Analyse
Fonds de placement : les plus grands sont-ils les meilleurs ? il y a un an - mercredi 24 février 2016

Que penser des mégafonds qui gèrent plus d’un milliard d’euros ?

Certains fonds gèrent des milliards d’euros alors que d’autres n’arrivent que péniblement au million. La taille est-elle un critère de choix ? A quoi ressemblent les mégafonds ? Pourquoi attirent-ils tant de capitaux ? Sont-ils mieux gérés que les autres ? Sont-ils plus ou moins chers ? Faut-il s’intéresser à ceux qui sont présents sur notre marché ?

 

Les mégafonds chez nous

Les mégafonds dont nous vous entretenons ici sont des fonds de placement non cotés, qui, au 31/12/2015, géraient au moins 1 milliard d’euros d’actifs et qui sont présents sur le marché belge. Il s’agit de fonds en tant que tel, et non de la somme de leurs variantes. Nous en avons relevé 150. En fait, il y en a plus encore, mais nous avons exclu les fonds institutionnels, de pension ou de trésorerie.

 

350 milliards

Ensemble, les mégafonds gèrent à peu près 350 milliards d’actifs. C’est plus de deux fois la totalité du marché belge des fonds :143 milliards selon les chiffres de septembre de BEAMA, l’Association belge des gestionnaires de fonds, lesquels ne tiennent compte que des actifs détenus en Belgique. Or les fonds de placement de grande taille présents sur notre marché collectent la plus grande partie de leur volume à l’étranger. P.ex. Carmignac Patrimoine A EUR gère au moins 21 milliards d’euros, mais seulement 7 % sont collectés chez nous. A noter que ce fonds n’est que le soixantième mondial. Devant, il y a les géants américains, qui gèrent facilement l’équivalent de 40 milliards, voire plus. Certains trackers sont encore plus imposants. SPDR S&P 500 ETF gère 170 milliards d’euros.

 

Gestionnaires

Les grands noms du secteur sont les internationaux BlackRock, Schroders, Columbia Threadneedle, Franklin Templeton. Ils sont présents partout dans le monde pour collecter des capitaux, notamment en Belgique. Chez nous, quelques acteurs seulement parviennent à rivaliser avec eux. C’est le cas de KBC Asset Management et Candriam.

 

Portefeuille

Les fonds d’actions représentent plus de 50 % du total, le solde étant constitué de fonds obligataires et de fonds mixtes, cette dernière catégorie étant de plus en plus populaire.

 

Performance

Pour ce qui est du rendement à long terme (5 à 10 ans), nous n’avons pas pu établir de réel lien entre taille et prestation. En général, les mégafonds affichent des prestations moyennes. Si dans certains cas ils font mieux que les autres, c’est plutôt dû au talent de leurs gestionnaires qu’à un avantage découlant de leur taille. Schroders par exemple est fidèle à sa réputation d’excellence sur le marché international des obligations convertibles et sur les marchés d’actions en Asie. Columbia Threadneedle est très fort sur le marché des actions britanniques et BlackRock sur celui des métaux précieux et sur le marché obligataire. En conclusion, rien ne permet de dire que la taille est un inconvénient, mais ce n’est pas pour autant un avantage.

 

Performance et risque

Le résultat est-il meilleur si on l’examine à l’aune des risques (= fluctuations du portefeuille) ? Les mégafonds offrent-ils de bons rendements sans prendre pour autant trop de risque ? Ici non plus nous n’avons pas trouvé de lien significatif entre taille et capacité à créer de la valeur pour les investisseurs. BlackRock donne de bons résultats pour les actions européennes et dans la zone euro, mais pour le reste le résultat est moyen.

 

Frais

En théorie, les mégafonds peuvent répartir leurs frais sur un nombre plus grand de souscripteurs, ce qui permet des économies d’échelle. Mais sur le terrain, ce n’est pas le cas. Pire, dans six cas sur dix, les frais des mégafonds sont plus élevés que ceux de leurs concurrents (sauf pour les fonds mixtes). Seuls 50 mégafonds sont en moyenne moins chers que leurs concurrents de plus petite taille, 76 sont plus chers.

