Analyse
Sicav : les limites des leçons du passé il y a 5 ans - mardi 17 janvier 2012

Comme toujours en début d’année, nous nous penchons sur les tops et des flops du millésime écoulé en matière de sicav. C’est important, mais n’en faites pas votre seul critère de choix. Ce n’est qu’une photo prise à un moment donné, qui ne garantit rien pour le futur.

Hot hands

Chaque année les épargnants sont nombreux à se laisser prendre. Plusieurs études le démontrent : les sicav qui ont dégagé les meilleures prestations dans le passé (récent) sont aussi celles que les épargnants préfèrent. Et donc celles qui attirent le plus d’argent frais. Le phénomène est bien connu dans le monde financier, il a même un nom, le syndrome ‘hot hands’: le succès appelle le succès, le succès fait vendre. Sous-entendu, les gagnants d’hier sont ceux de demain. Hélas, c’est inexact. Rien ne permet de dire avec certitude que les sicav qui affichent les meilleures prestations aujourd’hui le feront encore demain. On l’a encore vu l’an passé.

 

Gagnants et perdants

Limitons-nous aux (plus de) 500 produits que nous suivons (sicav, trackers, fonds d’assurance). En 2011, il n’y a pas de doute, c’est la sécurité qu’apportent les obligations qui explique qu’elles aient été si demandées après une année 2010 relativement décevante. Leurs performances sont fondées sur l’association entre baisse des taux et hausses des devises étrangères par rapport à l’euro.

 

Inversement, les sicav d’actions des pays émergents, grandes gagnantes de 2009 et 2010, ont mal vécu 2011. Les épargnants ont trouvé le marché boursier trop risqué et les capitaux ont fui ces pays en masse dès que les voyants rouges se sont allumés : inflation, ratings menacés, croissance décevante, etc. La sanction boursière qui en a résulté est excessive, voyez-y des occasions d’acheter.

 

Ne regardez pas en arrière

Dans notre panorama de l’année écoulée, nous nous attardons sur certaines performances marquantes. Le tableau ci-dessous vous donne notre top 5 et notre flop 5. Il en résulte notamment que les sicav des pays émergents ont sévèrement reculé l’an passé. Est-ce à dire que ces postes doivent être laissés de côté ? Pas du tout, mais cela nécessite réflexion. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles les gagnants et les perdants sont ce qu’ils sont. De plus, on vient de le voir, les tops peuvent devenir des flops – et inversement. Du coup, à ceux qui se demandent s’il faut investir dans les flops en tablant sur le fait qu’ils vont devenir des tops, on peut aussi répondre par la négative. En fait, la seule chose qui compte, c’est le potentiel des placements. La sélection que nous faisons repose sur ce fondement.

 

LES TOPS ET LES FLOPS DE 2011 ET LEUR CURRICULUM VITAE
 
2011
2010
2009
2008
2007
Catégorie
%
rang
(sur 60)
%
rang
(sur 56)
%
rang
(sur 57)
%
rang
(sur 57)
%
rang
(sur 57)
TOPS 2011
Obligations - Livre sterling
18,6
1
10,2
38
6,4
45
-24,5
27
-7,0
54
Obligations -Dollar néo zélandais
17,3
2
21,3
19
20,8
32
-6,5
16
1,7
26
Obligations - Dollar australien
14,2
3
28,8
7
22,1
29
-1,8
14
2,6
23
Matières premières -Or physique
14,0
4
38,0
2
22,1
28
9,2
4
17,6
10
Obligations - Couronne suédoise
13,7
5
15,5
18
6,1
48
-2,6
15
-3,7
48
FLOPS 2011
Actions -
Egypte (1)
-51,6
60
18,9
23
32,7
21
-48,7
46
38,9
3
Actions - Turquie
-34,9
59
28,9
6
98,8
3
-66,2
55
49,4
2
Actions -
Inde
-32,0
58
30,9
4
87,2
4
-62,7
54
76,3
1
Actions - Europe de l’Est
-26,8
57
23,6
12
81,5
5
-67,0
56
18,6
9
Actions - Russie
-26,3
56
35,1
3
133,2
1
-73,5
57
16,3
12
Tous les rendements ont été convertis en euros. Exemple : les sicav d’obligations en livres sterling ont gagné en moyenne 18,6 % en 2011, ce qui en fait la catégorie n°1 dans nos tableaux (rang 1 sur 60). Mais en 2008 les choses allaient nettement moins bien. Cette année-là ces sicav ont perdu en moyenne 24,5 %, ce qui les plaçait seulement au rang 27 (sur 57). Attention, nous ne tenons compte que des placements repris dans les tableaux de ce magazine. Pour info : en 2011, les sicav d’actions belges se sont classées au rang 48 (sur 60) avec une perte moyenne de 17,1 %. C’est moins bien que l’indice élargi de la Bourse de Bruxelles (-8,6 %).
(1) Nous avons tenu compte du rendement de l’indice boursier égyptien pour la période 2007-2010 du fait de l’absence d’offre de placements à cette époque.

