Bore-out : plus qu’une expression en vogue dans les médias ?
Ces derniers mois, nous entendons de plus en plus souvent parler du "bore-out". Mais que devons-nous entendre par-là ? Est-ce comparable à un burn-out ? Ou n’est-ce qu’un simple phénomène médiatique ? Nous nous sommes entretenus avec le prof. docteur Hans De Witte, professeur en psychologie du travail à la KU Leuven.
A l’instar d’un burn-out, un bore-out n’est pas une maladie, il s’agit d’un vécu professionnel intensément négatif. Le problème peut survenir lorsque la charge de travail est longtemps ressentie comme insuffisante pour pouvoir exploiter pleinement ses capacités. Une telle sous-stimulation chronique peut amener à se distancier mentalement de son travail. On éprouve en permanence un sentiment d’ennui. A terme, cela peut avoir un effet négatif sur la santé et sur le bien-être. On devient apathique, sans ressort.
Bore-out versus burn-out
On pourrait penser que le bore-out et le burn-out sont similaires en raison de la ressemblance entre leurs dénominations. Il s’agit néanmoins de deux phénomènes différents. La distinction réside principalement dans la cause. Qu’on soit victime d’un burn-out ou d’un bore-out, on travaille en-dessous de son propre niveau. En d’autres termes, on ne peut exploiter qu’insuffisamment ses capacités, et l’on ne dispose pas d’assez d’autonomie et de responsabilités dans sa fonction. Tandis que le bore-out est causé par un manque prolongé de stimulation, le burn-out est au contraire provoqué par une surcharge chronique.
Dès lors, les symptômes des deux phénomènes sont aussi partiellement différents. Dans le cas d’un burn-out, on est au bout du rouleau. Vous êtes extrêmement épuisé, avec le sentiment de ne plus être à la hauteur de votre tâche, d’avoir besoin de faire une pause et, dans la plupart des cas, de devoir faire appel à une aide extérieure pour arriver à sortir du gouffre.
Alors que le bore-out est plutôt comparable à une situation de chômage. Vous devenez apathique à force d’éprouver continuellement un sentiment d’ennui. Si cela n’a certainement rien de très agréable, c’est quand même moins grave qu’un burn-out. Il existe donc une différence d’intensité entre les deux.
Ce qui est par contre commun aux deux problèmes, c’est la distance mentale qu’on prend vis-à-vis de son travail, ainsi qu’une sorte de cynisme que l’on éprouve à l’encontre de sa fonction. C’est pourquoi ils ont parfois certaines ressemblances, alors que la différence est très grande.
Le meilleur traitement ? Un retour à un travail utile
Le meilleur remède au bore-out est une augmentation progressive de la part de travail permettant de s’épanouir. Plus facile à dire qu’à faire naturellement. D’une part, le travailleur doit faire savoir suffisamment tôt, lors des entretiens d’évaluation, que sa charge de travail est insuffisante. D’autre part, n’oublions pas que l’employeur est légalement tenu de mener une analyse de risque et une politique de prévention. Veiller à ce que personne ne travaille au-dessous de ses capacités en fait partie.
Le conseiller en prévention de l’entreprise doit donc dépister les problèmes éventuels et tenter de les mettre au jour à un stade précoce. Il incombe alors au supérieur hiérarchique et à l’employeur de prendre au sérieux les problèmes signalés, et de s’y attaquer avec méthode au travers d’une politique. On envisagera tout d’abord une adaptation du travail, pour le faire évoluer vers une fonction correspondant aux capacités de l’individu et lui apportant en outre un stimulant suffisant.
Il n’est toutefois pas exclu que cette augmentation de travail stimulant ne suffise pas à elle seule et qu’une forme d’accompagnement externe soit nécessaire pour permettre au travailleur de se ressaisir pleinement. Quant à savoir qui sera la personne la mieux indiquée en pareil cas, c’est une autre paire de manches. Les études en la matière restent encore insuffisantes. Il est surtout important que la personne qui assurera cet accompagnement possède l’expérience nécessaire avec des victimes de bore-out. Qu’elle ait également suivi une solide formation de base, par exemple en psychologie clinique ou en psychologie du travail et des organisations.
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