Dossier

Compteurs numériques: que faut-il savoir?

27 juin 2019
Compteurs intelligents

27 juin 2019
Les différentes Régions ont choisi de remplacer prochainement les compteurs d’électricité et gaz classiques par des modèles numériques. Qu’est-ce qui va changer, concrètement, pour vous? Quels sont les avantages et risques éventuels? Avez-vous le choix? Nous essayons de répondre à toutes vos questions. 

Quelles implications pour vous?

La Région de Bruxelles-Capitale reste dans l’expectative et prévoit encore plusieurs tests avant de prendre une décision définitive. Dans le cas des constructions neuves et des grandes rénovations, environ 5.000 compteurs par an seraient mis en place ces prochaines années, des modèles Smart Ready, dont les fonctions à distance seraient provisoirement désactivées, et chez les prosumers et propriétaires de points de chargement pour les voitures électriques, environ 250 par an seraient installés. Une distribution plus large du compteur numérique sera assurée au plus tôt à partir de 2023.

La Région wallonne pour le moment, s'adresse uniquement aux gros consommateurs et ne prévoie un compteur numérique que pour ceux qui consomment plus de 6000 kWh par an ou qui produisent leur propre électricité.

De cette manière, le compteur numérique devrait être installé chez 80% des deux groupes cibles pour le 31/12/2029: les propriétaires de panneaux solaires et les grands consommateurs. La Région prévoit aussi, pour le 1/1/2023 au plus tard, de placer systématiquement un compteur numérique chez les personnes qui ne paient pas leur facture d’énergie, qui demandent un nouveau raccordement, qui doivent remplacer leur compteur ou qui souhaitent tout simplement disposer d’un compteur numérique. Au niveau du modèle, le choix s’est porté dans tous les cas sur le Linky, qui est très répandu en France, et suscite le mécontentement d'une partie des utilisateurs. 

En Flandre, le déploiement progressif du compteur numérique commencera en juillet 2019. Initialement, un certain nombre de groupes spécifiques sont ciblés: nouveaux bâtisseurs, propriétaires de panneaux solaires et consommateurs disposant d'un compteur à budget. Les compteurs analogiques défectueux seront également remplacés par des compteurs numériques, ainsi que les compteurs numériques qui ont été posées précédemment dans le cadre d’un projet-pilote. Il est prévu de fournir un compteur numérique à un Flamand sur 3 d'ici 2022. En 2034, chaque habitant de Flandre en serait équipé. 

Pouvez-vous demander vous-même le placement d’un compteur numérique et combien ça coûte?

Le régulateur de l’énergie bruxellois, Brugel a fait savoir qu’après une analyse des coûts et bénéfices, le compteur numérique ne serait installé que chez les utilisateurs qui pourraient vraiment en tirer avantage, à savoir les gros consommateurs (surtout industriels et commerciaux). Le consommateur ne peut pas demander lui-même un compteur numérique pour l’instant.

En Région wallonne, il serait possible au plus tard au 01/01/2023 de demander soi-même le placement d’un compteur numérique. Dans ce cas, vous en payeriez vous-même les frais (le montant exact n’est pas encore connu).

En Flandre, à partir de juillet 2019, le compteur analogique sera remplacé par sa version numérique chez les propriétaires de panneaux solaires, les clients de compteurs à budget et les consommateurs disposant d'un compteur intelligent d'une précédente génération (projet pilote). Dans tous ces cas, les coûts du compteur numérique sont inclus dans les tarifs réseau; tout le monde paie donc via la facture d'électricité. À partir de juillet 2019, vous pourrez également demander un compteur numérique de votre propre initiative, mais vous paierez alors les frais vous-même. Et ils ne sont pas minces: comptez 226 € hors TVA et hors nouveau boîtier pour le compteur.

Pouvez-vous refuser le placement d’un compteur numérique?

La Région de Bruxelles-Capitale et la Région wallonne n’ont pas encore fait la clarté sur la question et réaliseront encore d’autres études et recherches avant d’annoncer un plan définitif. 

La Région flamande s’est prononcée pour l’introduction obligatoire du compteur numérique ; l’utilisateur n’aurait pas le droit d’en refuser le placement. 
Cependant, vous pourriez demander un compteur câblé à partir de 2023 si vous vous inquiétez du rayonnement du compteur sans fil. Dans ce cas, l'utilisateur est responsable des coûts supplémentaires que cette option câblée entraînera.

À titre de comparaison: aux Pays-Bas par exemple, après une protestation massive, l’utilisateur a obtenu le droit de refuser le compteur numérique ou en tout cas de ne pas le faire communiquer avec le gestionnaire de réseau. 

Nous estimons que l’utilisateur doit avoir le droit de refuser le placement du compteur numérique. Nous avons toujours défendu cette liberté de choix parce que nous estimons qu’elle répond aux utilisateurs qui nourrissent des inquiétudes pour leur vie privée ou leur santé.

