Analyse
Creux injustifié pour les mines d’or il y a 6 ans - vendredi 17 juin 2011

Le prix de l’or est à un sommet. On ne peut en dire autant des mines d’or. Pourtant, elles font d’excellentes affaires. Si vous avez la fibre spéculative, tentez votre chance avec une sicav diversifiée.

Nos favorites sont :
BGF World Gold EUR
Share Gold USD
Placeuro Gold Mines

 

De l’or…

Le prix de l’once d’or (31,1 grammes) dépassait fin mai les 1 500 dollars, soit une hausse de 28 % en un an. En dollars, entendons-nous bien. Parce qu’en euros l’or n’a progressé que de 9 %. Sacré dollar !

 

Nous vous avons expliqué précédemment pourquoi l’or avait fait ce parcours et pourquoi nous étions d’avis qu’il était toujours intéressant d’en acheter. Voyez cet investissement comme une diversification supplémentaire pour votre portefeuille, à côté de la très classique répartition entre actions et obligations.

 

Pour utiliser au mieux les atouts de l’or (rempart contre l’inflation, la stagnation économique et les instabilités de tout poil), le meilleur instrument est l’or physique. C’est-à-dire les pièces et les lingots, accessibles sans le moindre problème auprès de votre intermédiaire financier habituel, mais hélas à des prix (souvent plus élevés) et dans des délais (souvent plus longs) que ce que proposent des spécialistes comme Goldforex et Numagold.

 

Autre possibilité, les trackers cotés en Bourse et dont le sous-jacent est de l’or physique, comme par exemple Gold Bullion Securities (Euronext Paris, ticker : GBS). Ces produits suivent à la trace l’évolution du cours de l’or.

 

… aux mines d’or

L’investisseur qui veut tirer profit de la hausse de l’or a aussi la possibilité d’investir en actions de mines d’or, ces entreprises qui exploitent les réserves d’or de par le monde pour revendre ensuite leur production sur le marché.

 

Lorsque le prix de l’or grimpe, c’est évidemment favorable aux mines d’or, dont les recettes suivent le mouvement à la hausse. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui que contrairement au passé, la plupart des producteurs d’or ne fixent plus à l’avance le prix auquel ils vendront leur or dans le futur. Ce faisant, ils bénéficient immédiatement de la hausse du cours de l’or.

 

Autre élément mis souvent en avant, les actions de mines d’or bénéficient d’un effet de levier. Lorsque le cours de l’or grimpe, le cours des actions de mines d’or grimpe davantage encore (à l’inverse, lorsque l’or baisse, les actions s’enfoncent davantage aussi). Imaginez, par exemple, que le cours de l’or passe de 1 500 dollars l’once à 1 600 dollars. Le coût de production restant quant à lui fixe, à 1 000 dollars. Le bénéfice de la mine passe ainsi de 500 à 600 dollars (+20 %) alors que le cours de l’or n’a progressé que de 7 %. C’est cela l’effet de levier : le bénéfice des mines d’or progresse davantage que le cours de l’or, ce qui a un impact positif sur les actions. En théorie du moins…

 

Secteur à la traîne…

Et théorie, car le lien entre le cours de l’or et les résultats des mines d’or n’est plus aussi manifeste que par le passé. L’indice des actions de mines d’or a ainsi baissé de 11 % depuis le début de l’année. Les mines d’or réalisent pourtant encore des bénéfices record et présentent de beaux bilans, mais les investisseurs se focalisent pour le moment sur d’autres aspects, plus préoccupants :

 

– Aux cours actuels de l’or, il est intéressant de prospecter et de produire autant que possible. Seulement voilà, il faut trouver de nouveaux filons, ce qui n’est pas une mince af-faire, et surtout il faut pouvoir exploiter les filons actuels à bon prix, ce qui n’est pas évident non plus, les coûts de production grimpant en flèche. Pour maintenir et a fortiori augmenter leurs capacités, les producteurs d’or devront passer par des acquisitions, ce qui risque de coûter cher.

 

– La hausse des coûts du travail et de l’énergie, les réglementations de plus en plus sévères (environnement, durée d’obtention des permis de prospection) et la fiscalité sur (les bénéfices que fait) le secteur font aussi contrepoids à la hausse du prix (de vente) de l’or.

 

– Enfin, les (gros) investisseurs autrefois friands de mines d’or jettent de plus en plus leur dévolu sur les trackers en or physique. La demande plus faible pour les actions de mines d’or pèse logiquement sur les cours.

 

… qui demeure néanmoins intéressant

Si le secteur des mines d’or est resté en retrait ces derniers temps, nous sommes néanmoins de ceux qui pensent que son potentiel est réel. Les actions devraient à nouveau tirer profit de la poursuite attendue de la hausse du cours de l’or.

