Analyse
Trackers : le procès de la sophistication il y a 6 ans - vendredi 20 mai 2011

En plein essor, le marché des trackers fait montre d’un dynamisme et d’un sens de l’innovation qui rime aussi avec des risques nouveaux. Pointés du doigt par des instances internationales, et non des moindres, nous faisons le point sur les véritables enjeux pour vous.

Les parties civiles

Trois institutions du monde économique ont fait part le mois dernier de leur préoccupation sur la manière dont évolue le marché des trackers. Trois références internationales puisqu’il s’agit de l’organe de consultation du G20, le Financial Stability Board (FSB), du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque des Règlements Internationaux (BRI). Ces trois institutions poursuivaient plus ou moins le même objectif et ont tenu un même discours.

L’accusé

Sur le banc d’infamie, un instrument de placement relativement jeune, l’Exchange Traded Fund (ETF), né en 1990 au Canada mais présent en Europe depuis l’an 2000 seulement. A l’origine, un ETF est une société d’investissement dont l’objectif unique est de suivre à la trace son indice de référence. Raison pour laquelle le jargon financier a tôt fait de le rebaptiser ‘tracker’, le verbe ‘to track’ signifiant ‘suivre la trace de’.

Les trackers, c’est la ‘success story’ de ces dernières années. Selon le spécialiste BlackRock, il en existe plus de 2 600, pour quelque 6 000 cotations boursières un peu partout dans le monde. Un marché qui pèse la bagatelle de 1 000 milliards d’euros. Des prévisions font état d’une progression annuelle de 20 à 30 %. Cette croissance spectaculaire est comparée par certains à celle des mauvaises herbes. Les gestionnaires de sicav et autres fonds de placement classiques voient dans les instruments bon marché que sont les trackers de dangereux concurrents pour leurs produits indiciels, généralement plus onéreux.

L’acte d’accusation

Haute complexité, faible transparence. L’observation des faits montre que de plus en plus souvent les trackers ne sont plus les simples produits d’autrefois, lorsqu’il s’agissait seulement d’acheter et vendre les actions et les obligations de l’indice suivi. Les structures sont devenues plus complexes :
– trackers avec effet de levier : lorsque l’indice monte, le tracker monte encore plus ;
– inverse trackers : lorsque l’indice baisse, le tracker monte ;
– trackers gérés activement : la gestion active du portefeuille vise à battre l’indice ;
– trackers de niche : le tracker n’a qu’une (très) petite cible, un marché, un secteur, une matière première.

Risque de contrepartie
En Europe, de plus en plus de trackers suivent leur indice de manière indirecte, via des produits dérivés. On parle de ‘réplication synthétique’. L’émetteur du tracker conclut un contrat (swap) avec une ou plusieurs institutions financières, souvent du même groupe, qui en échange d’une rémunération promettent de livrer la performance de l’indice. Une telle transaction comporte un risque supplémentaire par rapport à un investissement traditionnel, si d’aventure l’institution en question devait faire la culbute et mettre en péril le contrat de swap. La solidité financière de la contrepartie est donc très importante.

Prêt de titres
Beaucoup de trackers recourent enfin au prêt de titres, un moyen pour eux de maintenir les frais de gestion au plancher grâce à cette source de revenu alternative. Le prêt de titres est un contrat conclu par le tracker avec une partie tierce, par exemple un ‘hedge fund’, qui lui verse une rémunération et s’engage à lui restituer les titres selon des modalités négociées d’avance. Le contrat peut être dénoué à tout moment et les actifs récupérés dans les plus brefs délais. Mais là aussi il y a un risque de contrepartie (le détenteur des actifs ne les rend pas), plus un risque de liquidité (il ne rend pas dans les délais).

Accusé, levez-vous !

A nos yeux, les trackers offrent une valeur ajoutée et leur succès est légitime. Cela n’enlève rien à la pertinence des avertissements lancés par le FSB, la BRI et le FMI, qui se gardent par ailleurs de mettre tous les trackers dans le même sac. Et de souligner que les problèmes potentiels ne se concrétiseraient que dans un scénario catastrophe, par exemple en cas de krach sur les marchés engendrant des pressions importantes sur les banques. C’est bien sûr à ces moments-là que joue à fond la théorie des dominos. Il en est donc appelé à la vigilance des organismes de contrôle et des émetteurs de trackers. Avec les mises en garde suivantes : analyse des risques (systémiques) potentiels, évaluation et renforcement si besoin du cadre réglementaire, augmentation de la transparence via une diffusion d’informations rapide et adéquate.

En tant qu’investisseur, vous devez être vigilant. Méfiez-vous des trackers trop sophistiqués qui vont au-delà du simple suivi de leur indice. Il arrive trop souvent que le client soit trompé parce que le produit qu’il a acheté ne répond pas à son attente ou est plus risqué que prévu.

 

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