Analyse
Se protéger contre l’inflation il y a 6 ans - vendredi 18 mars 2011

Les sicav et les trackers spécialisés dans les obligations liées à l’inflation ont vécu des moments tourmentés. En cause, les emprunts italiens et grecs. S’ils ont fait moins bien que les autres ces dix-huit derniers mois, ces placements restent un bon plan pour protéger son pouvoir d’achat.

Inflation

S’il est un caillou qui fait mal dans la chaussure de l’investisseur en obligations, c’est bien l’inflation. La hausse du niveau des prix ronge petit à petit la valeur de l’argent. Un euro de demain vaut moins qu’aujourd’hui, son pouvoir d’achat diminue. Et plus l’inflation est élevée, plus ce phénomène s’accélère. On comprend dès lors pourquoi le contrôle de l’inflation est la principale mission de la Banque centrale européenne (BCE).

 

Une BCE qui doit bien constater que la hausse des prix s’accentue ces derniers temps. L’inflation harmonisée dans la zone euro est en ce moment proche de 2 % alors qu’en 2009 ce chiffre était négatif. Et on n’en restera sans doute pas là du fait de la hausse des prix des matières premières et de la pression à la hausse des salaires qui s’exerce en Asie, Chine en tête et qui pourrait augmenter le coût des produits que nous importons.

 

Indexation

Les obligations classiques ont en elles les moyens de protéger votre investissement contre l’érosion du pouvoir d’achat due à l’inflation. Si cette dernière monte, les taux d’intérêt montent et le coupon des obligations aussi. Seulement voilà : celui qui achète une obligation d’une durée de cinq ans ne peut savoir comment évoluera l’inflation ces cinq prochaines années.

 

Pour contrer ce risque, il existe un type d’obligation bien particulier, l’obligation liée à l’inflation, alias l’obligation indexée ou « inflation linked ». Le capital remboursable à l’échéance et les coupons annuels sont liés à l’inflation, ils sont « indexés ». Votre patrimoine, votre pouvoir d’achat sont donc protégés.

 

Mais cette protection a un prix : un coupon inférieur. De telle sorte que si pendant la durée de vie de ce type d’obligation il n’y a pas le sursaut inflationniste craint, le rendement sera inférieur à celui d’une obligation classique.

 

Les sicav d’obligations en euros liées à l’inflation ne constituent qu’un petit marché et leur champ de prospection se limite aux emprunts d’Etat. Seules la France, l’Italie, la Grèce et – tout récemment – l’Allemagne ont émis des obligations de ce type. Elles sont quasiment toutes alignées sur l’inflation harmonisée de la zone euro. Seule la France a aussi émis des emprunts alignés sur son propre taux d’inflation.

 

Pendant des années, ce petit marché a vécu sa vie sans histoires, mais quand les problèmes que l’on sait ont fait leur apparition dans les pays du sud de l’Europe, tout a changé. Les obligations émises par ces pays ont été liquidées. Les titres de la dette publique grecque ont perdu jusqu’à plus de la moitié de leur valeur. Or ce type d’actif représentait 5 à 10 % du portefeuille des sicav concernées. Des sicav qui depuis le début de cette crise ont évidemment fait moins bien que leurs équivalentes en obligations classiques.

 

Du fait de ses problèmes, la Grèce a vu sa notation dégringoler. L’agence de rating Standard & Poor’s a décidé fin 2009 de ranger les obligations grecques au rayon des actifs douteux. Une décision qui a eu des conséquences énormes. Les investisseurs institutionnels ont littéralement pris la fuite. L’indice des sicav obligataires liées à l’inflation de la Barclays, qui fait office de référence sur le marché, a carrément sorti les émissions grecques, au profit de leurs équivalentes allemandes essentiellement. Résultat des courses, quasiment toutes les sicav et tous les trackers spécialisés ont liquidé leurs titres grecs, à l’exception notoire de KBC Bonds Inflation Linked Bonds, Parvest Bond Euro Inflation Linked, Petercam L Bonds EUR Inflation Linked et du tracker Lyxor EuroMTS Inflation Linked. Leurs gestionnaires ont décidé de conserver ces titres, ce qui explique que leurs prestations de 2010 sont moins bonnes que celles de leurs concurrentes. Rira bien qui rira le dernier ? Peut-être. Le vigoureux retour en force du marché des obligations grecques liées à l’inflation (+15% depuis le début de l’année) fait que les prestations de ces sicav sont inégalées ailleurs. Mais le vent peut tourner rapidement…

 

Toujours intéressant

Les affaires qu’il était possible de faire voici quelques années sur le marché des obligations liées à l’inflation ont aujourd’hui disparu. A l’époque, les obligations tenaient même compte d’une inflation négative. Aujourd’hui, les prévisions en termes d’inflation font état d’un petit 2 %. Nous pensons toutefois qu’il pourrait s’agir d’un minimum. Si c’est le cas, vous ferez une bonne affaire avec ces obligations qui protégeront en outre votre pouvoir d’achat et apporteront une source de diversification supplémentaire à votre portefeuille (d’obligations). Les obligations liées à l’inflation restent intéressantes pour l’investisseur à long terme qui n’aime pas le risque et/ou tient au maintien de son pouvoir d’achat.

 

Valeur identique

Les sicav d’obligations liées à l’inflation en euro peuvent être réparties en deux types : celles avec la Grèce et celles sans. Au vu du faible poids des obligations grecques dans les portefeuilles (max. 5 %), lié à leurs faibles cours, les deux types de sicav peuvent être achetées. Vous ne devez en outre pas vous inquiéter de la solvabilité des papiers italiens.

 

Les différences entre les portefeuilles de sicav et de trackers sont relativement minimes. Les émissions dans lesquelles ceux-ci investissent sont en grande partie les mêmes, et les portefeuilles se composent en général de 50 % d’obligations françaises, 30 % d’italiennes, le reste étant investi essentiellement en obligations allemandes voire grecques, pour une petite partie. Seule Invesco Euro Inflation Linked Bond est plus défensive en raison du poids inférieur de l’Italie (20 % au lieu de 30 %).

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