Analyse
Faut-il investir sur la Bourse de Séoul, en Corée du Sud ? il y a 8 mois - mercredi 29 mars 2017
Elle est au plus haut, malgré la destitution de la présidente et la menace croissante de la Corée du Nord.
Faut-il investir sur la Bourse de Séoul, en Corée du Sud ?

Faut-il investir sur la Bourse de Séoul, en Corée du Sud ?

Non. Restez à l’écart. Certes, les sociétés coréennes viennent de distribuer des dividendes record pour 2016 (en hausse de 9,4% par rapport à un an plus tôt) et l’indice phare de la Bourse (KOSPI) atteint des sommets : +10% sur un an, +7% depuis le début d’année.
Mais les perspectives de croissance sont plutôt faibles et le won est surévalué face à l’euro.

La Corée du Sud traverse une période difficile

Suite à la mise à l’écart de Mme Park, le pays devra élire un nouveau président début mai. Si la fin de l’incertitude quant à la présidente sortante est une bonne nouvelle, des questions persistent quant aux politiques à adopter par son probable successeur, le leader de l’opposition. A cela s’ajoutent des craintes géopolitiques. A l’heure où les USA installent en Corée du Sud un système de missiles très mal perçu par la Corée du Nord et par la Chine, les rapports avec ces deux pays voisins se sont fort détériorés. Pour ce qui est de la Corée du Nord, un conflit militaire ne semble pas à l’ordre de jour. Par contre, la Chine est le premier marché d’exportation pour la Corée du Sud. Dès lors, le boycott des produits coréens, organisé par les médias et réseaux sociaux chinois, et la chute du nombre de touristes chinois en Corée du Sud, sont de mauvaises nouvelles.

Le défi du commerce extérieur

Les USA sont le deuxième marché d’exportation de la Corée du Sud et les exportations vers le marché américain n’ont cessé de croître depuis l’entrée en vigueur en 2012 de l’accord de libre-échange entre les deux pays (KORUS). Hélas, le déficit commercial américain vis-à-vis de la Corée du Sud a plus que doublé depuis 2011 et KORUS compte désormais parmi les accords directement visés par le président Trump, qui l’accuse de tuer l’emploi aux USA. Afin de calmer le jeu, les principaux candidats à la présidence coréenne évoquent la possibilité d’une renégociation de cet accord. Mais l’issue en semble très incertaine et la confiance des entreprises, tout comme l’investissement en Corée du Sud, s’en ressentent. A noter, aussi, le fait que les exportateurs sud-coréens affrontent le défi de la devise : alors que le won coréen est surévalué par rapport à l’euro, le yen est légèrement sous-évalué. Cela se traduit par un léger avantage des exportateurs japonais sur les coréens. A tout cela s’ajoutent les problèmes liés à certains grands noms coréens, comme le géant du transport maritime Hanjin shipping, en faillite suite surcapacités sur le marché du transport maritime. Des surcapacités qui risquent de peser sur l’activité des chantiers navals du pays. Enfin, les soucis de Samsung avec sa tablette Note 7 pèsent aussi sur l’image du Made in Korea.

L’endettement important des ménages inquiète

Face à l’évolution décevante des exportations, c’est la demande intérieure et, en particulier, l’investissement qui tire l’économie. Hélas, il ne s’agit pas de celui des entreprises, mais de l’investissement immobilier des ménages. Il est vrai que les salaires augmentent toujours (+2,5% par an en moyenne depuis 2012) et qu’à 3,6%, le taux de chômage est très bas. Mais si l’immobilier explose, c’est aussi parce que l’endettement des ménages coréens atteint des sommets. A plus de 80% du PIB, il dépasse celui des Américains ou des Britanniques. Or, l’inflation est largement conforme aux objectifs de la banque centrale (depuis son rebond de 1,9% en février). A l’heure où la Fed américaine normalise sa politique monétaire, la marge de manœuvre de Séoul est dès lors limitée. D’un côté, l’inflation et la crainte de voir le différentiel de taux croissant entre les deux pays se traduire par des fuites de capitaux, devraient l’inciter à relever son taux directeur. Mais de l’autre, la nécessité de soutenir la trop faible demande intérieure devrait l’inciter à garder son taux directeur à 1,25%, voire à le réduire. Quelle que soit la décision prise par Séoul, une hausse des taux semble inévitable et risque de confirmer deux problèmes majeurs : l’endettement des ménages et le fait que l’actuel modèle de croissance n’est pas soutenable à long terme.
La croissance coréenne devrait être de 2,5 % en 2017 et décélérer vers 2% en 2018.

 

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