Analyse
Emissions d'obligations : marché en berne il y a 7 ans - lundi 31 mai 2010

Ces dernières semaines, l'activité sur le marché primaire est pratiquement retombée à l'arrêt.  Quelle est la raison de cette léthargie ?

Ces dernières semaines, les émissions obligataires se sont pour ainsi dire taries à mesure que s’accentuait la crise dans la zone euro. Certains observateurs parlent même d’un gel du marché comme au milieu de l’année 2008, lorsque Lehman Brothers avait mis la clé sous le paillasson. La semaine dernière a ainsi été marquée, sur les marchés obligataires européens, par le plus faible niveau d’émissions d’obligations de sociétés pour cette année, soit des émissions pour un montant de 1,1 milliard EUR seulement ! Et cela tient compte de toutes les émissions, avec non seulement celles pour les investisseurs particuliers, mais aussi celles pour les investisseurs institutionnels auxquelles vous ne pouvez pas participer.

Les raisons
L’escalade du problème de la dette dans la zone euro, son approche plus ou moins désordonnée et la crainte de voir les économies occidentales retomber dans une récession ont provoqué en très peu de temps une énorme hausse de l’aversion pour le risque dans le chef de l’investisseur (européen). Autrement dit, celui-ci est de moins en moins disposé à prendre des risques (aussi petits soient-ils) et cherche refuge dans des valeurs sûres comme les obligations souveraines allemandes et américaines ou l’or. Cette disposition à prendre des risques a du reste encore été mise à rude épreuve voici environ deux semaines quand l’Allemagne a instauré unilatéralement une interdiction de vente à découvert (shorting) sur certains titres. La liquidité s’est alors tarie à vue d’œil et les obligations de sociétés, mêmes d’entreprises assorties de ratings élevés, se sont d’un seul coup retrouvées délaissées.

Pas de quoi paniquer
Toute une série de sociétés ont alors décidé de reporter leurs nouvelles émissions en attendant que les nuages noirs aient disparu, craignant que leurs papiers ne trouvent pas acquéreur dans le contexte actuel. Ce coup d’arrêt (temporaire) n’a toutefois rien de fondamentalement inquiétant en ce qui concerne la plupart des (grandes) sociétés. Durant la deuxième moitié de l’année 2009 et début 2010, les émissions parvenaient à peine à suivre le rythme tant les investisseurs étaient prêts à investir massivement. Les grandes émissions d’AB InBev, par exemple, en ont été la preuve éclatante. De nombreuses sociétés ont donc déjà pu renforcer leur bilan et sont à nouveau prêtes à parer un éventuel coup dur. De plus, cette période de l’année, avec le calme traditionnel des mois d’été à l’horizon, est toujours beaucoup plus calme.

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