Analyse
Valeurs technologiques : potentiel ou défi ? il y a 6 ans - mardi 21 décembre 2010

Après une impressionnante remontée en 2009 et une bonne année 2010, les valeurs technologiques sont devenues chères. Si les entreprises du secteur offrent un potentiel considérable, les défis à relever sont énormes.

Rapidité

Le secteur technologique a toujours été un cas spécial. Aucun autre domaine d’activité ne connaît d’évolutions aussi rapides qui font et défont des fortunes. Ce qui n’exclut pas la présence de valeurs stables aussi connues qu’Amazon (librairie sur internet), Google (moteur de recherche), Intel (semi-conducteurs) et Microsoft (logiciels). Des valeurs qui n’en sont pas moins exposées à une concurrence croissante venant d’Asie souvent. Les inconnus pour nous que sont TSMC (Taïwan, semi-conducteurs), Infosys (Inde, services), Huawei (Chine, matériel de télécom) et Lenovo (Chine, PC et mini-PC) sont devenus en un minimum de temps d’importants acteurs sur leur marché.

 

Mais ce secteur est celui où se font et se défont le plus vite les succès. Un bel exemple : le leader mondial du matériel de télécom Nokia. Cette entreprise finlandaise a longtemps été citée en exemple, mais ses dirigeants n’ont pas vu à temps la montée en puissance des smartphones, ce qui a valu à l’action de perdre 30 % de sa valeur depuis 2009 alors que dans le même temps le secteur progressait en moyenne de 30 %. Le smartphone, avec en tête le fameux iPhone d’Apple, est devenu le segment le plus rentable du marché de la téléphonie mobile.

 

Ce n’est qu’un exemple, mais il est révélateur. Certes, les gestionnaires de portefeuille doivent s’adapter (bien que dans l’ensemble les grands noms – souvent américains d’ailleurs – demeurent). On comprend dès lors que les sicav investissant dans les valeurs technologiques soient gérées (très) activement. C’est même une nécessité quand on voit le parcours d’une valeur comme Nokia, coincée entre la production des pays à faibles coûts, asiatiques notamment, et des géants comme Apple ou Google qui, avec le smartphone, donnent le ton sur le marché.

 

Surprenante 2009

Après une année 2008 catastrophique (-42 %), 2009 a été excellente (+60 %). Grâce aux premiers signes de reprise qu’anticipent les valeurs pré-cycliques comme les fabricants de puces Intel et Texas Instruments, grâce à quelques innovations qui se sont fort bien vendues comme les netbooks, les mini-PC et les TV à écran plat, grâce aussi à la mentalité très économe qui domine dans le secteur. Toutes ces entreprises se sont mises à distribuer des dividendes, à racheter leurs propres actions et à fusionner pour des raisons stratégiques : économies d’échelle ou élargissement de la gamme de produits. Bel exemple : le mariage de Sun Microsystems et d’Oracle (logiciels d’entreprise). Ajoutez-y des relocalisations d’activités en Chine ou en Inde (IBM) et l’émergence de marchés de croissance comme ceux de l’internet mobile, du cloud computing et de la TV 3D, vous avez de quoi restaurer la confiance des investisseurs. C’est pour cela aussi que le cours de ces actions a fortement remonté. Et qu’il se maintient grâce par exemple au succès du nouveau logiciel de Microsoft, Windows 7.

 

Vu d’en haut

Lorsqu’on regarde tout cela de haut, on constate que les valeurs technologiques sont aujourd’hui devenues chères. Autrement dit, le potentiel est déjà compris dans les cours.
On ne peut en dissocier les défis que ce potentiel recèle. Ainsi, le cloud computing pourrait bouleverser complètement le mode de fonctionnement de pas mal d’entreprises. Imaginez que vous ne deviez plus jamais acheter de matériel (hardware) ni de logiciels (software) informatiques et que tout vous soit fourni par une simple connexion internet que vous louez. Imaginez que soient développées de nouvelles générations de smartphones et de tablettes PC (comme l’iPad). Tout cela sur fond de concurrence croissante (en provenance d’Asie) et de pression constante sur la rentabilité des entreprises du secteur. Le consommateur sera gâté, il aura le choix entre de multiples produits dans chaque niche sans que l’on sache trop pour quelle direction il va opter massivement. Dans ce contexte, les entreprises du secteur devront veiller à ne pas surinvestir dans tel ou tel domaine, à ne pas s’engager dans des fusions qui s’avéreraient par la suite trop coûteuses. Tout cela est fort risqué. Et comme ces actions sont chères, il n’y a que peu de marge de manœuvre.

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