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Quel est le véritable impact environnemental d’une voiture électrique ?

21 avril 2022

On affirme souvent que la production d’une voiture électrique réclame beaucoup d’énergie et de matières premières. Mais cela la rend-elle plus polluante qu’un modèle à essence ou diesel ? La réponse est nuancée.

Une voiture roulant à l’électricité est-elle ou non préférable pour l’environnement qu’une voiture diesel ou à essence ? La question fait l’objet de vives discussions, parfois enflammées. On souligne souvent les émissions engendrées par la production de la batterie, qui ne concernent pas les voitures “ordinaires”.

Pour mesurer la quantité de CO2 émise pendant tout le cycle de vie d’une voiture, Green NCAP, le projet européen d’étude de l’impact environnemental des automobiles auquel Test-Achats est étroitement associé, a comparé 61 modèles diesel, à essence (ou leur version hybride plug-in), électriques ou à hydrogène. Pour chacun d’eux, l’étude a pris en compte aussi bien la phase de production que la phase d’utilisation et le recyclage. Chaque élément du cycle de vie est exprimé en grammes d’émissions de CO2 par kilomètre lors de cette phase, calculés sur une durée de vie de 16 ans et une moyenne de 15 000 kilomètres par an.

“Une voiture électrique est très polluante dans sa phase de production”

On fait souvent valoir que la production d’une voiture électrique, et plus particulièrement de sa batterie, nécessite beaucoup d’énergie et de matières premières. Et c’est effectivement le cas. Le total des matériaux et de l’énergie nécessaires à la fabrication représente un lourd impact environnemental.

Quelle est l’importance de cet impact ? Pour la Nissan Leaf par exemple, l’archétype de la voiture électrique, on calcule que la production de la voiture elle-même correspond à l’émission de 55 grammes de CO2 par kilomètre, à quoi viennent s’ajouter 31 grammes de CO2 par kilomètre pour la batterie. On en est donc déjà à 86 grammes de CO2 avant même que la voiture ait parcouru son premier mètre. Pour un gros SUV comme la Ford Mustang Mach E, on en est à pas moins de 106 grammes par kilomètre. La Lexus UX300e, un autre gros SUV, est équipé d’une assez petite batterie (54 kW), de sorte que l’impact de sa production est sensiblement moindre avec 84 grammes par kilomètre. La Renault ZOE possède elle aussi une batterie de 54 kW, et se situe encore à 74 grammes de CO2 par kilomètre pour sa phase de production, alors qu’elle est considérée comme une “petite” voiture électrique, même avec ses 1 500 kg.

L’impact de la production est très nettement inférieur pour toutes les voitures conventionnelles : la VW Golf essence est comparable à la Leaf, mais se situe à seulement 36 grammes de CO2 par kilomètre, soit moins de la moitié. La KIA Sportage, un SUV, ne dépasse pas 48 grammes par kilomètre.

“L’électricité vient du gaz et du charbon”

Un autre argument qui revient dans les discussions sur les voitures électriques est que l’électricité qu’elles utilisent n’est pas toujours écologique, c’est-à-dire produite par des panneaux solaires, des éoliennes, des centrales hydrauliques, etc. Ce qui permet parfois d’insinuer qu’on pourrait tout aussi bien continuer à rouler à l’essence ou au diesel.

Green NCAP a également comparé cet aspect. Ses calculs tiennent compte à la fois des “tail pipe emissions”, c’est-à-dire des émissions qui sortent effectivemenbt du tuyau d’échappement, mais aussi de l’origine de l’énergie quand il n’y a pas de gaz d’échappement, comme avec les voitures électriques. A cet effet, on se base sur le mix énergétique européen actuel, et sur la proportion d’électricité issue du charbon, du gaz ou des sources renouvelables.

On constate alors que les voitures électriques rattrapent leur retard, voire davantage. L’électricité nécessaire pour faire rouler la Nissan Leaf déjà citée équivaut à l’émission de 81 grammes de CO2 par kilomètre effectué. Cela s’explique par le fait que la part d’énergie renouvelable est désormais déjà importante. Et elle ne fera qu’augmenter à l’avenir, ce qui réduira d’autant l’impact des voitures électriques à ce niveau.

“Les voitures électriques sont bien plus lourdes et leur impact est donc plus important”

Un troisième argument à l’encontre des voitures électriques est leur poids généralement supérieur à celui des voitures diesel ou à essence conventionnelles. C’est exact, et cela a été établi par une précédente étude d’Euro NCAP, l’organisation spécialisée dans la sécurité des voitures. Il en ressort que les SUV électriques sont en moyenne 7 % plus lourds que les SUV à essence ou diesel, et que cette différence peut même atteindre 24 % pour les SUV compacts.

La présente étude le confirme : la Ford Mustang Mach-E pèse 2 147 kg, contre 1 952 kg pour la Volvo XC60, comparable. Cependant, la Volvo est finalement responsable de 289 grammes d’émissions de CO2 par kilomètre, contre “seulement” 203 grammes par kilomètre pour la Ford. L’impact environnemental total des modèles électriques est donc moindre, même s’ils pèsent plus lourd.

Bon score pour les hybrides, pas par l’hydrogène

Les voitures hybrides, combinant un moteur électrique alimenté par une (petite) batterie et un moteur à essence, se situent entre les voitures électriques et les conventionnelles. Ces modèles obtiennent un bon score à l’étude de Green NCAP. Les émissions liées à la production de leurs batteries sont nettement moindres que pour les voitures électriques et les émissions en fonctionnement sont inférieures à celles des voitures conventionnelles.

La Toyota C-HR hybride émet ainsi sur toute sa durée de vie 200 grammes de CO2 par kilomètre, contre 249 grammes par kilomètre, soit un quart de plus, pour la Nissan Qashqai non hybride, comparable. Une hybride plug-in comme la Toyota Prius a un résultat meilleur encore, à condition de recharger effectivement la batterie, et donc de beaucoup rouler à l’électricité.

Et l’hydrogène ? Les informations positives sur ce carburant se font plutôt rares ces derniers temps, ce que ne fait que confirmer l’étude de Green NCAP. Pour produire de l’hydrogène et le reconvertir en électricité, il faut encore à l’heure actuelle tellement d’énergie qu’une voiture à hydrogène a à peu près le même impact environnemental qu’une voiture à essence ou diesel.

L’avenir est à la voiture électrique sur mesure, les hybrides sont une bonne solution intermédiaire

L’étude de Green NCAP éclaire le débat sur l’impact environnemental négatif des voitures, y compris les électriques. Elle confirme notamment l’importante consommation d’énergie de ces dernières lors de leur phase de production, un argument souvent invoqué par leurs détracteurs. Mais elle révèle néanmoins que l’impact sur toute la durée de vie est moins, ou beaucoup moins important pour les voitures électriques que pour les voitures à essence ou diesel, parce qu’elles consomment une énergie partiellement renouvelable et qu’elles ont un bien meilleur rendement pour l’utilisation de l’énergie disponible. Enfin, il est important de choisir une voiture à votre mesure : si vous optez pour une voiture plus grande que vraiment nécessaire, vous augmentez inutilement l’impact environnemental. Les voitures hybrides ont aussi souvent un bon score écologique, pour autant qu’on les utilise comme il convient.

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