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Coaches en burn-out : à boire et à manger

23 mai 2018

23 mai 2018
Faites attention aux "coaches" qui proposent leurs services pour combattre le burn-out. Beaucoup ne sont pas formés pour faire face à la détresse psychologique et dissimulent leur formation de base. Pas étonnant dès lors que l'on constate des manquements dans leur pratique.

De plus en plus de coaches proposent une aide en cas de burn-out. Mais quelle est leur formation ? Sont-ils transparents quant à cette formation ? Réfèrent-ils à un médecin ou un psychologue clinicien si quelqu'un se présente chez eux avec des symptômes alarmants ? Comment procèdent-ils ? Et combien font-ils payer pour leurs services ?

Pour répondre à ces questions, nos enquêteurs ont consulté anonymement 79 coaches répartis à travers la Belgique. Chaque coach a été visité une fois par un enquêteur se faisant passer pour quelqu'un ayant besoin d'aide. Cet enquêteur disait chercher de l'aide pour un burn-out et simulait des plaintes pouvant suggérer un état dépressionnaire, un possible traumatisme, des problèmes d'alcool.

Nous avons ciblé dans cette enquête les coaches sans diplôme en psychologie clinique ou en médecine, ceux qui légalement ne peuvent donc pas poser un diagnostic. Pour obtenir le maximum d'informations sur la formation des coaches, le site web et le profil LinkedIn de chaque coach ont également été analysés.

Pas assez de transparence sur leur formation

Beaucoup de coaches ont une formation de base qui n'a rien à voir avec les soins de santé : marketing, communication, fiscalité, électromécanique... Inquiétant ? Oui. Le Conseil Supérieur de la Santé a récemment souligné l'importance d'une formation de base pertinente dans l'approche du burn-out.

Beaucoup de coaches ont suivi un cours de "coaching" ou de "burn-out coaching", mais cela ne suffit pas. La plupart de ces apprentissages ne durent que quelques jours et ne doivent pas satisfaire à des exigences légales en matière de curriculum.

Par ailleurs, de nombreux coaches visités dissimulent leur formation de départ. Seul un sur dix l'a spontanément déclinée, par exemple avocat ou chimiste. Après questionnement, pour quatre coaches sur dix, nos enquêteurs n'ont pas pu obtenir de réponse claire quant à leur formation de base.

Malgré les signaux d'alerte, pas de réorientation

Un coach sans diplôme en médecine ou en psychologie clinique ne peut pas poser de diagnostic. Pour ce faire, il doit référer (renvoyer vers) à un médecin ou un psychologue clinicien.

Au cours de notre enquête, seuls quatre coaches sur dix ont appliqué cette règle et référé le coaché comme il se doit. Même parmi les coaches en burn-out reconnus (par l'Association des coaches reconnus en stress et burn-out, surtout active en Flandre et à Bruxelles), beaucoup trop peu de nos enquêteurs ont été redirigés.

C'est d'autant plus dérangeant que les coaches visités recevaient quelqu'un qui présentait des symptômes alarmants nécessitant qu’il soit référé (dépression potentielle, traumatisme, problèmes d'alcool). Ces symptômes n’ont pas été reconnus ou simplement ignorés. Nous tirons la sonnette d'alarme car pareille négligence peut avoir de graves conséquences quand on sait que les troubles psychiques peuvent s'aggraver lorsqu'ils sont négligés ou traités de manière incorrecte.

Méthodes douteuses

Un coach sur quatre a recommandé, pour lutter contre le burn-out, un remède à base de plantes, comme des extraits de fleurs de Bach ou un complément alimentaire.

Nos enquêteurs ont également eu affaire à des coaches qui luttent contre le stress et le burn-out au moyen de pierres précieuses, de chevaux, de kinésiologie... Autant de "solutions" pour lesquelles il n’existe pas la moindre preuve que cela fonctionne.

Usage abusif de chèques-carrière

Les coaches ont demandé en moyenne 64 € pour leurs services. Mais certains ont réclamé jusqu'à 200 € par séance!

Pas moins de 24 coaches ont proposé de régler la note avec des chèques-carrière financés par le gouvernement (pour les Flamands et les Bruxellois). C'est de la fraude, car ces chèques ne sont pas destinés au traitement de la détresse psychologique. Le burn-out constitue d’ailleurs une contre-indication lorsqu'il s'agit de mener une orientation professionnelle.

Il est grand temps de clarifier les choses

Celui qui veut traiter un trouble mental doit satisfaire à des exigences de formation strictes. Mais pour le burn-out, ce n’est pas le cas car il ne s'agit pas d'un trouble mental selon l'Association des coaches en stress et burn-out.

Est-ce exact ? Il est grand temps que la ministre de Block fasse la clarté car la loi peut faire l’objet d’interprétations variées à ce sujet. Selon nous, des exigences de formation strictes sont un impératif pour fournir des soins de qualité.

Nous avons donc présenté les conclusions de notre enquête et fait part de nos préoccupations aux ministres concernés en leur demandant de prendre au plus vite des mesures.


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