Analyse
Plutôt bonsaï que banzaï il y a 7 ans - jeudi 12 novembre 2009
Une nouvelle équipe est au pouvoir au Japon. Fera-t-elle mieux que ce qu'on a vu jusqu'ici ?

Les sicav investies au Japon ? Mieux vaut rester à l’écart. La Bourse de Tokyo est chère et l’économie nipponne, fort dépendante des exportations, doit se régénérer. Le yen baisse et les autorités abondent dorénavant dans le même sens. Ce n’est pas le moment de jouer au rameur à contre-courant.

· Les Japonais ont décidé fin août de mettre un terme à un demi-siècle de domination du Parti libéral-démocrate. Le vainqueur du scrutin est le Parti démocrate du Japon (PDJ). A l’annonce de cette victoire, ses dirigeants ont promis des changements. Il faut restaurer la confiance du consommateur, l’amener à dépenser davantage et rendre ainsi le pays moins dépendant des exportations. Toute une série d’initiatives nouvelles ont été annoncées.
· Près de trois mois plus tard, où en est-on ? La réalité a repris ses droits. La consommation reste déprimée – et déprimante – du fait de la stagnation des revenus, du vieillissement de la population et d’un taux de chômage élevé pour le pays (plus de 5 %). La crédibilité de la nouvelle équipe au pouvoir a aussi été minée par les discours contradictions de certains de ses membres, sur le vigueur du yen par exemple. Bref, on attend. On attend de voir ce qui va vraiment changer.

IL FAUDRA DU TEMPS
· Le contexte est tel (consommation intérieure faible, investissements des entreprises au plus bas) qu’il est impossible pour le Japon de ne plus compter sur ses exportations. Le nouveau gouvernement a renoncé à diverses mesures prises par son prédécesseur, ce qui entraîne des coûts qui ne peuvent être couverts tant que les nouvelles mesures de stimulation de l’économie n’auront pas exercé leurs effets.
On parle de reprise mondiale. Les chiffres le montrent, mais on est encore loin du compte et, si pour le Japon c’est une bonne nouvelle, l’incertitude demeure. C’est précisément pour échapper à ces contraintes que le nouveau gouvernement nippon veut encourager la demande intérieure. Il faudra du temps. Sans doute beaucoup de temps.
· On peut s’attendre pour cette année à une (dé)croissance désastreuse (-6 %). 2010 devrait aller mieux (-0,1 %), mais ce n’est qu’en 2011 que la croissance reviendrait. Inutile de vous dire que c’est peu brillant.
· Compte tenu de ce qui précède et des résultats attendus pour les entreprises japonaises, nous trouvons les actions locales très chères. C’est un premier point.
· Les obligations japonaises ont toujours donné un rendement minuscule (0,7 % pour un emprunt d’Etat à 5 ans) qui, par dessus le marché, ne sera pas dopé, contrairement à ce qu'on a vu autrefois, par l’appréciation de la devise. Un mot d’explication.

LE YO-YO DU YEN

EVOLUTION DU YEN EN EURO

Le yen a tiré parti l’an dernier du dénouement de toute une série d’opérations de ‘carry trade’. Aujourd’hui, il est reparti à la baisse.

· La forme exceptionnelle dont a fait preuve le yen l’an passé (+29,6 %) était pour beaucoup d’observateurs une preuve des dérèglements régnant sur les marchés financiers. En fait, elle résultait de l’aversion croissante des investisseurs pour le risque. Comment cela ? Les institutionnels, notamment les ‘hedge funds’, ont en bloc retourné leurs positions de ‘carry trade’ (voir encadré). Depuis la situation s’est normalisée et le yen est revenu à ses mauvaises habitudes d’autrefois (voir graphique).
· Cette année la devise japonaise a déjà perdu 6 % par rapport à l’euro, ce qui fait qu’elle est aujourd’hui (à nouveau) sous-évaluée. A court terme nous ne voyons pas ce qui l’amènerait à prendre le chemin inverse. D’autant que le nouveau gouvernement nippon ne veut plus entendre parler de la politique du yen fort de l’équipe précédente. Il est vrai qu’une devise forte n’est pas ce qu’il y a de plus facile pour un pays (très) exportateur. Le gouvernement fait donc tout son possible pour accompagner la descente du yen et il est aidé en cela par la Banque du Japon qui maintient ses taux à un plancher inégalé (environ 0,1 %). C’est de nature à préserver le début de croissance que l’on sent, mais pour l’investisseur le message est clair : le yen ne va pas monter.

TROP TÔT
A notre avis, il est bien trop tôt pour (ré)investir au Japon. La Bourse a déjà intégré dans ses cours toutes les bonnes nouvelles possibles, les obligations rapportent toujours aussi peu et on sait ce qu’il ne faut pas attendre du yen. Notre conseil : mieux vaut s’abstenir.

Vous avez dit ‘carry trade’ ?

Cette technique consiste à emprunter dans une devise aux taux peu élevés, par exemple le yen (JPY) ou le dollar américain (USD), pour investir dans une devise aux taux fort élevés, par exemple le dollar néo-zélandais (NZD). Le bénéfice est constitué de l’écart de taux, pour autant que la parité entre les deux devises ne bouge pas. Dans notre exemple, il est de l’ordre de 2 %. Lorsque de telles transactions se font en masse, elles font grimper le NZD et chuter le JPY. On l’a vu. Mais arrive un jour où il faut rembourser ces emprunts. A ce moment, c’est l’inverse qui se produit: le NZD chute et le JPY monte. On l’a vu aussi.

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