 

Ce qui fait croître les fonds

La qualité. Pour qu’un fonds de placement se développe, il doit afficher de bonnes performances, faire mieux que les autres par beau temps comme par mauvais temps. Le bouche à oreille fait le reste.
La distribution. A quoi sert le meilleur fonds s’il n’est disponible nulle part ? En Belgique les institutions disposent de larges réseaux de distribution qui commercialisent surtout leurs propres fonds. Cela explique le succès de certains produits de qualité moyenne. Les brokers en ligne, eux, proposent un vaste éventail de fonds de différents gestionnaires. Plus un fonds de placement est distribué via divers canaux, dans un ou plusieurs pays, plus son potentiel est élevé.
Le succès. Qui rentre dans un restaurant vide ? Il en est de même pour les fonds : les géants du secteur appartiennent souvent à de grands groupes internationaux dont on a l’impression qu’ils arrivent sans peine à manœuvrer ce type de tanker.
Les marchés. La progression des marchés sur lesquels le fonds investit joue aussi. Une étude américaine a montré que ce facteur expliquait à lui seul la moitié environ de la croissance des mégafonds ces neuf dernières années.
Les fusions. Les fonds de placement sont des entreprises qui peuvent fusionner. Cela arrive par exemple lorsqu’un fonds devient trop petit pour être encore géré en bon père de famille, ou si les gestionnaires veulent discrètement sortir du marché un produit peu performant. Par définition, une fusion augmente le volume des actifs gérés.

 

Carmignac Patrimoine A EUR

Le vaisseau amiral du français Carmignac investit en actions (35 %) et en obligations (55 %) internationales. Il est géré de manière flexible. Le poids des actions et des obligations peut varier considérablement selon la vision de ses gestionnaires.
ACHETEZ.

 

Ces dernières années, cette vision s’est retournée contre les gestionnaires, plutôt pessimistes par rapport à l’évolution des marchés, ce qui les a amenés à se protéger contre leurs aléas. Cela coûte en prestation: Carmignac Patrimoine a fait moins bien que la concurrence ces cinq dernières années. Malgré cela, nous vous conseillons ce fonds parce que nous avons confiance en sa capacité à faire mieux que les autres par mauvais temps. Il parvient aussi à conserver une trajectoire bien définie malgré une taille imposante. Carmignac Patrimoine est un bon complément à d’autres fonds (mixtes).

 

M&G Optimal Income EURO A-H

Ce fonds mixte, composé d’actions et d’obligations internationales, présente en principe un caractère défensif. Le portefeuille de la variante vendue dans notre pays est couvert contre le risque de change.
ACHETEZ.

 

Attention ! Il y a près de deux ans qu’on n’a plus vu ce fonds investir plus de 5 % en actions. Il faut donc le considérer comme un fonds mixte très conservateur voire un fonds d’obligations. Sur ce plan, rien à redire: les gestionnaires jonglent avec les différents segments du marché obligataire, sans que la taille soit un handicap. Si les frais annuels sont plus élevés qu’ailleurs, cela n’empêche pas ce fonds de présenter un rapport rendement/risque supérieur. Le fait que le risque de change soit couvert ne nous dérange pas puisque les deux principales devises en portefeuille (dollar US et livre sterling devraient baisser), si pas tout de suite, certainement à long terme. Ce fonds est un bon choix pour qui est intéressé par un portefeuille d’obligations internationales.

 

BGF Global Allocation A2 USD

Un des étalons de BlackRock, plus grand gestionnaire de fonds au monde, avec un profil mixte neutre et un portefeuille constitué d’actions internationales (surtout américaines) et de placements à revenu fixe.
CONSERVEZ.

 

Le portefeuille de placements à revenu fixe n’est pas constitué uniquement d’obligations mais aussi de beaucoup de liquidités (1/5). Cela en dit long sur l’opinion de ses gestionnaires : ils trouvent les obligations chères.
Des gestionnaires qui donc, malgré la taille de leur portefeuille, osent décider. Outre leur choix pour les liquidités, il faut aussi souligner leur confiance dans le potentiel des actions japonaises (quasi leur plus grand poste d’actions). L’option défensive du fonds fait qu’il est capable de prestations supérieures à la moyenne lorsque les marchés financiers sont en méforme.

 

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