 

Les résultats des mines sont excellents (bénéfices, chiffres d’affaires, réserves, budgets de prospection), de même que les perspectives pour les années à venir. La hausse des coûts de production inquiète les investisseurs, mais il sem-ble que les producteurs ont compris l’importance que revêt pour leurs bénéfices futurs le contrôle strict de leurs coûts. Par ailleurs, ils peuvent compter sur le niveau actuellement élevé du cours de l’or pour absorber tout dérapage temporaire.

 

Les grandes entreprises du secteur se trouvent dans une situation financière plutôt confortable. Elles profitent des afflux en cash que génère la hausse de l’or pour rembourser leurs dettes et augmenter leurs dividendes (+10 % en 2010, +15 % en 2011). Le cash permet aussi de procéder à des fusions et acquisitions dont les cibles de choix sont les juniors, c’est-à-dire les mines les plus récentes, ce qui a aussi pour effet de diversifier les sites de production de matières premières.

 

Pour qui ?

Si nous sommes positifs pour les mines d’or, l’achat d’actions de ce secteur reste néanmoins éminemment spéculatif, comme nous venons de le voir. Ce n’est donc pas pour tout le monde, le risque étant plus élevé que la moyenne. Investir en or physique (= protéger son avoir) et acheter des actions de mines d’or (= spéculer) sont deux choses bien différentes. La part des actions de mines d’or dans un portefeuille ne devra donc pas dépasser 5 %.

 

Quels placements ?

Celui qui veut investir en actions de mines d’or a l’embarras du choix entre sicav, fonds cotés en Bourse ou encore trackers.

 

Le marché est dominé par les sicav misant sur les grands noms du secteur, les seniors comme Barrick Gold, Goldcorp, Newcrest Mining et autres Kinross Gold. BlackRock (BGF) World Gold, SGAM Equities Gold Mines ainsi que les trackers Market Vectors Gold Miners (NYSE Arca, GDX) et Global X Pure Gold Miners (NYSE Arca, GGGG) investissent surtout dans les mines canadiennes (jusqu’à 70 % de leur portefeuille). L’or est prépondérant, mais leur avoir comprend aussi, à concurrence de 20 %, des actions de petites sociétés ou de mines produisant d’autres matières premières.
Sur la base du rapport risque rendement et compte tenu de ses orientations stratégiques récentes, nous estimons que la sicav de BlackRock mérite le détour. Conservez les autres. Quant à Global X Pure Gold Miners, la seule sicav qui mise exclusivement sur les mines d’or, elle est de création trop récente pour que nous puissions émettre un jugement.

 

Il y a aussi des sicav qui s’intéressent surtout aux juniors, ces mines de taille petite ou moyenne qui font de la prospection ou n’exploitent qu’un nombre réduit de filons comme Cœur d’Alène Mines, Detour Gold, Fronteer Gold et Hecla Mining. Placeuro Gold Mines (Euronext : PLA), Share Gold (Banque Degroof) ainsi que les trackers Market Vectors Junior Gold Mines (NYSE Arca, GDXJ) et Global X Gold Explorers (NYSE Arca, GLDX) règnent ici sans partage. Les rendements potentiels sont élevés, mais le risque est à l’avenant. Vous êtes prévenu.
Dans cette catégorie, nous vous recommandons Share Gold USD et Placeuro Gold Mines. Ces sicav assurent un bon équilibre entre les mines juniors et… seniors. Nous préférons en effet ce mix, un portefeuille composé exclusivement de mines juniors nous semblant trop risqué.

 

En dollars ou en euros ?

Blackrock (BGF) World Gold et Share Gold sont disponibles en dollars ou en euros. D’une devise à l’autre les portefeuilles sont identiques. Et les rendements ?

 

Pour BlackRock, qu’il s’agisse de BGF World Gold USD ou de BGF World Gold EUR, les rendements sont identiques après change de la première en euros. Si votre intermédiaire financier vous laisse le choix, optez pour la version en euros, cela vous évitera les frais de change. Notez qu’il existe aussi la variante BGF World Gold EUR Hedged. Cette sicav a couvert son portefeuille contre le risque de change. De là le mot ‘hedged’ dans son appellation. Nous ne sommes pas des fans de la couverture du risque de change. C’est cher et il n’est pas démontré que ce soit réellement un plus. A terme d’ailleurs nous nous attendons à voir s’apprécier les dollars américain et canadien, les principales devises en portefeuille. Avec une couverture, cette plus-value potentielle est exclue.

 

Les gestionnaires de Share Gold EUR se sont aussi couverts contre le risque de change. La prestation de cette sicav est donc différente de celle, après change en euros, de Share Gold USD. Ici non plus cette couverture ne nous semble pas apporter un plus, au contraire. Nous vous recommandons dès lors de privilégier la sicav en dollar.

Partagez cet article