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Un médicament essentiel à nouveau indisponible: il est plus que temps d'agir !

19 décembre 2020
Un médicament essentiel à nouveau indisponible Marevan

Il y a quelques semaines, nous apprenions qu'un médicament essentiel, le Marevan, serait temporairement indisponible. Nous nous battons depuis des années pour des mesures structurelles pour prévenir ce genre de pénurie. Voici l'opinion de Martine Van Hecke, notre experte sur la problématique des médicaments en rupture de stock.

Médicaments en pénurie

Selon des chiffres officiels de l’Agence des Médicaments (AFMPS) datant de fin novembre, plus de 500 conditionnements de médicaments étaient temporairement indisponibles. Ils étaient tout aussi nombreux à avoir été retirés définitivement du marché au cours de l’année dernière. Selon une étude de Test Achats réalisée en novembre 2020 auprès de plus de 2 000 personnes, 28,5 % des Belges ont déjà été confrontés à une indisponibilité (temporaire) de leur médicament au cours des deux dernières années. Et 16 % y ont même été confrontés plusieurs fois. 

Les médicaments doivent rapporter de l’argent. Et beaucoup, de préférence. Dans le cas contraire, ils sont sujets aux ruptures de stock, parfois à répétition, jusqu’à ce que les firmes pharmaceutiques décident d’en cesser la commercialisation. C’est le sort de plusieurs vieux médicaments essentiels vendus à bas prix, mais d’une valeur inestimable pour la santé de nombreux patients.

Le médicament Marevan de la firme Therabel en est un parfait exemple. Cet anticoagulant est utilisé pour fluidifier le sang afin de prévenir la formation de caillots (thrombose) ou pour dissoudre les caillots déjà présents et ainsi éviter qu'ils ne migrent dans les vaisseaux sanguins (embolie). Le passage à un autre médicament est complexe et peut comporter de sérieux risques, tels que des risques d’hémorragie et/ou de caillots sanguins. 

Plusieurs voix se sont dès lors élevées, fin 2018, pour dénoncer la décision de Therabel de retirer le Marevan du marché. Le soulagement fut grand, début 2019,  lorsque l’AFMPS et l’INAMI parvinrent à convaincre Therabel de poursuivre sa commercialisation. Tout est bien qui finit bien, pensions-nous alors. La firme assume sa responsabilité sociétale en s’assurant que les patients aient accès à un médicament qui leur est vital, à un prix abordable.

Moins de deux ans plus tard, nous devons malheureusement constater que la firme prend sa responsabilité plutôt à la légère : elle a cessé la production des conditionnements de 25 comprimés pour les remplacer par des conditionnements de 60. Rien d’inhabituel en soi. Mais ce faisant, la firme semblait avoir « oublié » une série d’étapes de la procédure d'enregistrement du nouveau conditionnement. Renseignements pris auprès du SPF Economie fin novembre, il semblerait que la firme n’ait pas introduit de demande de prix à ce moment. Et ce, alors que le médicament était déjà en vente en pharmacie au prix de 17,30 €. Ces 17,30 € entièrement de la poche du patient - contre 1,3 € auparavant - parce que la demande de remboursement n'était pas non plus réglée avec l’INAMI.  

Fin novembre, l’AFMPS s’est saisie du dossier. Elle a retiré du marché tous les conditionnements et lancé une enquête. On pouvait alors lire sur son site web que « l 'AFMPS ne peut toutefois pas garantir que le médicament répond aux conditions de qualité, de sécurité et d'efficacité ». Dans l’intervalle, les pharmaciens devaient importer le médicament de l’étranger. Aux frais du patient malheureusement : les médicaments importés ne sont pas remboursés, et les frais d’importation encore moins. 
Juste avant le week-end, l'AFMPS a annoncé qu'elle avait effectué les contrôles nécessaires et que Marevan répondait aux exigences de qualité requises. Toutefois, cela signifie que le médicament n'est pas encore disponible en pharmacie : le SPF Économie doit d'abord en approuver le prix. Et tant que le remboursement n'aura pas été organisé, les patients devront payer la totalité du prix.

A peu près au même moment, une autre firme pharmaceutique (Mylan) a annoncé qu’elle cesserait la commercialisation de son anticoagulant au mois de juin de l’année prochaine. Il s’agit du Marcoumar, un médicament de la même famille (coumarines) que le Marevan également commercialisé à bas prix. Plus de 80.000 personnes ont reçu au moins une prescription pour une coumarine en Belgique, l’an passé. 

Ces exemples montrent en suffisance qu’il est urgent que nos autorités adoptent les mesures nécessaires afin de limiter la survenue de ces pénuries et de protéger la santé de nos citoyen.ne.s. Lors de l’audition au Parlement à laquelle Test Achats a été convié fin de l’année dernière, nous insistions pour que les autorités étudient proactivement et minutieusement le marché afin d’identifier les médicaments vulnérables, et prennent les mesures qui s’imposent. Celles-ci peuvent, par exemple, viser l’organisation de marchés publics lorsqu’un fabricant souhaite cesser la commercialisation d’un vieux médicament essentiel pour la qualité et/ou l’accessibilité de nos soins de santé, ou encore la production de certains médicaments par les autorités ou par le biais de partenariats publics/privés. 

La santé - et dans certain cas la vie de milliers de personnes - ne peut plus dépendre uniquement du bon vouloir des firmes pharmaceutiques.

Martine Van Hecke est médecin de formation. Elle travaille en tant qu'experte sur des articles et des actions de lobbying. Elle porte le plus grand intérêt à la qualité et à l'accessibilité des soins, ainsi qu'aux droits des patients.