Alimentation

< Retour au sommaire

X. Des étiquettes alimentaires claires et honnêtes

X.I. Des ingrédients alibi

Les recommandations pratiques qui émanent du Conseil Supérieur de la Santé préconisent de manger davantage de céréales complètes, de fruits et de légumes – la base de la pyramide alimentaire. Mais certains fabricants surfent sur la volonté des consommateurs de manger plus sainement et ne se gênent pas pour valoriser à outrance la présence dans leurs produits de fruits, de légumes ou de céréales complètes qui ne sont en réalité que des ingrédients alibi. La pratique est courante et a été dénoncée par Test Achats à plusieurs reprises : des fruits frais aux couleurs chatoyantes sont représentés sur l’emballage, mais celui qui parcourt la liste d'ingrédients n'y trouvera que peu des fruits promis. Les fruits se remplacent facilement par des arômes et colorants beaucoup moins onéreux. On en a le goût et la saveur, mais pas leurs avantages. Par contre, arômes et colorants, eux, sont légion. La faible teneur en fruit sert donc en fait d’ingrédient « alibi » et vise à masquer la présence de ces arômes et colorants. Une pratique que nous jugeons trompeuse envers les consommateurs.

Le constat est assez semblable pour les céréales complètes représentées en face avant des emballages (épis de blé) mais qui se retrouvent en infimes quantités dans la liste des ingrédients voire sont carrément absentes de la liste d’ingrédients.


Recommandations :

  • Test Achats demande que des pourcentages minima de fruits, de légumes et de céréales complètes soient prévus – de préférence au niveau européen mais à tout le moins au niveau national – en dessous desquels les fabricants ne peuvent pas indiquer, par des mots ou des visuels, la présence de fruits, légumes et céréales complètes dans leurs produits.
  • Dans le cas où un fruit, un légume ou une céréale complète est représenté ou annoncé sur l’emballage (par des mots ou des visuels), son pourcentage dans le produit final devrait être clairement indiqué à l’avant de l’emballage.

X.II. Des produits faussement artisanaux

Les mots "artisanal", "fait maison", ou "à la manière de grand mère" évoquent peut-être des recettes classiques que l’on pourrait préparer soi-même. Et c’est justement, bien sûr, le but recherché par les fabricants quand ils les mettent sur leurs emballages. Hélas, il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’une production industrielle ordinaire, comme pour les autres produits du supermarché.

Depuis l’enquête menée par Test Achats, notre pays s’est doté de lignes directrices encadrant la notion de produit « artisanal ». Mais de nombreux produits se situent dans une zone grise, où les attentes du consom¬mateur ne correspondent pas à l’interpréta-tion des directives faite par le SPF Economie.


Recommandations :

  • Test Achats réclame une application plus large des lignes directrices. Celle-ci devrait viser toutes les images, photos et marque suggérant un processus artisanal de fabrica¬tion ainsi que les termes tels que "façon grand-mère", "à l’ancienne", "tradi¬tionnel", "fait maison"... qui ne sont pas non plus concernés.
  • L’organisation demande que le terme «à petite échelle» soit clairement défini. Ce terme n’est pour l’instant pas spécifi¬quement défini. Combien de personnes cela représente-t-il ? Quelle quantité de produc¬tion ?
  • Le respect des trois critères (qualité des ingrédients, processus de fabrication et échelle de l’entreprise) doit être simultané. Ces critères doivent être cumulatifs.
  • Il est également important de procéder à des contrôles suffisants et suffisamment stricts pour mettre en œuvre efficacement les nou¬velles directives.
  • Les aliments ne s’arrêtent bien entendu pas aux frontières et les consommateurs sont confrontés à des produits importés. Impossible évidemment de connaître les critères appli¬cables dans chaque pays d’origine d’un pro¬duit. Les lignes directrices doivent donc être intégrées dans une loi européenne avec de réelles sanctions en cas de non-respect. Une approche harmonisée des Etats-membres est nécessaire à cette fin.

X.III. Sans sucres ajoutés

"Sans sucres ajoutés" doit signifier "sans ingrédient sucrant". Nombre de produits mentionnant l’allégation "Sans sucres ajoutés" contiennent édulcorants, jus de fruits ou ingrédients sucrants. Non seulement le produit apparaît alors plus sain qu’il n’est, mais l’usage de cette allégation est totalement illégal : elle ne peut être apposée sur un produit contenant un autre ingrédient utilisé pour sa propriété sucrante.

La solution au problème de la surconsommation de sucre n’est pas de le remplacer par des édulcorants ou d’autres ingrédients sucrants. Elle réside dans une diminution progressive de la teneur en sucre des produits pour se déshabituer du goût sucré.

Début 2018, nous avons adressé un courrier officiel à cinq fabricants dont les produits portaient cette allégation illégale. Quatre d’entre eux se sont engagés à modifier leurs emballages mais un an plus tard, seul un fabricant avait effectivement adapté ses emballages. En 2019, même constat cette fois pour cinq desserts lactés portant à tort cette allégation « sans sucres ajoutés ». La preuve une fois encore que les fabricants ignorent et/ou se jouent des allégations nutritionnelles.


Recommandation :

  • Test Achats plaide pour davantage de contrôles ciblés sur ces produits qui portent ces allégations « sans sucres ajoutés ».

X.IV. Une compétence exclusive de l’AFSCA

Les répartitions de compétences entre les différents services publics : SPF Economie, SPF Santé publique et AFSCA, sont bien trop nébuleuses et provoquent d’inutiles retards et pertes de temps dans l’instruction des plaintes.


Recommandation :

  • Test Achats demande que la compétence de contrôle et d’interprétation du caractère trompeur d’un emballage alimentaire, en particulier lorsqu’il met en valeur un ingrédient « santé », incombe exclusivement à l’AFSCA.

Pour nos revendications en matière d’étiquetage alimentaire au niveau européen : voir page 7 du Memorandum du BEUC : https://www.beuc.eu/publications/beuc-x-2019-006_manifesto_for_the_2019_eu_elections.pdf