Analyse
La marée remonte il y a 7 ans - jeudi 15 avril 2010
Les obligations "corporate" ont retrouvé leur tonus. Mais sont-elles encore intéressantes ?

Les sicav d’obligations “corporate” (= obligations d’entreprises) en euros ont beaucoup souffert pendant la crise. Mais 2009 a signé leur retour en grâce, au point que les investisseurs se ruent de nouveau sur ces placements. Faut-il suivre le mouvement ?

· Les sicav d’obligations « corporate » (= obligations d’entreprises) de qualité ont connu des temps éprouvants. Pendant une petite décennie, leur valeur d’inventaire n’a cessé de croître régulièrement et leurs détenteurs ont profité, tout au long de cette période, du petit extra en rendement que ces obligations offraient par rapport aux émissions d’Etat. Un petit extra justifié, parce que si les faillites de grandes entreprises sont rares, on ne peut jamais exclure le risque de non-paiement, fût-il partiel. Un risque plus élevé que celui lié à un emprunt d’Etat (occidental).
· La crise financière est venue tout perturber dès la mi-2007. L’aversion au risque a pris des proportions considérables, si bien que le petit extra dont question plus haut est rapidement devenu insuffisant. Surtout quand ont circulé des informations selon lesquelles les défauts de paiement d’entreprises avaient atteint des proportions (un petit 10 % en Europe) inégalées depuis les années trente.
· Les conséquences en ont été catastrophiques. Le marché des obligations « corporate » a plongé pour la première fois depuis une dizaine d’années et les entreprises à la recherche de financement se sont vu contraintes de payer le prix fort pour avoir accès au marché des capitaux. Alors qu’un petit extra de 0,4 % suffisait encore début 2007, il n’a fallu que quelques mois pour voir cette prime de risque – c’est bien de cela qu’il s’agit – exploser pour atteindre fin 2008 le montant astronomique de 4 %. Tout cela à un moment où le rendement d’une obligation d’Etat à 10 ans était en moyenne de 3 % environ en euros.
· Cette situation n’est évidemment pas restée sans effet sur les sicav d’obligations “corporate” en euros. Leur portefeuille regorgeait d’emprunts dont nombre d’investisseurs ne songeaient qu’à se défaire, ce qui a pesé sur leur cours. En moyenne, leur recul s’est stabilisé autour de 15 %, mais certains ont été jusqu’au-delà de -20 % comme Fortis L Bond Corporate Euro (*).

LA MALHEUR DES UNS…
· Alors que les dirigeants d’entreprise n’avaient que leurs yeux pour pleurer devant l’évolution des choses sur le marché obligataire, les plus opportunistes parmi les investisseurs ont rapidement compris, eux, ce qu’ils pouvaient en tirer. Les bons emprunts de bonnes entreprises étaient descendus trop bas. C’était notre avis aussi. Nous vous avons d’ailleurs conseillé à l’époque les sicav d’obligations “corporate” de qualité.
· Il est apparu entre-temps que la fin du monde n’est pas pour tout de suite. Les économies reprennent du tonus, lentement mais sûrement. On peut même dire que le redressement est plus rapide que prévu, si bien que les entreprises en besoin de capitaux doivent déjà payer moins en prime de risque que pendant la crise. Par contre, certains pays ont vu leurs finances publiques se dégrader davantage que prévu, si bien qu’ils doivent, eux, payer davantage. Le résultat de ces deux mouvements est que l’écart de taux entre les obligations « corporate » et les obligations d’Etat est revenu à 0,8 % environ (voir graphique). C’est une bonne chose pour les sicav concernées. Elles ont plus que compensé leurs pertes précédentes et gagné en moyenne 23 % depuis que le vent a tourné. Leur valeur d’inventaire est même supérieure de 12 % à ce qu’elle était avant la crise.

ECART DE RENDEMENT OBLIGATIONS “CORPORATE” ET EMPRUNTS D’ETAT

La crise du crédit à fait monter l’écart de rendement entre obligations “corporate” et obligations d’Etat à des niveaux inégalés. Aujourd’hui les choses sont plus ou moins rentrées dans l’ordre.

OPPORTUNITÉ ?
· Faut-il encore investir dans une sicav d’obligations « corporate » ? Globalement, nous estimons que non :
– la demande (élevée) pour ce type d’actif a fait que l’écart de rendement avec les obligations d’Etat s’est réduit à peu de chose. Il ne devrait plus fondre, si bien que le potentiel est très faible ;
– les taux d’intérêt sont fort bas en ce moment et il faut s’attendre à les voir remonter dès que les économies seront tout à fait remises sur les rails. Cela ne manquera pas de peser sur les cours obligataires et donc sur les portefeuilles des sicav ;
– les gestionnaires de ces sicav se tournent à nouveau de plus en plus souvent vers les émissions nouvelles du secteur financier. A notre avis, c’est trop tôt, les résultats du secteur étant encore difficiles à estimer.
· Nous profiterions plutôt de la situation actuelle pour vendre nos parts de sicav d’obigations « corporate » en euros. En un an, ces sicav ont vu leur valeur d’inventaire gonfler de 25 % en moyenne. Il nous paraît peu probable qu’elle gonfle encore beaucoup.

EMPRUNTS INDIVIDUELS
Il n’y a pas que les sicav, il y a aussi les obligations “corporate” émises directement par les entreprises. Elles peuvent être intéressantes si l’émetteur est solvable et qu’elles sont émises à de bonnes conditions. Comme il faut s’attendre à voir remonter les taux, optez pour des émissions de courte durée (5 ans maximum). Contactez notre Service d’aide individuelle au 02/542 33 50 pour avoir une idée des dernières émissions intéressantes. Les abonnés à notre revue sœur Test-Achats invest peuvent consulter notre rubrique ‘Obligations’.

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