Après l’Autorité de la concurrence, la BNB à son tour favorable à la proposition de Testachats de supprimer la prime de fidélité sur les comptes d’épargne
Une mobilité faisant défaut
Fin de semaine dernière, le rapport de la BNB commandé par le Ministre Jan Jambon sur le marché de l’épargne en Belgique a été publié. Avec en toile de fond, cette question existentielle : les taux de l’épargne sont-ils anormalement bas en Belgique ? Dans son rapport, la BNB considère que les taux bas ne constituent pas en soi la preuve d’un manque de concurrence ou d’un dysfonctionnement, mais qu’ils s’inscrivent dans un modèle visant la stabilité du financement à long terme. Elle ajoute néanmoins que la concurrence sur l’épargne pourrait être renforcée, principalement en améliorant la mobilité et la transparence pour les épargnants, à condition de ne pas fragiliser la stabilité financière. Deux moyens sont de nouveau évoqués : la suppression de la prime de fidélité et un traitement fiscal neutre des revenus de l’épargne et de l’investissement.La BNB rejoint les demandes de Testachats
« Nous nous réjouissons que la BNB évoque à nouveau la suppression de la prime de fidélité et une fiscalité de l’épargne plus neutre comme mesures permettant d’améliorer la mobilité des clients, point de départ nécessaire à une meilleure concurrence entre banques. Il s’agit de deux exigences que nous avions déjà formulées de longue date, notamment dans le cadre du rapport de l’ABC, fin 2023, qui constatait un manque de concurrence au niveau des banques, en ce qui concerne l’épargne » rappelle Julie Frère, porte-parole de Testachats.
Pour Testachats, la prime de fidélité est en effet un frein à la mobilité, en ce sens qu’elle décourage d’aller voir ailleurs sous peine de perdre les primes en cours de constitution. Or la BNB reconnaît que la prime n’est qu’un des éléments favorisant la stabilité des dépôts d’épargne et que l’expérience d’autres pays montre que la stabilité des dépôts peut être atteinte sans prime de fidélité. « L’argument si cher à nos banques pour justifier le maintien de la prime de fidélité s’envole une fois de plus en fumée » réagit Julie Frère.
Quant à la fiscalité attractive du compte d’épargne (les intérêts jusqu’à 1 020 euros ne sont pas taxés), celle-ci agit comme un aimant sur ce produit, au détriment d’autres placements qui pourraient être plus rémunérateurs pour l’épargnant. Résultat, les banques attirent sans difficulté l’épargne (plus de 300 milliards en comptes d’épargne), ce qui ne les incite guère à se battre, en offrant des taux plus élevés, pour attirer l’épargnant. Testachats plaide donc pour que l’exonération fiscale s’applique à un panier plus large de produits d’épargne et de placements, et non plus seulement au compte d’épargne.
Pour Testachats, les taux sont anormalement bas
Là où Testachats diverge néanmoins par rapport à la position de la BNB, c’est au sujet des taux actuels de l’épargne. Pour l’organisation de consommateurs, ceux-ci sont bel et bien anormalement bas et cela justifie des mesures rapides du gouvernement pour y remédier. La BNB indique qu’elle n’a pas décelé de signes clairs qui suggèreraient que le comportement de rémunération des dépôts d’épargne observé actuellement présenterait des différences marquantes avec le comportement adopté par le passé. Cet argument ne convainc pas l’organisation : après tout, les taux étaient sans doute déjà anormalement bas dans le passé. Une situation que Testachats dénonce depuis de très nombreuses années et vis-à-vis de laquelle les autorités commencent seulement maintenant à se soucier.
Ensuite, la BNB affirme deux choses. D’une part, la rémunération de l’épargne en Belgique ne dépend pas seulement du taux de dépôt de la BCE, mais aussi du rendement du portefeuille de crédits, en particulier hypothécaires, largement à taux fixe et de longue maturité. D’autre part, elle explique la faiblesse persistante des taux d’épargne par une concurrence très vive sur le marché du crédit, qui limiterait la capacité des banques à mieux rémunérer les dépôts. Or, dans le même rapport, la BNB indique très clairement que le rendement moyen du portefeuille hypothécaire est passé de 1,72% à 2,37% entre mars 2022 et septembre 2025.
Nous avons donc un taux de dépôt de la BCE à 2% actuellement et un taux de crédit moyen de 2,37% (fin septembre 2025) pendant que les comptes historiques des grandes banques (là où sont encore logées des centaines de milliards) offrent entre 0,25 et 0,60% l’an. Cette importante différence s’est traduite ces dernières années par des dividendes records pour les actionnaires des banques, bien plus gâtés que les épargnants. « Cette situation nous pousse à demander au gouvernement d’agir sans délai pour améliorer la mobilité de l’épargne. Car la faible mobilité des épargnants et l’abondance de liquidités dans le système bancaire belge ne poussent pas les banques à mieux rémunérer l’épargnant » conclut Julie Frère.
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