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Sept pharmaciens sur dix délivrent des autotests avec trop peu d’information

26 novembre 2019

Les autotests pour le VIH ou le cancer du côlon sont en vente libre en pharmacie, mais sont délivrés avec trop peu de nuance et d’information. Dans sept cas sur dix, les autotests sont délivrés sans les questions et informations nécessaires. Cela peut avoir des conséquences graves pour le patient.

Un autotest permet aujourd’hui de poser soi-même un diagnostic, par exemple pour le cancer du côlon ou le VIH. Hélas, ces tests sont trop souvent distribués sans questions ni explications, comme l’ont constaté nos enquêteurs anonymes auprès de 101 pharmacies belges. Sept autotests sur dix pour le cancer du côlon ou le VIH ont été délivrés sans que le pharmacien ne pose toutes les questions nécessaires ou sans qu’il ne donne les informations exactes concernant le fonctionnement du test et l’interprétation des résultats. Non seulement cela compromet l’utilité du test en question, mais cela accroît le risque de résultats non fiables.

Cancer du côlon: mieux prévenu grâce à l’examen gratuit

Dans un premier scénario, nous avons envoyé une femme de 54 ans chez 51 pharmacies belges, en quête d’un autotest pour le cancer du côlon. Dans un premier temps, le pharmacien doit poser cinq questions pour vérifier si ce test est bien utile: « Ce test vous est-il destiné? Quel âge avez-vous? Avez-vous déjà consulté un médecin ou subi un examen? Présentez-vous des symptômes? Y a-t-il des cas de cancers du côlon dans votre famille? ». 

42 des 51 pharmaciens visités n’ont posé aucune question. La question concernant l’âge est particulièrement importante. En effet, le risque de cancer du côlon s’accroît avec l’âge, surtout à partir de 50 ans. À partir de cet âge, les pouvoirs publics à organisent des dépistages gratuits. 

Sur les 40 pharmaciens qui ont délivré le test, 32 ne l’ont accompagné d’aucune ou de quasi aucune explication, alors qu’il est assez compliqué à réaliser. De plus, les différents résultats possibles du test nécessitent également quelques explications.

VIH: trois mois d’attente pour le test

Pour le test VIH, un homosexuel de 25 ans s’est présenté au lendemain d’une relation sexuelle non protégée auprès de 50 pharmaciens. Idéalement, il faut rapidement expliquer au patient qu’un autotest n’est pas opportun dans son cas, car le test VIH vendu en pharmacie n’est utile qu’après un délai de trois mois (minimum) après le rapport à risque.

Ici aussi, le pharmacien ne peut le savoir qu’en posant les bonnes questions. Nous aurions aimé en entendre trois: « Le test vous est-il destiné? De quand date le rapport à risque? Avez-vous déjà consulté un médecin ou subi un examen? ». Comme pour le test du cancer du côlon, 39 des 50 pharmaciens n’ont posé aucune question.

Dans le meilleur des cas, les pharmaciens ont aiguillé notre enquêteur vers son médecin (dont le test est fiable après six semaines déjà) ou, mieux encore (car l’exposition remontait à moins de 72 heures), vers un centre de référence sida pour un traitement préventif avec des antirétroviraux. Trois pharmaciens ont respecté la procédure (quasi) à la lettre. 32 pharmaciens ont bel et bien fourni le test, alors qu’il était absolument inutile dans ce cas particulier, et 17 d’entre eux l’on fait sans l’accompagner de questions ni d'explications.

Une tendance inquiétante

Les résultats plus ou moins similaires obtenus pour les deux scénarios sont révélateurs des manquements qui perdurent dans l’approche des pharmaciens belges. Il y a peu de chances que ce soit ici l’effet du hasard. Même s’il ne s’agit que d’un instantané auprès d’un échantillon réduit, on constate clairement une tendance négative.

Nous ne pouvons qu’inviter chacun à consulter un médecin en cas de problèmes ou de symptômes inquiétants. C’est à la fois moins cher (après remboursement) et plus fiable, car un autotest ne mesure souvent qu’un seul paramètre. L’autotest ne vous garantit pas sa bonne utilisation ni des résultats probants, surtout si vous devez tout déduire de la lecture du mode d’emploi.

Indicateurs de qualité nécessaires

Enfin, nous voulions, comme stipulé dans l'arrêté royal du 21 janvier 2009, savoir si le patient a bénéficié d’un espace privé où les patients peuvent aborder des sujets sensibles avec leur  pharmacien, dans la confidentialité et sans embarras. Les résultats sont étonnants: aucun pharmacien n’a pris nos enquêteurs à part, pas même quand il y avait d’autres clients. Il y a donc, dans ce domaine, encore du travail à faire.

Nous appelons l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) à contrôler les prestations dans les pharmacies au moyen d’indicateurs de qualité, comme le font déjà les Pays-Bas. Nous avons également informé tous les pharmaciens concernés de leurs résultats.

Vers les résultats

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