Analyse
Coup d'oeil sur les marchés il y a 7 ans - jeudi 10 juin 2010
Pauvre, pauvre euro...

Le mois dernier restera marqué d’une pierre noire dans l’histoire de l’euro. Les mesures prises pour sauver la Grèce et consorts de la culbute n’ont convaincu qu’au dernier moment. Entre-temps, le mal était fait. Les sicav d’actions ont quant à elles souffert du recul des marchés boursiers. Les sicav obligataires, elles, étaient en embuscade.

Le mois de mai a été chahuté. Il a fallu calmer les marchés financiers qui s’acharnaient sur le risque de voir la Grèce ne plus être en mesure d’honorer ses dettes. L’euro était au centre de la tourmente. Un premier ‘paquet’ de 100 milliards EUR de soutien financier avancé par l’Europe et le Fonds monétaire international (FMI) a été balayé par les spéculateurs. Heureusement, la Commission européenne, les Etats membres de la zone euro et le FMI ont rapidement réagi et mis sur la table la somme astronomique de 750 milliards EUR. Et la Banque centrale européenne (BCE) a complété le tableau en annonçant qu’elle interviendrait sur les marchés si nécessaire. Ouf ! Aujourd’hui, le risque de voir la Grèce ou d’autres pays menacés faire la culbute s’éloigne quelque peu. Mais la leçon doit en être tirée : place maintenant à l’assainissement des finances publiques.

Les bourses en mai 2010

Bourse

       Evolution (1) sur

1 mois

12 mois

Amsterdam (AEX)

-7.3%

23.6%

Athènes (ATHEX 20)

-19.2%

-38.6%

Bruxelles (BEL 20)

-4.2%

18.4%

Francfort (DAX 30)

-4.6%

17.0%

Hong Kong (H.SENG)

1.2%

24.9%

Lisbonne (PSI 20)

-4.5%

-2.1%

Londres (FTSE 100)

-3.9%

22.1%

Madrid (IBEX 35)

-10.8%

-0.7%

Milan (FTSE MIB)

-9.4%

-1.7%

Nasdaq Composite

-0.6%

46.7%

New York (S&P 500)

-0.5%

36.7%

Paris (CAC 40)

-8.1%

7.0%

Stockholm (OMXS 30)

-6.7%

41.0%

Sydney (ASX)

-10.0%

41.2%

Tokyo (Nikkei 225)

-1.2%

24.1%

Toronto (S&P/TSX)

0.8%

36.6%

Zurich (SMI)

-3.5%

25.6%

(1) en %, après conversion en euro, fin mai 2010ZONE EURO
· Cette situation a pesé sur les marchés boursiers de la zone euro. Plus d’un investisseur, saisi par la peur, a viré de bord direction actifs moins risqués comme les obligations d’émetteurs sûrs (voir plus loin). En moyenne, les sicav d’actions de la zone euro ont perdu 5,6 % en mai. C’est nettement plus que le recul enregistré pour les sicav d’actions mondiales (-2,8 %).
· ING (L) Invest Euro High Dividend (**, -6,2 %) doit surtout son net repli à ses actions du secteur pétrolier comme Shell (-8,8 %) du fait notamment de problèmes de BP dans le golfe du Mexique mais du fait aussi de la baisse du prix du baril (- 7,1 % en euros). Le problème s’est aussi posé pour Schroder ISF Euro Equity A (*, -6,2 %) ou le fonds de la branche 23 F-Euro Equities (Assurances Fédérales, *, -9,2 %).
· Ç’aurait pu être pire encore. On le voit aux prestations de la sicav EMIF Greece Index Plus (*, -16,8 %), un des seuls moyens encore disponibles dans notre pays, avec le tracker LyxorETF MSCI Greece EUR (-19 %), pour investir exclusivement en actions grecques. Cette malheureuse sicav a vécu un mois de mai épouvantable du fait de l’effondrement des actions bancaires Alpha Bank (-25 %) et EGF Eurobank Ergasias (-35 %).
· Encore heureux pour les amateurs de sicav d’actions de la zone euro que les valeurs grecques ne pèsent pas très lourd dans leurs portefeuilles, sinon l’impact aurait été celui qu’on devine. Nous vous déconseillons néanmoins d’investir en ce moment dans une sicav d’actions européennes ou de la zone euro. Il existe de meilleures possibilités de diversification.