Les compteurs de gaz et d’électricité seront-ils remplacés au même moment?
Le gestionnaire de réseau flamand Fluvius a déjà annoncé que les deux systèmes seraient remplacés en même temps. Pour les autres régions, la clarté n'est pas encore faite.
Faut-il une prise électrique pour le compteur numérique?
Les compteurs numériques sont généralement équipés d’une pile. Une prise électrique n’est donc pas nécessaire. 
De quelle façon les données peuvent-elles être envoyées au gestionnaire de réseau?

Il y a deux possibilités d’envoyer les données : par GPRS ou PLC. 

GPRS signifie General Packet Radio Service, et est une extension du réseau gsm (ex. 4G) pour envoyer et recevoir des données mobiles. 

PLC signifie Power Line Carrier, et couvre la communication des données via le réseau électrique. 

Les compteurs numériques comportent des ports supplémentaires (comme P1 et S1), sur lesquels peuvent être connectées toutes sortes d’applications supplémentaires, comme des systèmes de monitoring de votre consommation d’énergie ou des possibilités de réglage pour piloter vos appareils domestiques (souvent avec les applis correspondantes). 

La Flandre a opté pour un modèle de base avec affichage électronique. Les relevés des compteurs peuvent être effectués à distance par l’opérateur du réseau. Pour des applications plus sophistiquées telles qu'un suivi détaillé de votre consommation d'énergie via une application sur votre smartphone ou un écran à la maison, c’est vous qui décidez. On s'attend à ce que le marché développe des applications intelligentes qui auront, bien sûr, un prix. Quel que soit le choix, l'entreprise derrière l'application intelligente doit recevoir une autorisation explicite du consommateur pour l'utilisation des données de son compteur.

 
Sera-t-il plus facile de changer de tarif horaire?
Oui, avec un compteur électrique numérique, plus personne ne devra passer chez vous pour vous faire passer d’un tarif unique à un tarif bihoraire. L’opération sera possible à distance, moyennant le paiement de coûts administratifs. A Bruxelles c'est gratuit, en Flandre, ils s'élèveront à 8€.
Le compteur numérique tourne-t-il à l’envers aussi avec des panneaux solaires?

Un compteur numérique a deux mécanismes : un pour la consommation d’électricité et l’autre pour l’injection d’électricité sur le réseau. Un décompte est effectué chaque année : l’achat moins l’injection donne le total final, comme c’est le cas aujourd’hui avec le compteur classique tournant à l’envers. Cela s’appelle la « compensation ». En fait, la compensation est une décision politique, et pas technique. 

En Région de Bruxelles-Capitale, le compteur est toujours systématiquement remplacé, lors de la mise en place d’une installation photovoltaïque, par un compteur tournant dans les deux sens et mesurant séparément combien d’électricité vous consommez et combien vous en injectez sur le réseau. Mais jusqu’à présent, le Bruxellois a toujours l’avantage de pouvoir profiter de la compensation, qui se calcule facilement en déduisant l’électricité injectée de l’électricité consommée. À partir de 2020, toutefois, la compensation disparaîtra complètement en Région bruxelloise.

À partir du 1er janvier 2020, la situation en Wallonie sera similaire à celle qui est d’application en Flandre : des frais de réseau pour les prosumers seront introduits. Vous pourrez alors choisir entre une compensation totale avec tarif prosumer et une compensation partielle sans tarif prosumer pour ceux qui ont installé un compteur bidirectionnel. Dans ce dernier cas, vous obtenez la garantie que vous ne paierez jamais plus que ce que vous auriez payé dans le premier système.

En Flandre, les actuels et nouveaux « prosumers » figurent parmi les groupes cibles prioritaires, pour lesquels des compteurs numériques seront installés à partir du 1er juillet 2019. Au cours de la dernière année, le mécanisme de compensation pour les propriétaires de panneaux solaires, après l’introduction du compteur numérique, a suscité beaucoup d’incertitude. En mars 2019, le Parlement flamand a finalement clarifié la situation et décidé que ceux qui installent ou auront installé des panneaux solaires avant la fin 2020 peuvent choisir entre 2 systèmes: un mécanisme de compensation totale en vertu de laquelle le tarif prosumers continue à être appliqué (système actuel) ou de compensation partielle sans application du tarif prosumers (nouveau système).

Dans la première option on conserve le mécanisme du compteur tournant à l’envers pendant 15 ans (à partir de la déclaration de l’installation) en combinaison avec le paiement d’un tarif prosumer (sur la base de la puissance de l’installation photovoltaïque). Il s’agit de la poursuite du système actuel dans lequel le compteur numérique tourne encore à l'envers de manière virtuelle (en soustrayant de la facture le prélèvement de courant sur le réseau).

