Analyse
Trackers inverses et à levier il y a 5 ans - mercredi 19 octobre 2011

Le marché des trackers comprend aujourd’hui des produits sophistiqués qui sont censés apporter le soulagement en ces temps boursiers troublés ou qui démultiplient les performances des indices. Ils sont complexes et davantage adaptés pour le court terme.

Une ‘success story’

L’investisseur, qu’il soit particulier ou professionnel, a appris ces dernières années à apprécier les qualités du tracker en tant qu’instrument de placement. Rien de plus normal :
– le produit est coté en Bourse et présente donc une liquidité suffisante. Il est facilement et rapidement négociable ;
– le rôle d’un tracker est de suivre à la trace (en anglais : ‘to track’ = pister) un indice de référence. L’investisseur sait donc à l’avance ce à quoi il doit s’attendre. L’évolution du tracker Amundi CAC 40 est par exemple très proche de celle du CAC 40, l’indice des 40 plus importantes actions françaises, qu’il est censé ‘pister’ ;
– les frais de gestion sont peu élevés, surtout si l’on compare aux instruments de placement classiques.

 

Bref, le produit a tout pour réussir. De fait, c’est une ‘success story’ : un nombre record de trackers (2 825) créés par 46 émetteurs différents et bons pour 6 230 cotations sur 49 places boursières. Un marché qui aujourd’hui pèse 1 000 milliards EUR (source : BlackRock).

 

Mais, vous le savez, il n’y a pas que des petits nuages roses dans la vie. La croissance sauvage du marché des trackers fait que l’on y trouve de nos jours des produits qui ne se contentent plus de ‘pister’ un indice. Un des segments du marché qui croît le plus est celui des ‘trackers inverses’ et des ‘trackers à levier’. Ils existent depuis quatre ou cinq ans déjà, mais ce n’est que récemment que l’on a commencé à s’y intéresser vraiment. Ces deux types de trackers n’ont plus grand chose à voir avec les outils homonymes classiques, ce qui peut parfois amener des surprises.

 

Tracker Inverse

Le tracker inverse, aussi appelé short tracker, suit aussi un indice de référence. Mais... dans l’autre sens ! L’indice descend ? Il monte. Et inversement.

 

Ceux parmi vous qui seraient tentés par ce type de tracker ont intérêt à bien y réfléchir, et deux fois plutôt qu’une. Un tel tracker vise à produire une image inversée de l’indice de référence sur une base quotidienne. Généralement il y arrive. Mais à plus long terme les fluctuations de l’indice peuvent générer d’importants écarts par rapport au tracker. Ainsi le CAC 40 a gagné 0,6 % l’an dernier alors que le tracker inverse d’Amundi a perdu 5,8 %. Cette année par contre il a gagné 23,2 % grâce au recul du CAC 40 (-22,1 %).

 

On reconnaît les trackers inverses à leur appellation comprenant les mots ‘short’ ou ‘bear’. On en compte 25 cotés sur Euronext.

 

Tracker à levier

Le tracker à levier, alias leveraged tracker, vise, lui, à multiplier l’évolution de l’indice. En théorie par deux, à la hausse comme à la baisse. Ici aussi, la mécanique joue sur une base quotidienne. Si le CAC 40 monte de 1 %, un tracker comme Amundi Leveraged CAC 40 va tenter, lui, de faire deux fois mieux. Ou deux fois pire si le CAC baisse de 1 %.

 

Quant à savoir quel sera le rendement à long terme de ce type d’instrument, c’est la bouteille à encre. Exactement comme pour le short tracker. On ne peut qu’espérer que les choses aillent dans la bonne direction. Mais laquelle ? Ainsi Amundi Leveraged CAC 40 a perdu l’an passé 6,3 % alors que son indice de référence, le CAC, a gagné 0,6 %. La cause en est la forte volatilité de l’indice. Cette année par contre il a perdu 44,3 % vu que l’indice a perdu 22,1 %.

 

On reconnaît ce type de tracker au fait que son appellation comprend les mots ‘leveraged‘ ou ‘double’, voire ‘X’. 15 trackers de ce type sont cotés sur Euronext.

 

Combinaison

Il existe même des trackers qui combinent les deux, inversion et levier. Par exemple Lyxor XBear CAC 40. Si le CAC 40 gagne 1 %, le tracker, lui, descend de 2 %. Et inversement. Mais toujours, une fois encore, sur une base quotidienne. Ce qui débouche parfois, dans les faits, sur des résultat surprenants. Ainsi ce tracker a perdu 17 % en 2009 alors que cette année-là le CAC 40 a gagné 0,6 %. Mais cette année il a gagné 32,4 % alors que l’indice a perdu 18,7 %.

 

Vous l’aurez compris, ces instruments sont parmi les plus sophistiqués qui soient et leur caractère spéculatif est indéniable. Les fluctuations quotidiennes peuvent dépasser largement les 10 %, dans un sens comme dans l’autre.

 

Ces trackers sont reconnaissables à leur appellation ‘double short‘ ou ‘XBear’. On en trouve 8 sur Euronext.

 

Ne pas toucher !

Ce type de trackers, qu’ils soient inverses, à levier ou les deux, ne s’adresse pas au bon père de famille. Ils sont trop complexes et seuls les spéculateurs (professionnels) peuvent en tirer quelque avantage. Mais même dans ce cas ce n’est pas garanti. Il faut être très rapide sur la balle et donc suivre au jour le jour l’évolution de ce type d’instrument très volatil. En espérant évidemment que ce soit le bon choix stratégique qui ait été fait.

 

Nous déconseillons formellement aux particuliers de s’intéresser à ces produits. Surtout dans le contexte de marché très fluctuant que l’on connaît de nos jours. Les pertes peuvent être considérables, surtout si l’on garde de tels trackers longtemps en portefeuille. De plus, sous leur capot on trouve des produits dérivés, si bien qu’il y a un risque de contrepartie. C’est-à-dire un risque de voir une des institutions partie prenante dans l’affaire ne pas être à la hauteur de ses engagements.

 

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