 

INDICE BOURSIER GREC ET INDICE BOURSIER DE LA ZONE EURO (base 100)

La Bourse d’Athènes (en gras) s’écarte de plus en plus de la trajectoire des autres marchés de la zone euro. Ne pas acheter.

GRÂCE AU DOLLAR
· Avec un recul moyen de 1 % seulement on pourrait croire que les sicav d’actions américaines ont connu un mois moins mauvais que leurs consœurs européennes. Les apparences sont trompeuses : en dollars, Wall Street a perdu plus de 8 % en mai. C’est la forte hausse du billet vert par rapport à l’euro (+8,4 %) qui a permis de limiter les dégâts. ING (L) Invest US ECC (*, -1 %) est une des seules à s’en tirer sans trop de mal grâce à sa prédilection pour les valeurs du secteur technologique. Des actions comme Apple (+6,6 % grâce au succès de son dernier-né, l’iPad) et IBM (+5,8 %, bonnes perspectives) ont généreusement ramé à contre-courant.
· Les nouvelles économiques en provenance d’outre-Atlantique sont porteuses d’espoir. L’oncle Sam reprend du poil de la bête, grâce surtout au redémarrage de la consommation intérieure. Comme les résultats des entreprises sont bons et que Wall Street offre un intéressant potentiel, on obtient un mix qui doit inciter les investisseurs à être présents en sicav d’actions américaines comme l’excellente Columbia Securities (cotée sur Euronext, ticker: COLUM, +2,3 % après distribution du dividende) ou Fortis L Opportunities USA (LU0377124267, ****, +2,8 %). Cette dernière est de droit luxembourgeois, mais elle est gérée exactement de la même manière que sa sœur aînée cotée en Bourse. Sa bonne prestation du mois de mai est due aux mines d’or... canadiennes Goldcorp (+8,4 %) et Barrick Gold (+4,7 %). Ses gestionnaires ne répugnent donc pas à puiser de l’énergie dans le grand nord, ce qui ne nous dérange pas, les valeurs canadiennes étant d’un naturel généreux.

FORTIS L OPPORTUNITIES USA ET INDICE BOURSIER AMERICAIN (base 100)

La sicav de BNP Paribas AM (en gras) sort parfois des sentiers battus, mais elle fait mieux que son indice de référence.

LA TURQUIE RECULE
· Après leurs prestations incroyables du mois d’avril, les sicav d’actions turques ont perdu du terrain en mai (-5,7 %). KBC Equity Turkey (-6,4 %) est la plus malmenée. Les valeurs bancaires surtout on souffert. Les investisseurs ont pris leur bénéfice sur Asya Katilim Bankasi (-11,8 %) et sur Halk Bankasi (-8,7 %). La première avait fortement monté, il est vrai, après avoir décroché une distinction de la part d’associations de consommateurs, la seconde a présenté de bons et non d’excellents résultats, ce qui a suffi pour déplaire.
· Nous parlons de ce sujet dans notre article 'Direction le Bosphore'. Si cette catégorie vous convient, profitez du recul actuel pour vous constituer un avoir en actions turques. Le pays a plusieurs atouts (économie, devise, Bourse).
· Comme vous pouvez le voir dans notre rubrique ‘Stratégie’, les valeurs de pays émergents (Chine et éventuellement Inde, Brésil et Russie) occupent déjà une place de choix dans nos portefeuilles. Voyez donc un placement en Turquie comme la cerise sur le gâteau.

