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Application Yuka : à consommer avec modération

22 août 2019

22 août 2019
Yuka, l’application qui permet d’évaluer l’aspect santé d’un produit en scannant son code-barres, suscite l’intérêt des consommateurs mais aussi pas mal de questions. Quelle est sa pertinence scientifique ? Est-ce utile pour mieux manger ? Nous l’avons analysée. Entre incohérences et présomptions, Yuka nous prend parfois pour des poires. 

L’application mobile Yuka, forte de plus de 6 millions de téléchargements, est disponible sur le marché belge depuis le printemps dernier.
Yuka fait partie des applications "forme et santé" qui permettent à l’utilisateur de scanner les codes-barres des produits (alimentaires et cosmétiques) afin d’en connaître la composition et donc l’impact potentiel sur sa santé. L’objectif est louable : déjouer les pièges - notamment des produits ultratransformés - pour changer ses habitudes et essayer de consommer plus sainement. 

Si l’intention est bonne, la promesse tient du Graal : il est utopique, à l’heure actuelle, de croire qu’on peut ainsi "coter" un aliment. En nutrition, il n’y a pas de "bons" ni de "mauvais" aliment en soi. La question est davantage complexe et la réponse, nuancée. Or, Yuka ne fait pas toujours dans la dentelle. Mais l’application a le mérite d’exister et de faire prendre conscience au public, gratuitement, de ce qu’il consomme. 

En terrain favorable

Préalablement à notre analyse, un petit coup de sonde rapide, sans prétention scientifique, sur les réseaux sociaux nous a montré qu’entre 22 et 38 % des internautes disent recourir à une, voire plusieurs applications de ce genre. L’intérêt du public est donc réel. Un public qui, derrière son caddie et devant son assiette, perd ses repères et se met en quête d’outils de transparence et de traçabilité. 
Les raisons de ce mal-être sont légion : phobie de la malbouffe amplifiée par les scandales alimentaires (vache folle, poulet à la dioxine, lasagnes au cheval, œufs au fipronil, graines germées tueuses, lais infantiles contaminés), inquiétude face au réchauffement climatique dans lequel l’agriculture intensive et l’industrie agroalimentaire sont souvent pointées du doigt, tentation du bio dont l’offre explose, peur de la maladie (cœur, cancer, démence).   
C’est clair, la course au logo "santé" fait rage. Des apps comme Yuka tombent donc à pic.

Entre incohérences et présomptions

La base de données de Yuka mixe différentes sources, la plupart scientifiquement fondées, d’autres moins. On y retrouve ainsi Open Food Facts (OFF), le Nutri-Score, l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), les labels bios "AB" (France) et "Eurofeuille" (Europe), mais aussi des études "indépendantes" et divers livres. 

L’algorithme de notation de l’application se base, pour 60 % du score final, sur la composition nutritionnelle (Nutri-Score), les additifs (30 % du score) et la filière bio/non-bio (10 % du score). Le résultat est une triple cotation : une note sur 100, un code couleur (vert, jaune, orange, rouge) et un adjectif (excellent, bon, médiocre, mauvais).

  • Yuka flirte parfois avec des présomptions (le bio est meilleur, les produits avec édulcorants sont favorisés, les arômes sont classés parmi les additifs), ce qui peut fausser les résultats de l’algorithme et les alternatives présentées comme "plus saines". Des olives bios, par exemple, sont mieux cotées même si elles sont beaucoup plus salées que des non-bios. A qualités nutritionnelles égales, du miel non-bio (30/100) est qualifié de "médiocre" par rapport à son équivalent bio (60/100) décrété "bon". Or le bio est une obligation de moyens, pas de résultats. 
  • Yuka privilégie clairement le principe de précaution en matière d’additifs. Quitte à être alarmiste. Or les notions de "risque" et de "danger" ne sont pas identiques. Le danger est une source potentielle de préjudice. Le risque, lui, prend en compte l’exposition : c’est la probabilité que ce danger survienne (ou non). Nous avons relevé pas mal d’incohérences. 
  • Les qualificatifs associés aux produits sont durs, les scores parfois stigmatisants. L’application discrimine certains produits. Or, tout est relatif : un produit déclaré "médiocre" par 100 g ne pose pas de problème si l’on n’en consomme que 5 g. Autre exemple : ce n’est pas parce que des céréales petit déjeuner sont bios qu’on peut en consommer tous les matins. Yuka permet certes de prendre de la distance avec le marketing, le greenwashing et les allégations santé, mais Yuka manque aussi de nuances. 
  • Si le scan est plutôt bon et rapide, l’encodage collaboratif par les utilisateurs, qui permet de compléter la banque de données, peut poser problème : tout oubli/erreur d’ingrédients, ou une mauvaise évaluation de pourcentages (de fruits/légumes/noix) fausse le calcul du nutri-score et discrédite l’appli dans son ensemble.