Deuxième possibilité: suivre le nouveau régime élaboré par la VREG, le régulateur de l’énergie flamand. Celui-ci calcule les tarifs de distribution sur la base du prélèvement brut de courant, en d’autres termes le courant que vous prélevez du réseau lorsque les panneaux solaires ne produisent pas ou pas assez (ceci se note clairement avec un compteur numérique, contrairement à l’actuel compteur analogique). 

Dans ce système, il est important d’autoconsommer au maximum le courant au moment où il est produit par les panneaux solaires: plus vous consommez directement l’énergie solaire produite par vos soins, plus cela sera avantageux. Dans le cadre de ce règlement, le tarif prosumer disparaît.

Cependant, il existe des limites quant à la possibilité d'adapter votre consommation à votre propre production. Tout le monde n'a pas les moyens d'investir dans des appareils ménagers intelligents utilisable pendant la journée, dans des batteries ou des voitures électriques. 
Et surtout, certains groupes de prosumers risquent de faire les frais du nouveau système et auront probablement intérêt à s’en tenir au règlement existant:

  • ceux qui produisent plus de courant sur une base annuelle qu’ils n’en consomment;
  • qui affichent une consommation élevée en hiver en raison d’un chauffage électrique ou d’une pompe à chaleur;
  • qui consomment peu de courant en été;
  • qui ont une importante consommation nocturne.

Le risque, en cas de choix fautif, incombe totalement au propriétaire de panneaux solaires flamand. Nous conseillons à ce dernier de bien estimer et chiffrer au préalable son propre profil de consommation, et plus spécifiquement de consommation personnelle, éventuellement pendant un certain temps au moyen du compteur numérique, avant de prendre la décision de passer au nouveau système. Une fois que vous avez opté pour le nouveau système, il n’est plus possible de faire marche arrière (vers l’ancien).

 

Y a-t-il un risque pour la vie privée?
Les compteurs numériques peuvent mesurer la consommation et l’injection d’énergie par unité de temps, par exemple par quart d’heure. En principe, le consommateur reste propriétaire de ces données. C’est aux autorités de déterminer strictement qui pourra utiliser quelles données, par exemple pour pouvoir établir votre facture énergétique. Pour tout autre usage des données, comme le permettent certaines applications intelligentes, votre consentement explicite est toujours demandé. 

Mais toutes les règles applicables à la protection de la vie privée doivent être respectées. La règlementation RGPD - règlement général sur la protection des données - applicable depuis le 25 mai 2018, donne au consommateur davantage de possibilités pour préserver ses droits. 

Tout qui traite des données doit aussi veiller à ce que les mesures de protection requises soient prises pour protéger ces données. Ce qui peut notamment impliquer que les données sont encryptées pour le transfert. 

Quoi qu’il en soit, l’utilisateur peut toujours demander quelles données le concernant sont traitées. Les compteurs numériques ont d’ailleurs reçu le feu vert de la Commission de la protection de la vie privée. 
 
Y a-t-il un danger pour la santé?
La communication des données de et vers le compteur numérique peut s’effectuer par ondes radio ou via le réseau électrique. Il va de soi que c’est la transmission sans fil qui suscite la plus grande inquiétude. 

Concernant les réseaux gsm sans fil, le point de vue de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est qu’il n’y a pas d’informations disponibles en suffisance, ou de qualité telle qu’elles permettent d’exclure que l’utilisation du gsm ait un effet cancérigène. Le problème, c’est que l’échange des données par le compteur numérique passe par les mêmes fréquences.

Bien entendu, il y a une différence au niveau de la durée d’exposition aux ondes et de la distance entre l’appareil et l’utilisateur. Un gsm tenu contre l’oreille, ce n’est pas comme un compteur numérique installé dans un espace technique. Les études disponibles partent du principe d’une distance de 20 cm par rapport au compteur ou au câble par lequel les données sont envoyées. Une distance qui ne serait pas courante dans la pratique, ou en tout cas pas de longue durée. Mais que disent ces études ? Les études de ces dernières années révèlent qu’il n’y a quasiment aucun effet sur l’utilisateur dans le cas d’un compteur numérique. 

Mais d’autres études sont requises, surtout pour les personnes (plus) sensibles aux ondes ou qui ne souhaitent pas ce type d’exposition. Celles-ci devraient avoir le droit de refuser le placement d’un compteur numérique pour des raisons de santé. Nous applaudissons le fait que la Wallonie soit prête à explorer cette piste. 
 
En Flandre, il est prévu que vous pourrez demander un compteur numérique câblé à partir de 2023 afin d'éviter toute communication sans fil. Dans ce cas, en tant que consommateur, vous devrez payer les coûts supplémentaires associés à cette option.