Analyse
Commission des gestionnaires de sicav : l’exemple néerlandais il y a 4 ans - vendredi 15 mars 2013

Aux Pays-Bas, dès l’an prochain, les commissions de gestion et de distribution seront payées distinctement. Une bonne chose pour la transparence et la prévention des conflits d’intérêt. La Belgique ferait bien de s’en inspirer.

Si les frais des sicav sont élevés aujourd’hui, c’est parce que le gestionnaire doit céder une partie de sa rémunération au distributeur. Et pour ne pas rogner sur ses propres revenus, il reporte son manque à gagner sur l’investisseur. Aux Pays-Bas, dès l’an prochain, les acheteurs particuliers paieront une commission annuelle de gestion moins élevée, mais paieront à leur distributeur une deuxième commission annuelle dont le montant sera connu d’avance. Paiera-t-il moins au total ? Pas sûr. Mais la transparence y gagnera. Et les distributeurs pourront se concentrer sur l’intérêt de leurs clients.

 

Comment les distributeurs de sicav gagnent-ils de l’argent ?

– Par les frais d’entrée qui apparaissent sur votre extrait de compte. Chez certains distributeurs il y a toujours des frais d’entrée (jusqu’à 3 %); c’est le cas dans les grandes banques et la plupart des institutions qui ont un réseau plus réduit (Axa, Argenta, Petercam). C’est moins cher chez les distributeurs agressifs et les brokers en ligne comme BinckBank, Deutsche Bank, Fortuneo et Keytrade Bank, qui proposent généralement des frais forfaitaires, quelle que soit l’ampleur de l’achat, voire aucun frais du tout.
Bon à savoir : aucun distributeur ne peut demander des frais d’entrée supérieurs au maximum prévu dans le prospectus. A vous de faire jouer la concurrence en votre faveur.
– Par la commission de distribution
Les frais d’entrée étant uniques et insuffisants pour couvrir les frais des gestionnaires, ceux-ci encaissent aussi une commission de distribution (ou provision, rétrocession, rebate ou kickback). Les distributeurs sont donc rémunérés par les promoteurs pour commercialiser leurs produits : une rémunération annuelle, correspondant à la moitié des frais de gestion, parfois plus, parfois moins. Ainsi, si vous investissiez 2 500 euros dans la sicav Petercam Equities World 3F via Rabobank.be, la sicav vous comptera annuellement une commission de gestion de 1,5 %, soit 37,50 EUR. Tant que cette sicav restera en portefeuille chez Rabobank.be, cette dernière touchera la moitié de ces 37,50 EUR.
La commission de distribution n’apparaît pas sur votre extrait de compte. Elle est comprise dans la commission de gestion, qui est prélevée directement de la valeur d’inventaire (vous la payez indirectement puisqu’elle pèse de facto sur le rendement de la sicav).

Plus de transparence

L’édifice des frais et commissions est trop peu transparent. On a cru un moment que l’Europe allait interdire les provisions, mais on n’en est pas encore là. Cela n’a pas empêché les Pays-Bas d’interdire les commissions de distribution à partir de 2014, pour résorber ainsi un problème de conflit d’intérêt et aller vers plus de transparence. Pour le moment aucun épargnant ne sait exactement ce que touche son distributeur. Et rien ne dit que tel distributeur ne met pas en avant telle sicav parce qu’il est mieux rémunéré, alors que son premier souci devrait être de vendre ce qui convient le mieux à son client.


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