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Comment nous testons

Comment évaluons-nous la vente d’autotests

21 novembre 2019

Les pharmaciens ont les coudées franches en matière de vente d’autotests. Trop souvent, ils ne posent aucune question et ne fournissent aucune explication, laissant les patients à leur sort. Nos pharmaciens anonymes ont visité plus de 100 pharmacies ; découvrez ici les critères auxquels ils ont été attentifs.

Pour cette enquête, nos pharmaciens anonymes ont visité 101 pharmacies à travers le pays. Dans la moitié des cas, nous avons demandé un autotest pour le cancer colorectal, dans l’autre, un autotest pour le VIH. Etant donné qu’il s’agit en l’occurrence de maladies graves, un mauvais accompagnement peut être lourd de conséquences.

Nous avons évalué le service du pharmacien à l’aune de trois points cruciaux. Pose-t-il les bonnes questions pour évaluer si l’autotest est bien utile dans ce cas spécifique ? Fournit-il des informations additionnelles ? Et fournit-il les tests avec les bonnes instructions pour pouvoir exécuter et interpréter correctement le test ?

Test du cancer colorectal

51 pharmaciens belges ont reçu la visite d’une dame de 54 ans en juin 2019, laquelle leur demandait un autotest pour un cancer colorectal. Le pharmacien devait en premier lieu lui poser cinq questions pour pouvoir évaluer si un tel test était bel et bien utile.

  • Ce test est-il pour vous ?
  • Quel âge avez-vous ?
  • Avez-vous déjà consulté un médecin ou subi un examen ?
  • Ressentez-vous des douleurs ?
  • Avez-vous des antécédents de cancer colorectal dans votre famille ?

Le pharmacien aurait dû en réalité parler du dépistage du cancer colorectal à cette quinquagénaire. En effet, la probabilité d’un cancer du gros intestin augmente avec l’âge, surtout à partir de 50 ans. Parce qu’un diagnostic précoce est important, les pouvoirs publics organisent des dépistages gratuits du cancer. Les plus de 50 ans reçoivent une lettre de convocation et un autotest (plus précis que le test commercialisé) afin de contrôler les selles pour y détecter des traces de sang.

Chez les pharmaciens qui avaient fourni l’autotest, nous avons examiné s’ils fournissaient suffisamment d’explications quant à la manière de procéder au test. Outre les explications relatives au test même, l’interprétation du résultat d’un autotest est tout aussi importante, et les résultats possibles doivent être discutés.

En effet, un résultat positif au test du cancer colorectal signifie uniquement que des traces de sang ont été trouvées dans les selles, et non que vous êtes atteint d’un cancer. Neuf fois sur dix, une cause différente en est à l’origine, comme la maladie de Crohn. Si le pharmacien ne fournit aucune explication, cela engendre un stress inutile.

Enfin, le pharmacien doit également conseiller au patient de consulter un médecin en cas de résultat positif ou d’autres maux. 

Test VIH

Pour le test VIH, un homme homosexuel de 25 ans s’est rendu dans 50 (autres) pharmacies parce qu’il avait eu la veille des rapports non protégés. Idéalement, le pharmacien aurait dû lui signifier rapidement qu’un autotest dans son cas n’était pas opportun, car l’autotest pour le VIH vendu par le pharmacien n’est utile qu’après un temps de latence de trois mois (minimum) après le contact à risque, étant donné que les anticorps ne se développent que progressivement. Directement après la contamination, la quantité est encore trop faible pour être détectée au moyen d’un autotest en vente dans le commerce.

Là encore, le pharmacien ne peut procéder à une évaluation que s’il pose les bonnes questions :

  • Ce test est-il pour vous ? 
  • Quand avez-vous eu pour la dernière fois un rapport non protégé ? 
  • Avez-vous déjà consulté un médecin ou subi un examen ?

Dans le meilleur des cas, les pharmaciens ont conseillé à notre enquêteur de consulter son médecin traitant (pouvant procéder à un test fiable après six semaines) ou, mieux encore, à un centre de référence sur le sida (puisque l’exposition avait eu lieu moins de 72 heures auparavant), pour un traitement préventif avec un Post Exposure Profylaxis PEP, un inhibiteur du VIH. Ou soulignait encore l’importance de recourir à l’avenir au préservatif pouvait gagner des points bonus.

Si le pharmacien ne demandait pas lui-même la date du dernier rapport non protégé, mais précisait que l’autotest ne pouvait être utilisé qu’après trois mois d’attente, notre enquêteur remettait le pharmacien sur la bonne voie en répondant que le rapport avait eu lieu la veille. Dans ces cas, l’enquêteur n’achetait pas le test.

Enfin, nous avons examiné si le pharmacien avait ou non fourni le test VIH. Lorsque ce test était livré, nous avons également noté si le pharmacien avait fourni des explications quant à la manière de procéder et de l’interpréter. 

Espace privé

Depuis janvier 2010, chaque pharmacien devrait disposer d’un espace privé. Il s’agit d’un espace discret où les patients peuvent discuter de manière confidentielle et sans gêne de sujets sensibles avec leur pharmacien. Dans les deux scénarios, il s’agissait bel et bien d’affections que l’on préfère ne pas étaler au grand public. Nous avons dès lors vérifié si les patients avaient été invités à se rendre dans un espace privé. 

 
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