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Evitons qu’il n’y ait d’autres petites "Pia"

18 septembre 2019

Grâce à un formidable élan de solidarité nationale, les parents de la petite Pia ont pu réunir l'argent nécessaire au traitement de la fillette. Des mesures structurelles sont toutefois nécessaires pour faire face au problème du coût exorbitant des médicaments dans la prise en charge des maladies rares.

Ces derniers jours, la petite Pia s’est retrouvée sous les feux des projecteurs médiatiques. La fillette souffre d’une maladie neuromusculaire rare, la SMA (atrophie musculaire spinale). Un traitement avec une dose de Zolgensma - un médicament commercialisé par Novartis aux Etats-Unis - coûterait la bagatelle d’1,9 million d'euros à ses parents ! De nombreux Belges ont heureusement fait preuve de générosité, ce qui a permis de récolter la somme nécessaire. Hélas, il y a encore plein d’autres petites Pia. Des mesures structurelles s’imposent pour résoudre définitivement ce genre de problème.

Plainte contre Biogen

En juillet de cette année, nous avons déposé plainte auprès de l'Autorité belge de la concurrence contre la société Biogen, qui commercialise le Spinraza. Spinraza est le seul traitement disponible en Belgique contre l'atrophie musculaire spinale. Le traitement d’un seul patient s'élève à 529 800€ la première année (264 900€ les années suivantes, plusieurs doses étant nécessaires en début de traitement).

Ces prix exorbitants ont permis à Biogen de gagner en un an bien plus que ce qu'elle avait elle-même investi en recherche et développement. Aux États-Unis, Zolgensma, un autre médicament contre la SMA, a été approuvé par la FDA. Le médicament est commercialisé par Novartis pour un montant astronomique d’1,9 million d'euros. Il ne fait pas l’ombre d’un doute, selon nous, que le prix demandé et obtenu par une société pharmaceutique pour son médicament servira de référence au prix demandé par d'autres sociétés pharmaceutiques pour des médicaments dans la même niche. Novartis confirme en outre que le prix de Zolgensma, qui est actuellement pris en considération, sera déterminé "en fonction du prix du traitement contre la SMA pour une durée de 10 ans". Si le politique n'intervient pas, combien coûtera Zolgensma quand le médicament sera commercialisé sur le marché belge?

La société paie deux fois

Nous tenons également à souligner qu'une grande partie de la recherche pour le développement de Spinraza a été effectuée au sein des universités et a donc été financée par des fonds publics.

En Belgique, les entreprises pharmaceutiques peuvent également compter sur des avantages fiscaux considérables. Les entreprises qui investissent dans la recherche paient ainsi moins d'impôt sur les sociétés. Par exemple, 80 à 85 % des revenus sur les brevets sont exonérés d'impôt.

Avec toutes ces subventions et ces avantages, comment les firmes pharmaceutiques osent-elles continuer à pratiquer des prix aussi exorbitants pour leurs médicaments et mettre ainsi la Sécurité sociale sous pression ?

Des bénéfices équilibrés, oui. Des prix exorbitants, non.

Spinraza et Zolgensma ne sont que deux exemples de plus dans le dossier des prix exorbitants qui sont parfois pratiqués. Il est clair que la recherche et le développement de médicaments comportent des risques pour les entreprises. Le résultat est souvent incertain, mais cela ne justifie en rien une course aux prix les plus élevés possible. Les autorités belges et européennes doivent prendre en compte ce dossier, ainsi que les mesures nécessaires, afin d’éviter de nouvelles petites Pia à l’avenir.

En attendant ces mesures, nous continuons le combat. Nous n'avons en effet pas seulement porté plainte contre Biogen pour ces pratiques, mais aussi contre les sociétés impliquées dans le dossier Avastin/Lucentis, de même que Leadiant, pour d’autres médicaments.