Analyse
Direction le Bosphore il y a 7 ans - jeudi 10 juin 2010
Les actifs turcs sont à un sommet. Est-il trop tard pour prendre la route du Bosphore ?

La Turquie se porte bien. La Bourse d’Istanbul est même à un record historique – en devise locale. La question est donc légitime : est-il intéressant d’y investir ? Notre réponse est oui, même si la Turquie n’est pas appelée à devenir un des piliers de votre portefeuille. Si vous voulez diversifier votre avoir et que vous ne craignez pas d’investir dans un pays émergent, allez-y, la Turquie a plus d’un atout dans son jeu.

C’est étrange, mais c’est ainsi. Alors que la Grèce se débat dans les problèmes que l’on sait, son voisin turc, qui n’est certainement pas LA référence internationale en matière gestion des finances publiques et a toujours figuré parmi les pays les plus exposés aux crises, semble traverser sans trop souffrir les temps houleux d’aujourd’hui. Il y a quelques mois, le ministre turc des Finances a été jusqu’à refuser poliment l’aide du Fonds monétaire international (FMI).

UNE ÉCONOMIE FORTE
· C’est la énième fois que l’on constate que la Turquie a plus de ressort qu’on le pense sur le plan économique. Il y a peu, le taux de croissance du dernier trimestre 2009 a été revu à la hausse : 6 % au lieu de 4. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) table, pour cette année, sur une croissance de 6,8 % grâce à une demande interne particulièrement musclée. Personne ne fait mieux au sein des pays de l’OCDE.
· Cerise sur la gâteau, la Turquie a vu ces derniers temps son rating régulièrement relevé par les agences de notation Fitch et Standard & Poor’s. En clair, cela veut dire que le risque que courent les investisseurs qui prêtent de l’argent à la Turquie est en baisse. Ce qui permet notamment au pays de payer moins d’intérêts sur sa dette publique.

LIVRE TURQUE
· Ce n’est pas tout. Sur la base de ce qu’on sait actuellement, il est possible que le rating de la Turquie soit encore amélioré, ce qui permettrait au pays de faire son entrée dans le club des émetteurs obligataires les plus crédibles. Si ce scénario devait se réaliser – à notre avis, c’est possible –, la demande des investisseurs pour les actifs turcs ne pourra que croître. C’est une bonne chose pour la devise nationale. Nous nous attendons d’ailleurs à la voir s’apprécier par rapport à l’euro.
· Ce qui ne veut pas dire que l’intérêt que suscite la livre turque n’est pas déjà élevé. L’écart de taux entre une obligation en livres turques et une obligation comparable en euros est considérable (8 % pour les emprunts à 5 ans). Cela attise la convoitise…
· La devise turque est aussi devenue moins volatile qu’autrefois. Alors que par le passé elle perdait systématiquement du terrain par rapport à l’euro – jusqu’à 40% par an, en moyenne, dans les années nonante –, c’est l’inverse aujourd’hui : depuis quelques années, elle monte ! Elle ne constitue donc plus un frein pour les investisseurs désireux de prendre la direction du Bosphore.

MATURITÉ
· On peut en dire autant de la Bourse d’Istanbul. Bien connu autrefois pour ses hauts et ses bas qui donnaient des frayeurs aux plus aguerris, le marché boursier turc a gagné en maturité pour s’aligner plus ou moins sur l’indice boursier mondial (voir graphique), même si son degré de risque est plus élevé – ce qui est tout à fait normal.
· La stabilité de la livre turque n’est pas pour rien. Si vous aviez investi en actions turques il y a vingt ans, votre rendement en devise locale serait de… 531.530 % ! Mais après change en euros, il ne serait plus que ‘de’ 720 %. Ce ne serait plus vrai aujourd’hui.
· L’économie turque se porte bien. Ce qui explique la bonne tenue du marché boursier, lequel a déjà doublé en valeur depuis avril 2009 et gagné 16 % depuis le début de cette année. Malgré cela, la Bourse d’Istanbul est toujours bon marché lorsqu’on recourt aux ratios classiques comme le rapport cours/bénéfice moyen (12) et le rapport cours/valeur comptable (1,5). Le tableau des cotations comprend surtout des valeurs financières (qui n’ont quasiment pas souffert de la crise et n’ont guère provoqué de gros recours à l’endettement), des entreprises industrielles et des actions des télécoms.

BOURSE TURQUE (en gras) ET INDICE MONDIAL (base 100)

La Bourse turque (en gras) reste intéressante, malgré sa hausse. Les perspectives qu’offre l’économie locale sont bonnes.

QUELLES SICAV ?
· Dans notre sélection, vous retrouverez la liste des sicav d’actions turques. Ces sicav s’intéressent surtout aux principales capitalisations du marché. Les aïeules EMIF Turkey (*) et KBC Equity Turkey de l’écurie CBC-KBC ainsi que Fortis L Equity Turkey (**) n’ont pas réussi jusqu’ici à faire mieux que leur indice de référence, au contraire même. Ne pas acheter. Par contre, les petites jeunes comme Dexia Equities L Turkey et Parvest Turkey nous intéressent, mais elles sont de création trop récente pour juger de leurs talents.
· C’est la raison pour laquelle nous vous conseillons de vous tourner vers les trackers cotés en Bourse qui se contentent de suivre leur indice, en premier lieu EasyETF Turkey Titans 20 EUR (EET, coté sur Euronext Paris, FR0010636555). Ce tracker ne s’intéresse qu’aux vingt principales valeurs turques, il suit bien son indice, est peu gourmand en frais de gestion (0,65 %) et capitalise son dividende (donc pas de précompte).
· Attention : investir en actions turques n’est pas indiqué pour tout le monde, même si c’est moins risqué qu’avant. C’est plutôt réservé à ceux qui ont déjà un portefeuille bien diversifié et veulent encore l’élargir.

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