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Teneurs en acrylamide : notre analyse

20 mars 2019

20 mars 2019
Nous avons analysé la teneur en acrylamide (potentiellement cancérigène pour l'homme) de plus de 500 aliments consommés quotidiennement, dont 80 vendus en Belgique. Les résultats sont plutôt rassurants, mais nous plaidons pour l’adoption de limites légales contraignantes et plus strictes.

Acrylamide : le moins possible

En avril 2018, le nouveau règlement européen sur l’acrylamide fixe des valeurs de référence plus strictes par catégorie d’aliments (chips de pommes de terre, frites, biscuits et gaufres…). Nous avons voulu savoir si ces nouvelles mesures étaient respectées. En collaboration avec neuf autres pays, nous avons donc mesuré la teneur en acrylamide de plus de 500 aliments consommés quotidiennement, dont 80 vendus en Belgique.

L’acrylamide, une substance dangereuse

L’acrylamide naît naturellement d’une réaction chimique au sein de certains aliments riches en amidon et en asparagine (un acide aminé) lors d’une cuisson à haute température (supérieure à 120°C au gril, au four, rôtis ou frits) et dans un milieu pauvre en eau.

L’Organisation Mondiale de la Santé considère cette substance comme probablement cancérigène pour l’homme. La majorité des scientifiques estime qu’il est actuellement impossible d’établir une dose de sécurité en deçà de laquelle le risque de cancer n’est pas augmenté. C’est la raison pour laquelle la teneur en acrylamide doit être réduite au plus faible niveau possible. 

Vous voulez en savoir plus sur cette substance potentiellement cancérigène? Nous répondons à quelques questions courantes dans notre dossier sur l’acrylamide.

Consultez notre dossier complet sur l'acrylamide

Nos résultats sont rassurants, mais…

Les résultats de nos analyses sont rassurants puisque chez nous seuls 4 produits sur 80 affichaient une teneur en acrylamide supérieure aux valeurs indicatives fixées par l’Europe.

Consultez les résultats d'analyses des 80 produits

Mais il y a encore moyen de faire mieux, comme le montrent les biscuits "Smic-Smac" d’Eco Biscuit. Après avoir été informée des résultats de nos tests, la firme a décidé de modifier sa recette et la nouvelle formule proposée affiche une teneur en acrylamide 8 fois moins élevée que la précédente. 

Cela montre deux choses : qu’il est parfaitement possible d’adapter le processus de production pour diminuer la teneur en acrylamide des produits et que les valeurs de référence actuelles sont trop permissives. Celles-ci devraient être plus ambitieuses afin de réduire encore les taux d’acrylamide et d’arriver à un niveau aussi bas que possible dans le produit final.

A la suite de nos tests, en collaboration avec le BEUC et d'autres associations de consommateurs, nous avons envoyé un courrier à la Commission européenne. Il ressort de la réponse de la Commission que les valeurs de référence ne seront pas revues à la baisse. 

Pour des normes contraignantes

A l’heure actuelle, aucune forme de sanction directe n’est appliquée à l’encontre des exploitants du secteur alimentaire si les normes fixées par l’Europe ne sont pas respectées. Ces mesures devraient être contraignantes afin de motiver davantage les producteurs à limiter les teneurs en acrylamide. Avec la fixation de limites légales, les produits non conformes (au-dessus des limites) devraient être retirés du marché. Malheureusement, la Commission n’a pas l’intention pour le moment de convertir ces références en limites légales.

Des valeurs de référence devraient également être prévues pour certaines catégories de produits qui n’en ont pas, telles que les chips de légumes qui donnent aux consommateurs l’image d’une alternative saine aux chips de pommes de terre alors que leur quantité moyenne d’acrylamide est supérieure à celle trouvée dans les chips de pommes de terre.

Mieux protéger les tout-petits

Enfin, les tout-petits doivent être mieux protégés. En raison de leur faible poids corporel, les enfants et à plus forte raison encore les bébés sont les plus exposés à ce composé toxique. C’est pourquoi la limite fixée pour les aliments comme les biscuits destinés aux moins de trois ans est plus contraignante : les biscuits pour petits de moins de trois ans doivent contenir deux fois moins d’acrylamide que les biscuits et gaufres normales.

Or, les emballages de nombreux de ces biscuits ou gaufres pour les plus âgés arborent des dessins ou des personnages attrayants et conçus pour attirer l’attention des tout-petits également. Beaucoup de parents donnent donc ce type d’aliment à leur bébé sans se rendre compte de la différence de teneur en acrylamide. 

Le seuil fixé pour les biscuits et gaufres devrait être abaissé afin de se rapprocher de celui des biscuits pour bébés.

La Commission européenne partage nos préoccupations en la matière et souhaite y apporter une solution.

Exemples de produits qui ne sont pas destinés aux enfants de moins de trois ans (pas de mention indiquant que le produit convient aux moins de trois ans), mais dont l’emballage attire les tout-petits :