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Décision non étayée et faux pas de la Ministre De Block

07 octobre 2015
non étayé

07 octobre 2015

Notre Ministre de la Santé Publique se fait volontiers le chantre de la politique scientifiquement étayée. Sa décision d'accéder à la requête de la firme BePharbel visant obtenir davantage d'argent pour son neobacitracine va toutefois à l'encontre de ce principe. Et c'est le patient qui en fait les frais…

Vous souhaitez vérifier si un médicament est sûr et efficace, s'il existe un équivalent à meilleur prix?

Le neobacitracine (gouttes) est un médicament sur ordonnance combinant deux antibiotiques : le neomycine et le bacitracine. La notice mentionne de nombreuses infections bactériennes pour lesquelles le médicament peut être utilisé localement, comme dans le nez en cas de refroidissement, dans le cas d'infections de l'œil et de l'oreille, de blessures…

Médicament superflu

Pour un certain nombre de ces problèmes, le traitement local aux antibiotiques n'a toutefois aucun sens. À l’œil par exemple, l'utilisation locale d'antibiotiques s'avère parfois utile, mais il existe des médicaments nettement plus efficaces que le neobacitracine. Administrer conjointement deux antibiotiques pour ce genre d'infections n'est pas indiqué et ne fait qu'accroître le risque d'effets secondaires. Le bacitracine, et surtout le neomycine, entraînent bien souvent des réactions allergiques.

En outre, l'utilisation locale d'antibiotiques favorise les germes résistants aux antibiotiques. En résumé : nous n'avons pas besoin de ce médicament. Dans la plupart des pays voisins, il n'est pas présent sur le marché.

Avis négatif…

Toutefois, dans notre pays, l 'assurance-maladie rembourse le neobacitracine. Sans doute est-ce dû au fait qu'autrefois, on accordait – hélas - moins d'importance à l'étaiement scientifique des demandes de remboursement. Lorsque la firme BePharbel a demandé cette année un remboursement plus élevé pour ce produit, la Commission de Remboursement des Médicaments (CRM) a rejeté en bloc cette demande. L'utilité du Neobacitracine est en effet plus que douteuse. Le fait que la firme ait menacé de retirer le produit du marché au cas où son produit ne serait pas mieux remboursé ne pose aucun problème pour notre secteur des soins de santé, bien au contraire.

... mais la Ministre passe outre

L'avis de la CRM n'est pas contraignant, mais à notre grand étonnement, la Ministre De Block ne l'a pas suivi, alors qu'elle se fait volontiers le héraut d'une médecine scientifiquement étayée. Invoqué la “place du neobacitracine dans la pratique médicale” pour justifier sa décision n'a, en outre, pas de sens. La disparition de ce produit du marché serait précisément une bonne chose.

La popularité du médicament est préoccupante : en 2014, il a été prescrit, selon les estimations, près de 320000 fois et les patients ainsi que l'assurance-maladie ont payé ensemble plus de 2,1 millions d'euros. Le neobacitracine qui coûtait 6,94€ a vu son prix passer à  9,43€ (+36 %) depuis le 1er octobre.

Le patient en fait les frais

La Ministre ne voulait pas que l'assurance-maladie prenne en charge le supplément demandé par la firme. Raison pour laquelle elle a modifié les règles de remboursement. Le montant que vous aurez désormais à payer - le ticket modérateur – passe de 0,85€ à 3,46€ (+307 %).

Ainsi, tout le monde est content : la firme gagne davantage d'argent, la ministre reste en bons termes avec celle-ci, et les médecins peuvent continuer à prescrire le médicament (inutile). Et c'est le patient qui en fait les frais…



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