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Du dioxyde de titane dans tous les masques analysés, risque potentiel pour la santé

04 novembre 2021
Des masques buccaux contre le coronavirus sèchent au soleil dans un jardin

Sciensano a examiné 24 échantillons de masques buccaux. Tous contiennent du dioxyde de titane, une substance potentiellement nocive. La limite d'exposition acceptable est théoriquement dépassée pour la plupart d'entre eux. Depuis le début de la pandémie, nous exigeons des normes contraignantes pour la composition des masques, ainsi qu'un contrôle des autorités.

De nombreux consommateurs s'inquiètent, à juste titre, de la présence éventuelle de composants chimiques, potentiellement dangereux, dans les masques buccaux. A l'instar de particules de nano-argent, de dioxyde de titane (E171), de cuivre, de zinc, de graphène ou de fibres synthétiques. Ce n'est toutefois qu'au printemps dernier que les pouvoirs publics se sont intéressés à la question. Dans la foulée, Sciensano a lancé une enquête sur la présence de nano-argent et de dioxyde de titane dans les masques buccaux.

Le dioxyde de titane est un colorant blanc souvent utilisé dans les produits alimentaires tels que les bonbons ou les gâteaux, ainsi que dans les produits cosmétiques comme les crèmes solaires et les dentifrices. Selon l'Autorité européenne de Sécurité des Aliments (EFSA), il n'est pas exclu que l'ingestion ou l'inhalation de ces particules puisse entraîner des modifications de l'ADN («génotoxicité»), voire, à terme, un risque de cancer. Il semble que le dioxyde de titane soit également fréquemment utilisé dans les masques buccaux pour blanchir les fibres textiles, les rendre mates ou les protéger des rayons UV et contre la décoloration. 

Un risque pour la santé non exclu en cas d'utilisation intensive

Les premiers résultats de l'enquête de Sciensano sur le dioxyde de titane dans les masques (projet TiO2Mask) viennent d'être publiés.

Sciensano a examiné la présence de (nano)particules de dioxyde de titane dans 24 échantillons de masques, jetables et réutilisables, disponibles sur le marché belge. Hélas, nous ne connaissons pas les marques concernées pour pouvoir informer davantage les consommateurs. La substance décriée a été trouvée dans tous les masques testés, tant en surface qu'au cœur des fibres textiles. Sa quantité varie cependant fortement en fonction des différents masques.

Sciensano a calculé la probabilité, théorique, que des (nano)particules de dioxyde de titane puissent être libérées et inhalées par l'utilisateur. Pour la plupart des masques buccaux étudiés, la limite d'exposition acceptable (purement mathématique) a été dépassée. Un éventuel risque sanitaire ne peut être exclu en cas d'utilisation intensive. L'ex-Institut de santé publique, en collaboration avec le VITO (Institut flamand de recherche technologique) et l'Université de Gand (UGent), va poursuivre ses recherches pour déterminer si, et dans quelle mesure, ces particules peuvent réellement constituer un risque pour la santé.

Pour Sciensano, il n'y a actuellement aucune indication de risque aigu, et le port du masque reste absolument recommandé. De son côté, le Conseil supérieur de la Santé (CSS) va réexaminer, à l'aune de ces résultats, si son avis rendu en juillet dernier reste d'actualité (le CSS estimait alors que la balance bénéfices/risques penchait du côté du port du masque).

Des informations correctes et claires, SVP

Cette enquête, ainsi que les actions promises par le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke et la ministre de l'Environnement Zakia Khattabi, nous satisfont, bien que cela ait pris beaucoup (trop) de temps selon nous. La question va être inscrite à l'ordre du jour de la Commission européenne, organe responsable de l'utilisation des substances chimiques dans les produits de consommation.

Le gouvernement a également promis d'enfin élaborer une réglementation obligeant les fabricants de masques à faire preuve de transparence totale sur la qualité et la composition de leurs produits, et à effectuer des contrôles. Les consommateurs devraient ainsi obtenir des informations correctes et claires sur l'étiquette à propos de la qualité et de la composition des masques - ce qui constitue leur droit le plus légitime.

Satisfaits de ces promesses, nous espérons toutefois que le gouvernement va faire un pas supplémentaire : le principe de précaution voudrait en effet que les masques qui dépassent la limite d'exposition acceptable pour les substances chimiques potentiellement dangereuses soient retirés du marché. D'autant plus si les masques sont à nouveau utilisés de manière intensive au cours de la quatrième vague épidémique. Inutile de retarder encore les choses.

Notre combat contre le dioxyde de titane