Analyse
La samba pour danseurs avertis il y a 7 ans - mercredi 14 avril 2010
Êtes-vous un investisseur dynamique ? Disposez-vous de plusieurs années devant vous ? Si oui et uniquement dans ce cas, osez une samba endiablée avec les actions brésiliennes.

L’économie brésilienne n’a pu échapper aux effets de la crise, mais elle a aussi été une des premières à s’en remettre. Le danger maintenant réside dans la résurgence de l’inflation. Mais le potentiel est réel. En Bourse aussi. Si votre horizon de placement vous le permet et si vous n’êtes pas trop sensible aux fluctuations boursières, prenez la route de São Paulo.

L’économie brésilienne peut à nouveau respirer. Du fait de la crise financière, elle a plongé dans une récession plus grave que celle qu’elle avait connue en 1998, lors de la crise du real, la devise brésilienne. Plus grave mais limitée quand même puisque, contrairement à ce qui s’est passé dans cet autre grand Etat d’Amérique latine qu’est le Mexique, la croissance économique brésilienne n’est pas tombée en dessous de zéro. Cela tient beaucoup à la structure économique du pays. L’économie brésilienne est relativement fermée, ses exportations ne représentent que 12 % de son produit intérieur brut (PIB). Des exportations qui, de surcroît, prennent surtout le chemin de la Chine, qui n’a pas connu de récession et qui, au fil du temps, est devenue le principal partenaire commercial d’un Brésil riche en matières premières. Le revers de la médaille est bien sûr que la locomotive latino-américaine dépend de sa croissance interne.

NUAGE ROSE
· Le Brésil doit beaucoup à sa population, où l’on ne compte que 7,4 % de chômeurs (8 % en Belgique), si bien que cette population, qui s’enrichit chaque année, consomme allègrement. Avec l’aide notamment d’un crédit sans cesse meilleur marché. La banque centrale brésilienne y a mis du sien : elle a baissé ses taux directeurs de 13,75 % début 2009 au minimum historique (actuel) de 8,75 %. Avec pour conséquence une hausse de la consommation de 4,1 % entre 2008 et 2009. L’Etat n’est pas resté inactif, lui non plus, puisqu’il a investi beaucoup dans les infrastructures locales notamment.
· Le Brésil vit-il pour autant sur un petit nuage rose ? Non, parce que la reprise de la croissance au deuxième semestre 2009 a emmené avec elle un bien encombrant passager, l’inflation. Le chiffre avancé pour cette année est de 5%. C’est plus que le plafond de 4,5 % que la banque centrale avait instauré. La question n’est donc pas de savoir si la banque centrale va intervenir, mais quand. Toute remontée de ses taux directeurs va immanquablement peser (lourdement) sur la consommation intérieure, dont on connaît l’importance (63 % du PIB). De plus, des élections présidentielles sont prévues pour la fin de cette année, ce qui pourrait réorienter les priorités économiques du pays. Néanmoins, le potentiel du pays est énorme, justifiant qu’on s’y intéresse.

CROISSANCE TRIMESTRIELLE AU BRESIL ET DANS LA ZONE EURO (en %)

Le Brésil n’a pu échapper aux effets de la crise. Mais il s’en est vite remis.

SICAV OU TRACKER
· Investir en actions brésiliennes, c’est opter pour un mix associant énergie (comme Petrobras), matières premières (Vale, Siderurgica Nacional) et finance (Banco Bradesco, Banco Itau). C’est accepter aussi la versatilité de l’indice boursier local : si elle a gagné 113 % en 2009, la Bourse de Sao Paulo en avait perdu 54 l’année précédente. Ses performances depuis le début de l’année n’ont rien de spectaculaire : +5 % au 1er trimestre alors que la moyenne mondiale est de +10 %. Aujourd’hui, sur la base des ratios habituels, on peut dire que la Bourse de São Paulo est correctement évaluée. A nos yeux cependant, il y a encore du potentiel. Les investisseurs étrangers continuent à se manifester et la décision du gouvernement brésilien d’augmenter sensiblement (de 50 à 70 %) le poids maximum des actions dans l’avoir des fonds de pension a été chaleureusement applaudie.
Si vous pouvez vous passer pendant un certain temps d’une partie de votre argent et que vous n’avez pas peur des fluctuations de cours, les actions brésiliennes sont pour vous. Mais sans perdre de vue la nécessaire diversification que cela implique.
· Il ne manque pas de sicav investissant en actions brésiliennes, mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Deux sicav seulement nous ont positivement étonnés, Amundi Funds Brazil et Fortis L Equity Brazil, mais elles affichent respectivement un et deux ans au compteur, si bien que l’on ne dispose pas de suffisamment de recul. Nous vous conseillons d’attendre encore. Quant aux vieilles connaissances que sont EMIF Brazil Index Plus, Horizon Access Fund Brazil (CBC-KBC toutes deux, prestations faibles) et – surtout – HSBC GIF Brazil Equity A (Deutsche Bank, risque élevé), elles dansent une samba qui fait mal au portefeuille. A éviter.
· Que reste-t-il, sinon les trackers cotés en Bourse ? Ces produits suivent à la trace leur indice de référence – ce qui dans le cas présent évitera les mauvaises surprises, comme pour les sicav. Ici aussi nous retrouvons une vieille connaissance, iShares MSCI Brazil Index, qui est à éviter (frais trop élevés) et un challenger, Lyxor ETF Brazil (Euronext Paris, ticker RIO), qui malgré son jeune âge (trois ans) est parvenu à faire mieux que l’indice boursier brésilien le plus connu, le Bovespa, une sorte de Bel 20 qui comprend toutefois trois fois autant d’actions. A notre avis, ces bonnes performances devraient se répéter. Ce tracker est coté en euros et il capitalise ses dividendes.

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