Analyse
Ratings et dettes publiques il y a 5 ans - mercredi 7 décembre 2011

Les marchés financiers ont clairement tiré une ligne ces douze derniers mois entre les pays à la solvabilité maximale et ceux affichant un rating moins enviable.

Rating

Un rating est fixé par des agences spécialisées qui étudient la situation financière de l'émetteur en question (Etat, institution supranationale, entreprise, …), et donne précisément une indication de la solvabilité ou de la capacité de l'émetteur d'obligations à faire face à ses engagements financiers. Un émetteur peu endetté, aux finances solides, pourra par exemple être qualifié de financièrement sain et se verra de ce fait attribuer un bon rating. Il pourra aussi se permettre alors d'offrir un rendement moins élevé sur ses obligations tout en étant certain de trouver des acquéreurs. A l'inverse, plus le risque qu'un émetteur ne soit pas en mesure de faire face à ses engagements sera élevé, plus les investisseurs exigeront un rendement élevé pour acheter ses obligations.

Les agences les plus connues pour les ratings sont Moody's et Standard & Poor's et toutes deux appliquent un système de lettres, de signes et de chiffres (voir tableau ci-dessous) pour indiquer la solvabilité. Les trois grades de solvabilité les plus élevés correspondent ainsi aux notes AAA, AA+ et AA chez Standard & Poor's, et Aaa, Aa1 et Aa2 chez Moody's.

 

                           RATINGS

Rating S&P
Rating Moody’s
  Signification
AAA
Aaa
Solvabilité maximale
AA+
Aa1
Très bonne solvabilité
AA
Aa2
AA-
Aa3
A+
A1
Bonne solvabilité
A
A2
A-
A3
BBB+
Baa1
Solvabilité moyenne
BBB
Baa2
BBB-
Baa3
BB+
Ba1
Placement spéculatif
BB
Ba2
BB-
Ba3
B+
B1
Placement très spéculatif
B
B2
B-
B3
CCC
Caa
Risque substantiel
CC
Ca
C
C
D
-
Défaut de paiement

 

Groupe de tête

La ligne de rupture au sein de la zone euro entre les pays présentant, selon les agences de notation, une solvabilité maximale et les autres n'a fait que s'accentuer ces douze derniers mois (cf. tableau ci-dessous). Les pays de tête ont ainsi vu leur taux à dix ans diminuer. C'est le cas, dans l'ordre, de l'Allemagne, des Pays-Bas et de la Finlande, le "noyau dur" de la zone euro. Leur solvabilité n'est pas remise en doute, ce qui en fait des refuges pour de nombreux investisseurs, et ils peuvent donc se permettre de payer moins pour emprunter. Ce groupe de tête est suivi de deux pays, la France et l'Autriche. Le marché est ici un peu moins sûr et la note AAA de la France est de plus en plus remise en cause. L'endettement de nos voisins du sud s'est en effet détérioré alors que le secteur bancaire n'est pas vraiment stable et pourrait encore avoir besoin d'aide. L'Autriche, de son côté, dépend dans une large mesure de l'Europe de l'Est et tout nouveau ralentissement de l'économie dans cette région serait une mauvaise nouvelle pour le pays. Mais au final, les taux n'ont pas augmenté sur base annuelle et les perspectives pour les deux pays restent en d'autres termes relativement bonnes.

 

        RATINGS ET RENDEMENTS  DES PAYS DE LA ZONE EURO

 
   Décembre 2010
   Décembre 2011
 
Rating S&P
Taux à 10 ans
Rating S&P
Taux à 10 ans
Allemagne
AAA
2,96 %
AAA
2,19 %
Pays-Bas
AAA
3,18 %
AAA
2,55 %
Finlande
AAA
3,21 %
AAA
2,70 %
France
AAA
3,33 %
AAA
3,17 %
Autriche
AAA
3,48 %
AAA
3,30 %
Belgique
AA+
3,98 %
AA
4,62 %
Italie
A+
4,63 %
A
6,58 %
Espagne
AA
5,55 %
AA-
5,61 %
Portugal
A-
6,57 %
BBB-
14,14 %
Irlande
A
8,57 %
BBB+
9,35 %*
Grèce
BB+
11,99 %
CC
29,45 %
* Taux à 9 ans (il n’existe actuellement pas d’obligation de référence à 10 ans).

Ligne de rupture

Les autres pays de la zone euro ont par contre vu leur rating diminuer et leurs taux d'intérêt augmenter.
Notre propre pays a été touché fin novembre par un abaissement de sa note, mais la hausse des taux était déjà en marche depuis un petit temps. Sur base annuelle, les taux sur notre dette publique à 10 ans ont augmenté de 0,6 % environ. L'Espagne a aussi été rétrogradée mais a pu limiter les dégâts grâce à la mise en place rapide de réformes et de mesures d'économies. La situation des quatre autres pays (Italie, Portugal, Irlande et Grèce) n'a par contre fait que s'aggraver. La Grèce est même insolvable en théorie, mais le pays a encore obtenu un sursis (et de l'argent) grâce au soutien européen. L'Italie fait elle figure de nouveau venu inattendu dans ce club peu enviable. Sa solvabilité n'a reculé que d'un cran, mais ses taux ont bondi de 4,63 à... 6,58 % ! En cause, la morosité économique, un endettement colossal, la faiblesse du secteur bancaire et l'incertitude du climat politique.

Conclusion

Si dégradation du rating et hausse des taux sont liées, les marchés n’attendent pas toujours l’intervention des agences de notation pour exiger des taux plus élevés. Dans la plupart des cas en effet, les taux ont déjà commencé à augmenter avant l'abaissement effectif du rating, ce qui est aujourd'hui la situation dans laquelle se trouve la France. Il n'y a pas encore eu de dégradation de la note, mais le marché en tient déjà compte. D'un autre côté, si le rating de l'Italie et de la Belgique a été revu à la baisse, il est peu probable que ces deux pays connaissent le même sort que le Portugal et la Grèce. Ils multiplient en effet les mesures et ont quelques avantages à faire valoir par rapport aux ‘mauvais’ pays, comme un taux d'épargne élevé et une base industrielle plus solide. Une intervention énergique de la Banque centrale européenne peut du reste contribuer à inverser la tendance.

 

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