Analyse
Trackers et risque de contrepartie il y a 7 ans - jeudi 10 juin 2010
Attention, là aussi il peut y avoir un risque.

Les trackers rencontrent de plus en plus de succès auprès de nos lecteurs. Leur simplicité, leur accessibilité et la modestie de leur frais séduisent. Mais toute médaille a un revers. Qu’arriverait-il si un tracker devait faire faillite ? Suivez-nous en coulisses.

Les risques que présentent les trackers cotés en Bourse sont à peu près comparables à ceux que présentent les sicav. En fait, le risque est surtout lié à l’investissement sous-jacent. Mais il faut aussi tenir compte de ce que l’on appelle le risque de contrepartie. Il s’agit du risque que l’émetteur du tracker, que ce soit BlackRock Advisors (iShares), BNP Paribas Asset Management (EasyETF) ou une contrepartie professionnelle qui est liée à la gestion du tracker rencontrent des problèmes de paiement. Qu’advient-il, dans pareil cas, du portefeuille du tracker ?

FAILLITE DE L'ÉMETTEUR
· Même si Lyxor International Asset Management par exemple devait faire faillite, ce serait bien vous et non l’émetteur du tracker qui, en tant qu’actionnaire, resterait maître à bord de, par exemple, Lyxor ETF Brazil. Mieux, l’émetteur du tracker ne peut en aucun cas utiliser son patrimoine pour combler ses dettes.
· Le tracker est d’ailleurs une société à part dont le seul actif est précisément son portefeuille. De ce fait, la prise en charge de dettes éventuelles est fort limitée.
· Sauf en cas de fraude majeure à l’intérieur même du tracker, ce qui est difficile vu le nombre des parties concernées, le risque d’en arriver là est fort peu élevé.

FAILLITE DU DEPOSITAIRE
· En cas de faillite de l’émetteur, le portefeuille d’un tracker ne part bien sûr pas en fumée. Il reste matériellement dans les comptes de la banque dépositaire, à qui la garde en a été confiée. Si nous reprenons le même exemple, c’est la Société Générale qui, ce n’est pas l’effet du hasard, est la maison-mère de Lyxor IAM.
· Si la banque dépositaire fait faillite, le portefeuille du tracker ne part pas non plus en fumée, même si le calcul de sa valeur d’inventaire n’en sera pas facilité.

PHYSIQUE OU SYNTHÉTIQUE
Il faut bien faire la distinction entre deux types de trackers sur la base de leur portefeuille. Cette information est publiée dans le prospectus.
· Le tracker physique investit directement dans les composants de son indice de référence. Ainsi Lyxor ETF Brazil mise sur une soixantaine d’actions dont l’évolution du cours n’a rien à voir avec son émetteur. S’il devait faire la culbute, cela ne changerait rien au portefeuille du tracker.
· Mais de nombreux trackers investissent aussi en Bourse de manière non directe, via ce que l’on appelle des produits dérivés, des swaps par exemple. Ces instruments ont pour fonction de ‘doper’ les prestations de l’indice et ils sont émis par des institutions financières. On parle dans ce cas de trackers synthétiques et non plus physiques. Supposons que l’émetteur de ce type de produit dérivé, qui fait souvent partie du même groupe que l’émetteur du tracker, rencontre des problèmes et ne soit plus en mesure de respecter ses engagements, c’est le produit en question qui perd toute sa valeur. Le détenteur du tracker verra donc une petite partie de son avoir s’évaporer.
· Bon à savoir : le risque est légalement limité à maximum 10 % du portefeuille par contrepartie.

RÉALISME
· Les scénarios que nous avons évoqués pourraient-ils devenir réalité ? Revenons un moment sur la catastrophique année 2008. La (quasi) faillite de l’assureur American International Group (AIG), qui faisait office de contrepartie pour les produits dérivés de ETF Securities notamment a eu pour conséquence qu’il n’était plus possible de calculer la valeur du portefeuille de ces trackers. De ce fait, il a fallu suspendre pendant un certain temps les transactions sur ETFS Coffee et ETFS Cotton par exemple. Lorsque les transactions ont repris, les fluctuations de cours ont été fortes (au 2ème semestre 2008, voir graphique), si bien que le rapport entre ce tracker et son indice de référence a été rompu. Mais les choses sont rapidement rentrées dans l’ordre et les détenteurs de ce tracker n’ont souffert de ce dommage que temporairement.

 EVOLUTION ETFS COFFEE (en gras) ET ETFS COTTON DEPUIS 2008 (base 100)

Ces deux trackers ont rencontré des difficultés au second semestre 2008 du fait de l’incertitude entourant leur contrepartie AIG, qui était garante de la composition de leur portefeuille.

QUE CHOISIR ?
· Faut-il opter pour un tracker physique ou synthétique ? Ce n’est pas si simple. Les trackers physiques peuvent aussi présenter un risque de contrepartie. Ils peuvent aussi investir, mais directement alors, en produits dérivés. Et ils peuvent aussi prêter des actions de leur portefeuille à des tiers (ça rapporte un petit plus). Qu’arriverait-il si ces contreparties devaient rencontrer des problèmes ?
· Soyez pragmatique. Le réalisme commande de dire que les trackers présentent un risque de contrepartie. Mais le législateur l’a encadré et les émetteurs de trackers eux-mêmes savent qu’il faut limiter ce risque.

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