VENT MAUVAIS POUR L'AUSTRALIE
· Les amateurs de sicav d’actions australiennes (AU, -9,6 %) n’ont pas eu de chance. La Bourse de Sydney a beaucoup perdu (-7,6 % en devise locale) et la faiblesse du dollar australien (-2,4 %) a aggravé la chose. Parvest Australia (Fortuneo, -10 %, **) est une des deux sicav de notre sélection qui affiche un repli à deux chiffres pour le mois de mai. En ce qui la concerne, les coupables sont à chercher du côté des grosses valeurs bancaires de son portefeuille comme Commonwealth Bank of Australia (-14,2 %) et Westpac Banking (-17,3 %).
· Le mois de mai a été défavorable sur toute la ligne pour l’Australie. La cause en est le changement d’attitude du gouvernement à l’égard du secteur minier. Les autorités locales envisagent de lever un impôt sur les bénéfices des entreprises du secteur à concurrence de... 40 % (!). Il est probable que l’on n’en arrive pas jusque là, mais il est à peu près sûr qu’il y aura une hausse de la fiscalité. Ce sera un désavantage pour tout le secteur, particulièrement important en Bourse de Sydney.
· De plus, l’atmosphère a changé sur le marché des matières premières. Les autorités chinoises veulent prévenir tout risque de surchauffe de leur économie et elles ont pris des mesures pour contrer ce risque. Et les problèmes financiers de la zone euro risquent de peser sur la croissance économique mondiale. Ces deux facteurs vont freiner la demande en matières premières au second semestre et les investisseurs vont se tourner vers des placements moins risqués. Ce n’est certainement pas un bon signal pour l’économie de matières premières par excellence qu’est l’Australie.
· Comme vous le verrez  dans notre rubrique 'Stratégie', les actions australiennes disparaissent de nos portefeuilles types – ce qui permet d’empocher au passage un joli bénéfice – sauf pour les portefeuilles à très long terme (horizon de placement de 20 ans) qui mettent l’accent sur les actions.

BOURSE AUSTRALIENNE ET INDICE BOURSIER MONDIAL (base 100)

Les placements en actions australiennes (en gras) rapportent depuis longtemps davantage que la moyenne. Le moment est venu de prendre son bénéfice.

ÂGE D'OR
· La seule catégorie qui le mois dernier a rapporté plus ques clopinettes est celle des actions de mines d’or (+4,9 %). Grâce, une fois encore, aux fortes prestations de la valeur refuge par excellence qu’est le métal jaune. En euros, la prix de l’or a augmenté de 10,5 % en mai. C’est un record. Et c’est pareil dans les autres devises.
· L’or est de plus considéré (à nouveau) comme le havre de paix qui, seul, permet de sauvegarder le pouvoir d’achat de ceux qui lui font confiance. Nous ne voyons pas cette situatioon changer de sitôt. Les placements en or restent intéressants : op physique, trackers en or physique comme Gold Bullion Securities (Euronext, GBS) et, même si c’est plus risqué, sicav d’actions de mines d’or comme SGAM Equities Gold Mines A (+5,5 %, LU0006229875, **).

Les secteurs en mai 2010

Secteur

       Evolution (1) sur

1 mois

12 mois

En Europe

Finance

-7.6%

19.4%

Pharma

-2.7%

23.2%

Télécom

-4.7%

21.5%

Technologie

-5.3%

20.1%

Consommation

-2.4%

35.0%

Distribution

-3.9%

31.7%

Utilité publique

-6.6%

6.6%

Dans le monde

Finance

-3.5%

32.1%

Pharma

-0.8%

26.8%

Télécom

0.8%

22.2%

Technologie

-1.4%

46.1%

Consommation

0.6%

41.7%

Distribution

0.8%

42.2%

Utilité publique

-1.5%

19.7%

(1) en %, après conversion en euro, fin mai 2010L'HORREUR TOTALE
· Effectivement, ce fut l’horreur totale pour l’euro en mai. La monnaie unique a perdu du terrain par rapport à toutes les autres devises, à l’exception de cette… exception qu’est le dollar australien. Bien évidemment, l’impact est considérable sur les placements à revenu fixe.
· Les sicav d’obligations internationales en ont largement profité et ont gagné en moyenne 4,3 %, Dexia Bonds World Government Plus (+7,9 %, LU0157931550, ***) en tête. Cette sicav combine deux ingrédients qui se sont révélés rémunérateurs en mai. D’abord elle investit exclusivement, contrairement à la concurrence, en obligations d’Etat peu risquées, laissant ainsi de côté les emprunts ‘corporate’ moins populaires (-1 % en moyenne). Ses gestionnaires misent sur les obligations en yens pour l’instant (près du tiers du portefeuille). Ce sont précisément ces obligations qui ont le mieux presté en mai : +12,3 % en moyenne. Cette sicav reste notre favorite, tout comme Amundi Global Bond (disponible entre autres auprès de la Deutsche Bank, LU0119133188, ***, +6,4 %), dans cette catégorie. Intéressant pour qui veut, au moyen d’une seule sicav, se constituer un portefeuille obligataire bien diversifié.

