Analyse
Le secteur financier est mal pris il y a 5 ans - vendredi 14 octobre 2011

Les sicav d’actions financières sont malmenées en Bourse en ce moment. Et il y a des mois que cela dure. Le moment est-il venu d’en profiter pour... acheter ? Nous pensons que non.

La sanction est sévère

On ne peut dire que la vie boursière soit un long fleuve tranquille. A l’échelle mondiale, les marchés ont perdu quelque 15 % cette année. Bien sûr cette moyenne cache beaucoup de choses, notamment la forme piteuse du secteur financier au sens large. Depuis janvier il a perdu 22 % environ, les valeurs bancaires perdant davantage (-25 %), les assurances moins (-19 %).

C’est dans la zone euro surtout que les choses vont mal : les actions bancaires y ont perdu un tiers de leur valeur environ. La cause première en est la méforme des banques françaises et italiennes qui, à elles seules, pèsent 40 % du marché. Il faut remonter à la maudite année 2008, celle de la grande crise financière, lorsque le secteur a perdu quasiment la moitié de sa va-leur, pour retrouver d’aussi pénibles performances.

Et les sicav ?

Cette situation n’est évidemment pas sans effet sur la valeur d’inventaire des sicav spécialisées. On le voit aux prestations de Argenta Actions Bancaires. Cette sicav indicielle est gérée passivement, ce qui signifie que ses gestionnaires se contentent de suivre à la trace un indice représentatif du secteur. En l’occurrence des grands noms de la zone euro comme BNP Paribas (-34 % depuis janvier), Deutsche Bank (-32 %), UniCredit (-47 %) et Société Générale (-48 %). Il aurait été difficile de trouver pire combinaison ces derniers mois: banques uniquement, zone euro uniquement.

 

Trois grandes questions

Comment expliquer ces retours de manivelle ? Les investisseurs se méfient, le secteur manque de transparence, mais ils sentent que les problèmes ne sont pas résolus et ils continuent à vendre leurs actions. En dépit parfois des qualités de telle ou telle institution. En fait, trois grandes questions se posent :

Stabilité ? Les banques disent d’elles-mêmes qu’elles ont les moyens, c’est-à-dire les “airbags” financiers, pour absorber tous les chocs possibles. Mais pour cela elles se fondent sur des scénarios relativement optimistes. Peuvent-elles par exemple résister à un défaut de paiement de la Grèce ? Beaucoup de banques (européennes) ont dans leurs comptes des emprunts de l’Etat grec. Va-t-on vers une décote, voire une annulation d’une partie de cette dette ?
Cela ne se fera pas sans dommages. Par exemple sous la forme de nouvel-les provisions. Or les provisions, cela coûte. Et ces coûts ne peuvent que déforcer la solidité des institutions concernées. Dans une telle hypothèse, les banques les plus fragiles devront trouver des capitaux frais dans un marché qui déjà est mal disposé à leur égard. Cela ne peut qu’accroître l’inquiétude des investisseurs.

Liquidité ? Quels sont les moyens dont disposent les banques ? Plus exactement, de quels moyens financiers liquides disposent-elles exactement ? La corde est déjà fort tendue. Les banques italiennes par exemple ont doublé leur endettement auprès de la Banque centrale européenne parce qu’elles ne trouvent pas ailleurs les moyens dont elles ont besoin. Sur le marché interbancaire, où les banques se prêtent des capitaux les unes les autres, les taux d’intérêt sont de plus en plus élevés. C’est un signe de méfiance. Les banques américaines par exemple prêtent de moins en moins à leurs consoeurs européennes. On ne peut pas parler de panique, mais certains voyants sont allumés qui indiquent que la situation ne s’améliore pas. Or les banques ne peuvent que difficilement fonctionner sans liquidités.

Résultats ? Le secteur est contraint aujourd’hui de respecter une réglementation très stricte et de prendre d’importantes précautions financières. Importantes donc coûteuses en capitaux. Au programme une croissance bénéficiaire faible (sans croissance économique il y a moins de crédit) et des dividendes rognés, voire supprimés. Le mot d’ordre est : constituer des réserves. C’est LA priorité. Ce qui veut dire couper dans les coûts, de personnel notamment.

Ne pas acheter

On l’a dit, le manque de transparence du secteur entretient la méfiance à son égard et fait plonger les cours des actions. Certaines valeurs bancaires sont aujourd’hui très bon marché, même compte tenu d’un éventuel amortissement des obligations grecques reprises dans leurs comptes. Mais le risque demeure néanmoins et à notre sens le moment n’est pas encore venu de saisir la balle au bond. Bref, n’achetez pas, il est encore trop tôt. Si vous avez en portefeuille des parts d’une sicav financière, nous vous conseillons dans la majorité des cas de conserver. Par contre vous pouvez vendre les sicav misant surtout sur le secteur bancaire, comme celle d’Argenta, ou les sicav dont les prestations ont été décevantes au regard des risques pris, comme BNP P L1 Equity World Finance et ING (L) Invest Banking & Insurance.

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