Opinion

Des tests PCR gratuits: stratégie démocratique ou cadeau?

28 mai 2021

Aujourd’hui, nous sommes inquiets. Inquiets de la discrimination entre personnes vaccinées et non vaccinées si ces dernières devaient payer leurs tests PCR pour pouvoir simplement circuler dans l’Union ou pour partir en vacances.

Reprenons dès le début.  Soucieuse de relancer l’économie et le secteur du tourisme, gravement impacté par la crise, et pour permettre le mouvement des citoyens et citoyennes européen.ne.s en toute sécurité, l’Europe a lancé l’idée d’un certificat covid européen. Ce document atteste du fait que l’on est soit vacciné, soit guéri du covid, soit que l’on a réalisé un test PCR négatif.  Il doit entrer en vigueur le 1er juillet, mais la Belgique pense pouvoir être prête dès la mi-juin.

Les débats autour de ce certificat ont été intenses et certaines balises fondamentales ont été posées : les personnes non vaccinées doivent pouvoir voyager, ce certificat doit être strictement limité dans le temps, les données personnelles recueillies doivent être protégées, etc. Chaque institution, que ce soit le Conseil, la Commission ou le Parlement européen, a répété à maintes reprises que cet outil ne pouvait en aucune façon être discriminatoire.

Or aujourd’hui, en Belgique 39,01 % de la population est partiellement vaccinée, 16,04 % l’est entièrement. La majorité des belges n’a donc même pas eu l’opportunité de se faire vacciner. Certaines personnes ne peuvent pas se faire vacciner pour des raisons de santé. D’autres, comme les jeunes de moins de 16 ans, ne le peuvent pas non plus, bien que les derniers essais cliniques réalisés sur les jeunes soient prometteurs.

Concrètement, cela signifie qu’une famille de 2 adultes de 35 et 40 ans et leurs 2 enfants de 5 et 3 ans souhaitant partir en vacances dans une destination qui exige un test PCR avant le départ, à l’arrivée et au retour pourrait devoir payer près de 1000 euros rien que pour ces tests, à ajouter au budget pour les billets d’avion, du logement, etc. Une liberté de voyager chèrement payée ...

La question que je nous nous posons aujourd’hui est : peut-on accepter cela en démocratie ? Comment peut-on accepter que des personnes n’ayant pas (encore) eu accès à la vaccination soient pénalisées à ce point, par rapport à celles qui y auraient eu droit ?

Certains diront que partir en voyage constitue déjà un luxe en soi, et que l’on fait un cadeau à ceux qui peuvent se permettre de partir en vacances. Cet argument n’est pas du tout convaincant. En réalité, le budget investi pour ces tests PCR risque justement de pénaliser les familles pour qui le budget voyage est déjà à la limite de ce qu’elles peuvent se permettre. Et elles renonceront à leur projet si elles doivent y ajouter un tel budget pour des tests PCR.

D’autres estiment qu’il ne revient pas à la collectivité, et donc à l’Etat, de payer des tests pour que certains puissent partir en vacances. Mais c’est également la collectivité qui paie et soutient la stratégie de vaccination. Celles et ceux qui ne sont pas encore vacciné.e.s aujourd’hui n’en ont pas moins contribué à l’achat des vaccins.  

Dans un autre registre, et d’un point de vue purement pragmatique, il convient de se rappeler les montants importants perçus par certains acteurs du secteur du tourisme pour faire face à la crise. Citons, par exemple, les 290 millions d’euros perçus du gouvernement belge par Brussels Airlines. Si l’objectif de ce certificat covid européen est de relancer le secteur du tourisme, de soutenir la reprise, alors le gouvernement ne peut-il pas aussi soutenir directement les voyageurs et voyageuses ? Et ce d’autant plus que nombre d’entre eux/elles ont déjà perdu des sommes non récupérables pour des vols sur lesquels ils/elles n’ont pas pu embarquer en raison des restrictions de voyages ! Et qu’ils/elles ont déjà été mis à contribution en étant contraint.e.s – de mars à juin 2020 - d’accepter des bons à valoir plutôt que des remboursements de leurs voyages organisés annulés ? Le secteur aérien lui-même craint d’ailleurs que le coût de ces tests PCR ne constitue un frein à la reprise économique.

La solution est claire et saute aux yeux. Que ce soit pour éviter une discrimination injustifiable entre personnes vaccinées et non (encore) vaccinées, ou pour des raisons purement économiques, il faut prévoir des tests PCR gratuits pour les personnes non vaccinées souhaitant circuler dans l’Union et  désireuses de voyager cet été. 

Les tests PCR gratuits, ce n’est pas un cadeau, c’est le résultat d’une stratégie cohérente au service des citoyen.ne.s et de la collectivité. C’est le message que nos responsables politiques doivent entendre en vue du Codeco de vendredi prochain.

 

Julie Frère

Jean-Philippe Ducart