 

DEXIA BONDS WORLD GOVERNMENT PLUS (en EUR)

Cette sicav est à un niveau record. Le choix de ses gestionnaires en faveur du yen japonais s’est avéré excellent. Intéressant.

INVESTIR EN EUROS
· Les déboires de l’euro attirent bien sûr tous les regards, mais nous vous conseillons de prendre du recul et d’attendre que les marchés obligataires retrouvent leur rythme de fonctionnement. Les problèmes de la monnaie unique ont fait fuir les investisseurs en actions vers les obligations, ce qui a fait monter les cours de ces dernières et pesé sur les taux. Beaucoup de sicav obligataires ont ainsi vu leur portefeuille gonfler. Dans la catégorie des obligations d’Etat en euros, on a gagné jusqu’à 2,9 % sur le seul mois de mai. ‘On’, c’est-à-dire en l’occurrence KBC Renta Long EUR (**), une sicav qui mise sur les emprunts dont la durée restant à courir est fort longue (10 ans et plus).
· Nous trouvons qu’en ce moment il est risqué de tabler sur les sicav d’obligations de (trop) longue durée. Elles seront les premières victimes lorsque, tôt ou tard, les taux remonteront. Mais vous pouvez conserver le gros de vos sicav en obligations d’Etat de courte et de moyenne durée. Pour tout nouvel investissement, tournez-vous plutôt vers un compte d’épargne généreux. Voyez notre rubrique ‘Comptes d’épargne’.
· Par contre, la sicav d’obligations liées à l’inflation (+0,5 %) sont toujours intéressantes. Leur cours actuel se fonde sur le fait que l’inflation ne va pas ressurgir dans un avenir proche. Les investisseurs défensifs qui veulent protéger leur pouvoir d’achat et/ou ceux qui croient à une remontée des taux d’intérêt du fait de l’inflation peuvent toujours miser sur une des sicav de cette catégorie.

Les devises en mai 2010

Code
ISO

Cours (1)
(en euro)

    Evolution (2)

    Persp. (3)

1 m.

1 an

1 an

LT

DKK

0,1344

0.1%

0.1%

=

=

SEK

0,1041

0.3%

11.7%

+

++

NOK

0,1257

-1.3%

11.9%

=

-

CHF

0,7054

1.1%

6.5%

+

+

GBP

1,1841

2.8%

3.9%

=

++

USD

0,8149

8.4%

15.3%

+

=

CAD

0,7766

4.6%

20.5%

+

-

AUD

0,6835

-2.4%

20.9%

=

--

NZD

0,5489

-0.1%

21.4%

=

--

JPY

0,8952

11.9%

20.9%

=

+

(1) fin mai 2010 ; p.ex. 1 USD vaut 0,8149 euros, 100 JPY valent 0,8952 euros ; (2) en %, par rapport à l'euro ; (3) évolution attendue de la devise à 1 an et à long terme.SÉCURITÉ D'ABORD
· La quête collective pour les placements sûrs a aussi eu un impact sur le marché obligataire. Seules les sicav d’obligations d’Etat de première qualité ont été recherchées. Le reste a souffert. Ainsi, les sicav d’obligations ‘corporate’ en euros ont perdu jusqu’à 2,2 %. C’était le cas par exemple d’AXA WF Euro Credit Plus (**), qui mise surtout sur le secteur bancaire. Les sicav d’obligations à haut rendement ont perdu, elles, 2,4 %. Pictet EUR High Yield a vu sa valeur se replier de 5,5 %. Cette sicav mise surtout sur les emprunts ‘corporate’ de pus faible qualité.
· Aucune de ces deux catégories ne nous paraît intéressante en ce moment. Soit leur potentiel est limité (obligations ‘corporate’), soit leur risque trop élevé (obligations à haut rendement). A éviter.

 

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