 

TOPS

1. KBC Renta Sterlingrenta (+19 %)
2. Threadneedle Sterling Bond (+18,2 %)
3. KBC Renta NZD-Renta (+17,3 %)
4. iShares US TIPS (+17 %)
5. KBC Renta Yenrenta (+16,6 %)

 

Les tops et les flops de 2011 le montrent une fois encore : ce sont bel et bien les marchés boursiers, les indices sectoriels ou le marché obligataire qui distribuent les billes. Ainsi les sicav investissant en obligations en livres sterling ne pouvaient pas ne pas être dans le peloton de tête vu que le marché obligataire britannique est celui qui a le mieux travaillé en 2011. Les gestionnaires de sicav obligataires en devises naviguent tous dans les mêmes eaux (limitées) et comparent le fruit de leurs efforts de gestion aux mêmes indices. Tout cela fait que les différences de prestations entre les sicav de ce type sont relativement faibles à l’intérieur de la même catégorie. La différence vient souvent des frais, mais attention, des frais totaux ! Ainsi le ratio de coûts totaux de KBC Renta Sterlingrenta est inférieur de 0,4 % à celui de Threadneedle Sterling Bond, bien que les frais de gestion de cette dernière soient moins élevés. La sicav de Threadneedle n’a pu compenser ce handicap.

 

On ne peut manquer de remarquer la forte présence de CBC-KBC dans le palmarès de 2011 avec pas moins de 5 sicav dans le top 10. Une des raisons en est le fait que CBC-KBC est une des rares institutions qui propose un large éventail de sicav obligataires en devises étrangères. Les autres ont réduit la voilure, supprimé ou fusionné des sicav dans des ensembles plus grands en euros ou en dollars.

 

On l’a dit, 2011 fut l’année des sicav d’obligations en livres sterling. En devise locale, le marché obligataire britannique a gagné quelque 11 % du fait de la baisse (pour moitié environ) des taux d’intérêt. Les investisseurs ont été attirés par le volontarisme des mesures d’assainissement voulues par le gouvernement et par certaines statistiques économiques favorables – mais non récurrentes, hélas. L’attrait des obligations en livres sterling (GBP) a évidemment fait grimper le cours de la devise : +2,6 % par rapport à l’euro.
Nous sommes et restons vendeurs des obligations en GBP. Le Royaume-Uni est confronté à un déficit budgétaire considérable, son rating est aussi menacé que les autres, le rendement de ses obligations est faible et ses perspectives économiques sombres.

 

La recherche de havres sûrs a été profitable à deux autres types de sicav obligataires, celles en dollars néo-zélandais et celles en dollars australiens, lesquels ont respectivement gagné 3,2 et 3,4 % par rapport à l’euro. Le succès de ces marchés obligataires s’explique : ils offrent un supplément de rendement par rapport aux obligations comparables en euros et les économies des deux pays concernés tournent bien grâce notamment à leurs rentrées en matières premières.

 

Mais nous ne sommes pas acheteurs pour autant, et ce pour deux raisons. Les dollars néo-zélandais et australien sont fort chers en ce moment et nous nous attendons, à terme, à les voir se replier par rapport à l’euro. De plus, l’écart de taux avec l’euro fond comme neige au printemps.

 

FLOPS

1. Market Vectors Egypt Index ETF (-51,6 %)
2. Templeton Eastern Europe A (-40 %)
3. Argenta Actions Bancaires (-39,8 %)
4. Dexia Equities L Turkey (-36,9 %)
5. Horizon Access India Fund (-36,3 %)

 

2011 a été sans pitié pour le gros des placements qui présentaient ne fût-ce qu’un parfum de risque. En tête, les pays émergents. Alors que ces placements avaient eu beaucoup de succès en 2009 et en 2010, les sorties massives de capitaux vers des havres (plus) sûrs leur ont été fatales en 2011. Les investisseurs ont pris leur bénéfice, et ce quelles que soient les données fondamentales souvent saines que ces pays pouvaient présenter. On compte 9 sicav de pays émergents dans le flop 10 de l’an passé, en la seule compagnie de la sicav d’actions financières d’Argenta.

 

La Bourse égyptienne a connu en 2011 sa pire année à une près depuis sa modernisation dans les années nonante. Après change en euros, le marché cairote des actions a perdu près de 38 % dans un contexte bousculé, il est vrai, par le renversement du président Moubarak. La crise politique qui l’a accompagné et la fermeture temporaire de la Bourse ont fait fuir les investisseurs. Le tracker Market Vectors Egypt Index ETF, qu’on peut considérer comme le seul instrument spécialisé facilement accessible aux particuliers, a perdu plus de la moitié de sa valeur dans la foulée du recul spectaculaire de la banque d’affaires EFG Hermes (-63 %) et du conglomérat immobilier et agricole Talaat Moustafa (65 %). Si vous êtes de ces investisseurs à long terme qui ne craignent pas les vents contraires, vous pouvez encore toujours miser sur l’Egypte, pour autant que vous ne l’ayez pas déjà fait. La Bourse y est très bon marché et l’économie locale dispose de beaucoup d’atouts.

 

Tout comme en 2010 Argenta Banque Actions (-39,8 %) est la lanterne rouge des sicav d’actions du secteur financier. Le secteur en lui-même a été sévèrement touché (-23,7 %), mais la sicav d’Argenta présente le double désavantage de n’investir a) que dans le secteur bancaire b) de la seule zone euro. Tout le monde a fait mieux – ou moins mal – que ce soient les assureurs de la zone euro (-9,8 %) ou les banques Suisses et les Américains (-24 % tous les deux).

 

Malgré la sérieuse baisse de leurs cours, nous ne sommes toujours pas acheteurs de sicav d’actions du secteur financier. Le secteur pèche par manque de transparence, les dividendes des années à venir seront modestes, les réductions de valeur ne sont pas finies et il faudra affronter le défi majeur que représentent les exigences nouvelles en matière de fonds propres (core tier one).

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