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L’Europe veut simplifier l’IA… mais vos données personnelles pourraient en payer le prix

Utilisation de vos données sans consentement explicite, report des règles pour les IA à haut risque, cookies plus discrets… La Commission européenne veut alléger les contraintes pour stimuler l’innovation. Mais ces changements pourraient affaiblir la protection de votre vie privée

Expertise:
Rédaction:
04 janvier 2026
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Moins de contraintes pour l’IA, plus de risques pour la vie privée ?

Le 19 novembre dernier, la Commission européenne a présenté un vaste paquet de mesures baptisé « Digital Omnibus ».  

Officiellement, l’objectif est louable : réduire la charge administrative, renforcer la compétitivité européenne et rattraper le retard de l’UE face aux États-Unis et à la Chine en matière d’intelligence artificielle

Mais derrière cette promesse de simplification, une question dérangeante se pose : les droits des citoyens européens sont-ils en train de passer au second plan ?  Vers le haut de la page

Vos données pourraient entraîner des IA… sans votre accord

L’un des changements les plus sensibles concerne l’utilisation des données personnelles pour entraîner les modèles d’IA

Aujourd’hui, le principe est clair : pas de consentement explicite, pas d’utilisation. 
Avec le projet Digital Omnibus, les entreprises technologiques pourraient désormais invoquer un « intérêt légitime » pour exploiter certaines données, sans demander l’accord préalable des utilisateurs. 

 Concrètement, cela signifie que : 

  • vos données pourraient être utilisées par des plateformes d’IA, 
  • sans que vous ayez explicitement dit “oui”,
  • à condition qu’un mécanisme de refus (opt-out) existe.
  • Or, les études le montrent : beaucoup moins de personnes refusent activement que celles qui refuseraient si on leur demandait clairement leur accord. 
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IA à haut risque : des obligations reportées… et allégées

Le projet prévoit aussi de repousser certaines règles clés de l’AI Act, notamment pour les systèmes d’IA dits « à haut risque » (reconnaissance faciale, recrutement automatisé, évaluation de solvabilité, etc.). 

Parmi les mesures envisagées : 

  • un délai de grâce pouvant aller jusqu’à 2028 pour certaines catégories d’IA à haut risque ; 
  • la suppression de certaines obligations de transparence, comme l’enregistrement de ces systèmes dans une base de données européenne ;
  • une centralisation du contrôle au sein de l’Office européen de l’IA. 

Résultat : moins de visibilité pour les citoyens, et potentiellement moins de garde-fous face à des technologies aux impacts très concrets sur leur vie quotidienne. 

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Cookies : enfin moins de pop-ups… mais à quel prix ?

Autre volet phare du Digital Omnibus : la guerre déclarée aux bannières de cookies. 

La Commission souhaite : 

  • permettre aux internautes d’exprimer leur choix en un clic
  • enregistrer définitivement leurs préférences via le navigateur ou le système d’exploitation ;
  • autoriser certains traceurs dits à « faible risque » (mesure d’audience, sécurité) sans consentement explicite. 

Sur le papier, la navigation serait plus fluide. Mais le danger est réel : l’absence de refus pourrait être interprétée comme un consentement, ce qui affaiblit le contrôle réel des utilisateurs sur leurs données. 

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Un texte sous forte pression des lobbys technologiques

Si la Commission présente ces changements comme une simple mise à jour technique, le calendrier interroge. 

Tout au long de l’année 2025, les géants de la tech (Meta, Alphabet, SAP, Siemens…) ont multiplié les pressions pour reporter ou assouplir les règles européennes sur l’IA, jugées trop contraignantes pour l’innovation. 

Les organisations de consommateurs, elles, alertent sur un déséquilibre croissant : la compétitivité économique ne devrait pas se faire au détriment des droits fondamentaux Vers le haut de la page

Quelles conséquences pour les consommateurs ?

Si le texte est adopté en l’état, les citoyens européens pourraient : 

  • avoir moins de contrôle sur l’utilisation de leurs données ; 
  • être moins informés sur les systèmes d’IA qui influencent des décisions importantes (emploi, crédit, assurance…) ; 

  • voir s’installer une logique où le silence vaut consentement. 

Un véritable changement de philosophie par rapport au RGPD, longtemps présenté comme un modèle mondial de protection. 

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Rien n’est encore joué

Bonne nouvelle : le Digital Omnibus n’est encore qu’une proposition
Le Parlement européen et les États membres devront se prononcer en 2026, et les débats s’annoncent intenses. 

L’enjeu est clair : 

  • L’Europe peut-elle rester un leader de la protection des données tout en accélérant sur l’intelligence artificielle ? 
  • Ou risque-t-elle de sacrifier progressivement les droits numériques des citoyens au nom de la compétitivité ? 

Testachats suivra de près ce dossier, car l’innovation ne doit jamais se faire au détriment des consommateurs. 

 

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