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NeoBianacid

31 octobre 2019 Déconseillé
Bianacid
31 octobre 2019 Déconseillé

A en croire la notice d’instruction du NeoBianacid, voilà un bon remède aux brûlures d’estomac et au reflux. Nous n’en déconseillons pas moins ce produit.

Le NeoBianacid est commercialisé en tant que dispositif médical.

Les ingrédients sont un complexe moléculaire de polysaccharides (40 mg) (obtenus à partir d’Aloe vera, de Malva sylvestris et d’Althaea officinalis) et des minéraux Limestone Nahcolite, plus une fraction flavonoïque obtenue à partir de Matricaria recutita et de Glycyrrhiza glabra.

Selon la firme, ce produit est indiqué pour le traitement des brûlures d’estomac et du reflux.

Prix indicatifs

  • NeoBianacid Acidité et reflux 15 comprimés à sucer : 12,95 €

Notre avis

Pourquoi déconseillons-nous le NeoBianacid ?

Selon la firme, le NeoBianacid protège et apaise la muqueuse de l’estomac et des intestins, en combattant les brûlures et les maux d’estomac ainsi que la sensation d’acidité. La notice d’instruction étend même son action au reflux, à l’inflammation de la paroi de l’estomac, aux lourdeurs, aux flatulences et aux problèmes de digestion.

Le Nahcolite est tout simplement un antiacide, mais d’origine minérale naturelle (c’est une forme de carbonate de sodium et de bicarbonate de sodium). L’Aloe vera, la Malva sylvestris, l’Althaea officinalis, la Matricaria recutita et la Glycyrrhiza glabra sont considérées par l’Agence européenne du médicament (EMA) comme des remèdes traditionnels à base de plantes. Il n’existe toutefois pas d’études cliniques sérieuses attestant l’efficacité ; ces allégations se basent simplement sur une tradition de plus de 30 ans d’utilisation dans un ou plusieurs pays membres de l’UE.

La firme assure que ces ingrédients agissent en synergie, c’est-à-dire qu'ils se renforcent mutuellement, de sorte qu'ensemble, ils produisent plus d'effet que chacun séparément. Mais ce n’est absolument pas prouvé. 

La notice d’instruction ne précise ni les concentrations ni la partie exacte de la plante qui est employée. En outre, les flavonoïdes utilisés ne sont pas exempts d’effets secondaires et peuvent avoir des interactions avec certains médicaments. 

La firme ne peut présenter aucune étude scientifique sur l’efficacité du produit pour ne fût-ce qu’une des nombreuses indications de la notice d’instruction. La base de données des études cliniques aux Etats-Unis nous apprend qu’une étude clinique vient seulement d’être lancée, et ses résultats ne sont pas encore connus. Bien que l’utilité particulière de chacune des plantes et de l’antiacide soit bien connue, ou soit établie par une utilisation traditionnelle, chez les adultes en tout cas, leur usage en combinaison est déconseillée tant qu’on ne dispose pas de preuve de l’efficacité clinique dans la thérapie de chaque élément en particulier (toujours plus sûr). Nous considérons qu’il n’est pas acceptable qu’un tel produit soit présenté comme convenant aux enfants à partir de 6 ans, et pour de longues périodes. Nous déconseillons donc le NeoBianacid.

Une fois qu'un produit est sur le marché, il n’est pas facile d’effectuer le suivi des effets secondaires, certainement pour les produits sans ordonnance. Sur ce point, les règles sont plus strictes pour les médicaments que pour les dispositifs médicaux. 

S’agit-il bien d’un dispositif médical ?

Nous estimons que le NeoBianacid ne peut pas être commercialisé en tant que dispositif médical. Certes, la firme affirme que son action est mécanique : la couche formée sur la muqueuse constituerait une barrière qui protège de l’acide et des substances irritantes. Mais nous n’avons trouvé aucune étude indiquant qu’une tablette sucée en bouche forme un complexe moléculaire par l’action de la salive. Et l’on imagine difficilement comment ces ingrédients vont encore se transformer pour constituer plus loin une barrière mécanique sur les parois de l’estomac et des intestins (avec ses nombreux replis). 

Selon nos analyses, ce produit agit comme un médicament. Nombre de ses composants ont une action chimique. Et, selon une recommandation de la Commission européenne, les antiacides sont par définition des médicaments.

Le produit a d’ailleurs toutes les apparences d’un médicament : il est ingéré par la bouche, son emballage contient une indication médicale (brûlures d'estomac et rot) et un papier qui ressemble à une notice.

Les firmes apprécient vivement le statut de dispositif médical, qui présente le grand avantage de leur éviter de devoir satisfaire aux réglementations bien plus sévères sur les médicaments, et qui leur permet notamment de commercialiser leur produit bien plus simplement et plus rapidement qu’un médicament. 

Y a-t-il des règles particulières d’utilisation ? 

Selon la notice d’utilisation, ce produit peut être ingéré par les adultes et les enfants de plus de 6 ans. Mais la littérature européenne recommande de ne pas utiliser la Malva avant 12 ans, la Matricaria recutita avant 6 ou 12 ans et la Glycyrrhiza avant 18 ans. Au vu, surtout, de la formule complexe de combinaison, et sans aucune preuve de l’efficacité et de la sécurité de la combinaison, nous déconseillons totalement l’utilisation avant 18 ans.

La firme recommande, en cas de prise de médicaments (surtout des tétracyclines), d’attendre au moins deux heures avant d’ingérer du NeoBianacid. 

Existe-t-il une alternative ?

Il n’est pas toujours nécessaire de traiter les brûlures d’estomac. Parfois, les symptômes disparaissent d’eux-mêmes.
Il peut valoir la peine de commencer par prendre quelques simples mesures : éviter les produits dont on sait qu’ils déclenchent la sensation d’acidité, éviter les repas lourds tard le soir, dormir avec la tête de lit surélevée. Le résultat n’est pas garanti, mais si ça ne fait pas du bien, ça ne peut pas faire de tort non plus. Cesser de fumer et perdre du poids si nécessaire peut également aider.

Vous souhaitez quand même un remède ? Si les symptômes ne sont qu’occasionnels, vous pouvez envisager de prendre un antiacide enregistré comme médicament. Ces produits sont en vente libre en pharmacie. Si les problèmes sont plus fréquents et plus importants, un inhibiteur d’acide gastrique est plus indiqué.

Nos actions

  • Nous avons écrit à la firme pour lui réclamer des études scientifiques. Fin octobre 2019, nous avons reçu un certain nombre de documents, mais pas une seule étude clinique sur l'efficacité.
  • Nous avons également adressé un courrier à la Commission mixte de l’Agence fédérale des médicaments (AFMPS). Cette commission dispense un avis en cas de doute sur le statut d’un produit.