Dossier

Les antibiotiques dans l’alimentation

19 septembre 2017

19 septembre 2017
Porcs, bœufs, poulets... En cas de maladie, ils se voient tous administrer des antibiotiques. A titre préventif également! Et c’est précisément à cause de cela que certaines bactéries développent une résistance. Heureusement, une amélioration se profile à l’horizon...

Le recours effréné aux antibiotiques chez les animaux joue également un rôle néfaste dans toute la problématique de l’antibiorésistance. Ces antibiotiques appartiennent en effet aux mêmes groupes chimiques que les antibiotiques à usage humain.

Les bactéries animales résistantes, comme E. Coli et Salmonella, peuvent être transmises à l’homme via la chaîne alimentaire ou par contact direct et ainsi occasionner des maladies. La résistance peut en outre être transmise à d’autres bactéries dans le corps humain. 10 choses que vous devez impérativement savoir.

1. Un recours excessif aux antibiotiques peut rendre les bactéries immunes

Dans l’industrie de la viande, le recours aux antibiotiques est encore et toujours routinier dans bon nombre d’entreprises, et le prix à payer est parfois lourd. Plus on a recours à des antibiotiques, plus les bactéries y deviennent résistantes. Pas illogique dès lors que l’antibiorésistance constituent encore et toujours l’une des principales menaces planant sur la santé publique mondiale.

Chaque année selon les estimations, quelque 25.000 patients décèdent des suites d’infections occasionnées par des bactéries antiobiorésistantes au sein de l’Union européenne. Les nouveaux médicaments ne peuvent pas être développés suffisamment rapidement pour contrer le problème. En outre, le risque de multirésistance est bel et bien réel, entraînant une insensibilité des bactéries à plusieurs antibiotiques.

2. Administrer des antibiotiques à des animaux sains alimente l’antibiorésistance

Dans nos contrées, il est commun d’administrer des antibiotiques aux animaux d’élevage comme les bœufs, les porcs et les poulets, parfois même s’ils sont en bonne santé.

De la sorte, on s’efforce de prévenir les maladies dans des conditions de surpopulation ou de mauvaise hygiène par exemple. Cette utilisation excessive et inappropriée alimente l’antibiorésistance. Les bactéries détectées sur les poulets ou les porcs en Europe sont souvent résistantes à un ou plusieurs antibiotiques. 70% des bactéries Campylobacter retrouvées sur la viande de poulet résistent à un antibiotique très fréquemment utilisé pour traiter les infections des articulations ou la diarrhée.

3. Le recours aux antibiotiques stimulateurs de croissance est interdit par le législateur
Quand bovins, porcs et poulets reçoivent régulièrement des antibiotiques à faible dose, leur croissance s’accélère. Cette pratique augmente le risque de résistance aux antibiotiques. C’est la raison pour laquelle l’Union européenne a banni le recours aux antibiotiques comme stimulateurs de croissance dès 2006. Des contrôles plus stricts en la matière sont toutefois les bienvenus. Dans d’autres pays comme la Chine ou les États-Unis, de telles pratiques sont encore autorisées.
4. Si l’on a moins recours aux antibiotiques dans l’élevage, on diminue l’antibiorésistance

Dans certains pays (surtout en Europe du Nord), mais aussi chez nous, où les pouvoirs publics ont pris des mesures pour réduire le recours aux antibiotiques dans les élevages, la résistance aux antibiotiques a également diminué chez l’homme. Cela veut dire que les bactéries perdent progressivement leur résistance aux antibiotiques, qui redeviennent efficaces. 

Cependant, certains pays européens sont à la traîne. Par exemple, en 2014, les ventes d’antibiotiques vétérinaires ont été 36 fois plus importantes en Espagne qu’en Suède.

5. Les antibiotiques sont uniquement efficaces en cas d’infections bactériennes, et non virales

Lorsque vous attrapez une infection virale, comme un rhume, une grippe, un mal de gorge ou une bronchite, les antibiotiques ne pourront rien pour vous. Ils ne sont efficaces que contre les infections bactériennes, comme la pneumonie ou les infections urinaires.

Il en va de même pour les animaux d’élevage. Eux aussi ont dès lors intérêt à se voir administrer des antibiotiques uniquement en cas d’infection bactérienne. Les antibiotiques ne devraient dès lors être administrés que sur ordonnance d’un vétérinaire.

6. Ce sont les bactéries qui résistent aux antibiotiques, pas les humains ni les animaux
On a tendance à penser à tort que ce sont les humains ou les animaux qui développent une résistance aux antibiotiques. Ce sont en fait les bactéries pathogènes mêmes qui deviennent résistantes aux antibiotiques, au fur et à mesure qu’elles entrent en contact avec ces derniers. Les infections qu’elles provoquent deviennent ainsi plus difficiles à traiter.
7. Les bactéries peuvent développer leur résistance de différentes manières
Elles peuvent muter, pomper l’antibiotique de la cellule... Certaines bactéries possèdent des gènes qui les rendent insensibles aux antibiotiques. On les appelle "superbactéries". Les superbactéries sont des bactéries qui ont développé une résistance à la quasi-totalité des types d’antibiotiques suite à un recours excessif ou irréfléchi. En outre, ces superbactéries peuvent transmettre leurs gènes résistants à d’autres bactéries. Il suffit qu’une seule bactérie résistante survive durant une cure d’antibiotiques pour pouvoir remplacer d’autres bactéries.
8. Les bactéries résistantes peuvent se propager de la ferme à l’assiette
Une telle propagation peut en premier lieu résulter de la consommation de viande insuffisamment cuite, contaminée par une bactérie résistante. Toutefois, ces bactéries peuvent également être propagées au travers d’un contact quotidien avec des animaux dont on ignore qu’ils sont porteurs de la bactérie ou par des cultures contaminées (par des animaux infectés) contenant la bactérie en question.
9. Les bactéries résistantes ne connaissent pas de frontières

La résistance aux antibiotiques atteint des niveaux dangereux aux quatre coins du monde. Les bactéries, qu’elles soient résistantes ou non, ne connaissent pas de frontières et se propagent à travers les pays.

La lutte contre l’antibiorésistance nécessite une action à tous les niveaux de la société : des individus au secteur agricole, en passant par les décideurs politiques d’Europe et d’ailleurs.

10. L’hygiène dans la cuisine diminue le risque de contamination aux bactéries résistantes
Pour ne pas être touché vous-même par une bactérie résistante, vous pouvez suivre quelques règles d’hygiène simples. Décongelez toujours la viande au réfrigérateur. Vous pouvez également la décongeler au micro-ondes si vous voulez la consommer directement. Lavez-vous toujours les mains après avoir touché de la viande crue ou des ustensiles de cuisine comme la planche à découper et les assiettes. Cuisez la viande à cœur, car la cuisson détruit les bactéries, même résistantes.

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