, le ‘Forum Belge pour l’Investissement Durable et Socialement Responsable’ de publier des chiffres record pour le secteur. Après une décennie de vents instables il semble que les préjugés aient cédé et que l’investissement socialement responsable (ISR) ait enfin trouvé sa place dans la cour des grands.
· La part de marché de ce type de placement a longtemps végété à moins de 1%. Fin juin dernier, on en était à 5,9 % ou 6,8 milliards EUR (source : BEAMA). A première vue, ce n’est pas beaucoup. Erreur funeste. Aucun pays d’Europe ne fait aussi bien que nous. Et il y a encore du potentiel.
· Le succès de l’ISR repose sur plusieurs choses. Le secteur est sorti de sa gangue et son modèle économique s’est élargi (voir plus loin), ce qui a attiré davantage d’investisseurs. Plusieurs institutions comme Dexia et CBC-KBC ont mis des sicav de ce type sur le marché. Le succès des sicav éthiques avec protection du capital et de celles misant sur d’autres instruments que les actions a aussi contribué à populariser l’ISR.

AVOIRS EN ISR (échelle de gauche, en milliards EUR) ET PART DE MARCHE (échelle de droite, en %)

La croissance de l’ISR s’accélère. Alors que l’ensemble des avoirs en sicav s’est tassé du fait de la crise, la part de l’ISR a fait de la résistance. (Source : BEAMA)

‘BEST-IN-CLASS’
· On peut dire aujourd’hui que l’ISR a fait bien du chemin. Dans les années nonante, il suffisait qu’elle n’investisse pas dans le secteur de l’armement pour qu’une sicav soit considérée comme éthique. Les critères étaient négatifs et, reconnaissons-le, la différence avec les sicav classiques assez limitée.
· Depuis on est passé aux critères positifs. Seules les entreprises fournissant de réels efforts dans les domaines sociaux, écologiques et sociétaux peuvent arborer le label. Le revers de la médaille est que le nombre de ces entreprises est encore relativement limité, ce qui a pesé sur les prestations des sicav éthiques.
· C’est la raison pour laquelle le principe du ‘best-in-class’ a été mis au point. Les sicav éthiques n’excluent plus, mais se concentrent sur les entreprises qui, dans leur secteur, répondent le mieux aux critères de durabilité. Cette approche est celle qui est la plus utilisée dans notre pays.

PRESTATIONS
· Les critères éthiques, c’est bien. Très bien même. Mais ce qui intéresse au premier chef les investisseurs, c’est le rendement. Où en est-on par rapport aux sicav classiques ? La littérature sur le sujet ne donne qu’une réponse chèvre-choutiste : les sicav éthiques ne font ni mieux, ni pire que les autres.
· Nous avons fait l’exercice sur deux périodes, 3 et 5 ans.
– Les sicav d’actions durables ont fait moins bien (à concurrence de 1 à 1,5% par an), mais elles affichent aussi un profil moins risqué ;
– en moyenne, les sicav d’obligations durables font mieux ;
– les sicav durables mixtes font un peu moins bien, mais elles sont aussi moins exposées au risque.
· En fait, que ce soit dans le camp éthique ou dans l’ensemble du marché, il y a surtout des sicav bien gérées et d’autres qui le sont moins. Du fait de la restriction du spectre dans lequel elles peuvent choisir, les sicav d’actions durables ont souvent fait moins que les autres ces dernières années. Mais on a connu l’inverse les années précédentes. Que faut-il retenir de tout ceci ?
· D’abord qu’une sicav éthique - ou durable, en français c’est la même chose – peut à court terme se comporter différemment d’une sicav classique. Mais qu’à long terme l’écart est souvent lissé.
· Ensuite qu’en optant pour l’ISR vous ne choisirez sans doute pas la meilleure sicav sa catégorie, mais que si vous disposez d’un horizon de placement suffisamment long, vous ne serez probablement pas pénalisé, à la condition bien sûr que le fait de privilégier l’ISR soit pour vous un facteur important. 

OÙ S'INFORMER ?
Si l’envie devait vous prendre de vérifier par vous-même si une action, une obligation ou une sicav méritent réellement le label éthique, sachez que vous vous attaquez à une tâche titanesque. Heureusement, il existe plusieurs institutions spécialisées qui font ce travail pour vous et qui sont susceptibles de vous fournir toute l’information nécessaire. En voici quelques-unes :
– Belsif (www.belsif.be) propose la ‘matrice ISR’. A notre avis, il n’y a pas mieux pour faire son choix dans l’offre en sicav durables. Vous pouvez sélectionner ce qui semble le mieux sur la base des critères qui à vos yeux sont les plus importants. Mais c’est en anglais ;
– Ethibel (www.ethibel.be), une agence conseil spécialisée en investissements éthiques, publie des fiches sur plus de 400 entreprises ;
– RFA (www.financite.be), un réseau pluraliste d’organisations non-marchandes, suit l’actualité éthique, entre autres via une lettre spécialisée.

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