L’introduction du Nutri-Score sur les emballages l’année dernière en Belgique permet déjà aux consommateurs d’avoir un outil à la fois simple et rapide pour faire de meilleurs choix alimentaires. Aidez-nous, vous aussi, à soutenir un Nutri-Score européen en signant notre pétition afin de rendre l’information nutritionnelle la plus lisible possible pour le consommateur.

Signez notre pétition ici

 
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9 Commentaires

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SEVERINE GIROULLE
05/11/2019

Bonsoir, oui, j'ai téléchargé l'application yuka.
Ensuite, je ne m'arrête pas à la couleur donnée au produit. Je regarde les détails, comme les additifs et pour concernant les calories, Sucre, graisse, sel etc ..., je vois dans quel contexte j'utimise le produit. Par exemple, mon médecin m'a recommandé de manger saler pour une certaine période, donc bien sûr les produits fort salés sont indiqués en orange, voir en rouge.
Je pense que l 'application peut aider mais n'est pas à suivre au pied de la lettre.

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LOUIS TILLEMENT
05/11/2019

Yuka est un bon outil combiné au nutriscore. Il m'aide dans mes choix par rapport aux sucres, aux graisses et additifs. Bon, je concède que le % donné aux produits n'est pas très scientifique mais en analysant mieux le pourquoi, je me fais un avis plus précis. Yuka a le mérite de nous interpeler et cela est bien pour nous aider à mieux manger. La perfection n'existe pas mais qui dit mieux et sans être influencé par les lobbies qui ne cherchent que les bénéfices???

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CAROLINE LASCH
05/11/2019

Je trouve cette app très bien développée et les informations qu'on y retrouve sont intéressantes. Je consulte principalement les additifs. Pour le reste, je m'y connais suffisamment en nutrition pour bien me nourrir. Pertinent également pour montrer aux enfants que ce dont ils raffolent n'est pas le meilleur. A eux, désormais, de faire leurs choix dans les biscuits les moins mal côtés par exemple. Fonctionne bien également pour les produits de beauté. Parfois très interpellant. Bien sûr, j'espère que cette application est réellement indépendante et autonome. j'espère qu'elle n'est soutenue par aucun lobby. Certains infos peuvent êtres fausses car remplies par les utilisateurs. J'ose croire que tout y est régulièrement contrôlé/ajusté. Je recommande vivement cet app.

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ANNE VERLAEKEN
06/11/2019

Je suis utilisatrice depuis plus d'un an et partage entièrement les avis que je viens de lire. Elle m'aide en me donnant des infos( notamment les additifs et les alternatives) qui me permettent de prendre de meilleure manière attitude par rapport à un produit. Il faut soutenir les créateurs de Yuka pour pérenniser cette application.

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RENE COLLARD
05/11/2019

YUka permet de reflechir et d orienter mes choix certains produits comme beure ou mayonnaise sont rouge on préconise pour 10 calorie Tubor Na plutôt que jupiler Na mais seule cette dernière est en bac

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BERNARD COVELIERS
06/11/2019

Je travaille dans le secteur de l'alimentaire. Nous développons de nouvelles boissons. J'ai scanné certaines d'entre elles avec l'application. Les commentaires sur les additifs (aspartane et sucralose) étaient complétement ridicules. J'ai transmis l'information au service juridique. Il a préféré laisser courir ces bobards plutôt que d'attirer la foudre des haineux.

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JACQUELINE BOSQUILLON
06/11/2019

Pratique et surtout rapide en magasin pour un produit que je ne connais pas encore.
Très utile!

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MARIE HUSKEN
06/11/2019

J'utilise Yuka principalement pour les cosmétiques. J'ai renoncé à une crème de jour "de qualité" après avoir lu qu'elle contenait un perturbateur endocrinien.
Je l'utilisaits depuis longtemps .
Coîncidence ou non: j'ai remarqué que la sensitbilité mammaire dont je souffrais depuis longtemps avait disparu après quelques jours.
L'analyse des aliments est intéressante mais j'y mets un grain de sel !

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OLIVIER DELESTREE
06/11/2019

Bonjour,

j'utilise également cette application depuis plusieurs mois et je suis aligné avec la majorité des commentaires précédents. Je trouve que c'est un bon outils et qui a le mérite de faire réfléchir, de se poser les bonnes questions, de nourrir la réflexion. Pour ma part cet outil m' intéresse surtout pour les indications qu'il donne concernant les additifs, celui-ci m'aide à orienter certains achats et à faire réfléchir les enfants, toutes la famille l'a adopté :-) Ceci dit j'insiste sur le fait que c'est un outil, qu'il faut l'utiliser avec une certaine réserve et que les résultats ne doivent pas être pris pour argent comptant mais plutôt servir à nourrir la réflexion, surtout sur nos achats de produits industriels. J'ose espérer également que cette app n'est pas polluée par différents lobby. Je recommande cette application.