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Revlimid : un médicament orphelin comme blockbuster

28 février 2020

Le Revlimid a récemment encore décroché l’argent, certes dans un combat peu louable. A savoir celui des médicaments les plus coûteux pour notre système d’assurance-maladie. Comment est-il possible qu’un médicament destiné au traitement d’une maladie rare devienne soudain un best-seller au niveau mondial ? 

Voici quelques mois, les Mutualités Chrétiennes publiaient les chiffres relatifs aux 10 médicaments les plus chers pour notre système d’assurance-maladie délivrés par les pharmacies d'hôpitaux. Le Revlimid s’installe sur la deuxième marche du podium, un médicament officiellement enregistré comme médicament orphelin. De tels médicaments sont destinés au traitement de maladies frappant maximum 5 personnes sur 10 000, en d’autres termes les maladies rares. 

Coup de pouce

Depuis 2000, le secteur pharmaceutique bénéficie d'un ensemble de mesures qui le rendent financièrement plus attractif pour développer des médicaments contre les maladies rares. Ce petit marché n'ayant pas pu générer de bénéfices importants, les sociétés pharmaceutiques n'ont pas développé de nombreux médicaments pour ce groupe cible. Si depuis, nous trouvons en effet davantage de médicaments orphelins sur le marché, leur coût est souvent démesuré. Les entreprises mettent en avant deux arguments pour justifier les prix élevés des médicaments orphelins. Premièrement: la recherche et le développement de produits orphelins coûtent très cher. Deuxièmement: le marché est trop petit pour maintenir les prix bas. Mais ces arguments ne sont pas toujours corrects.

Immédiatement un blockbuster

Exemple frappant : le Revlimid. Depuis 2008, ce médicament est remboursé pour le traitement de la maladie de Kahler, un cancer dans lequel les plasmocytes prolifèrent de manière incontrôlée dans la moelle épinière. En Belgique, le coût d’un mois de traitement s’élève actuellement à quelque 6.200 € pour un seul patient, soit le tarif le plus élevé au niveau européen. A peine deux ans après la commercialisation, la firme Celgene réalisait déjà un chiffre d’affaires de 1 milliard de dollars avec ce médicament orphelin...

Elargissement supplémentaire des débouchés

Durant les années qui suivirent, Celgene a introduit le Revlimid pour cinq autres indications, tous des cancers et autres maladies graves du sang et de la moelle épinière. A chaque fois, le groupe de patients pour lesquels Celgene pouvait passer à la caisse augmentait de manière considérable. Et cela s’est également traduit dans les chiffres d’affaires. En 2018, Celgene réalisait un chiffre d’affaires de pas moins de 9,7 milliards de dollars pour le Revlimid. Cela en fait l’un des best-sellers au niveau mondial. 

L’assurance-maladie supporte les coûts 

Ces dernières années, plusieurs prix ont été négociés à la baisse. Même si une diminution tarifaire de 13 % sur une période de 10 ans n’est rien en comparaison avec l’augmentation du coût pour l’assurance-maladie. Les dépenses pour notre système d’ assurance-maladie ont ainsi triplé pour ce médicament entre 2011 et 2018, passant de 27 à 75 millions d’euros. 

La société finance la recherche

De solides chiffres de vente et bénéfices pour Celgene donc. Des chiffres sans commune mesure avec leur contribution au développement du médicament. Tout le mérite, ainsi que les investissements financiers, reviennent aux chercheurs universitaires, aux instances publiques et fonds non-profit. 

Le Revlimid est dès lors le énième exemple d’un médicament pour lequel la société y va deux fois de son écot. Une première fois par le biais des contributions à la recherche et au développement, une deuxième fois via nos cotisations à la caisse d’assurance-maladie.

Besoin d’une révision de la réglementation

Une révision de la réglementation européenne s’impose pour mettre un terme à de tels abus. Les avantages auxquels prétendent actuellement les entreprises dans le cadre du développement de médicaments pour les maladies rares doivent être réexaminés avec un œil critique pour restaurer l’équilibre entre les intérêts de la société et ceux des entreprises.

L’an dernier, nous avons formulé quelques recommandations  pour les politiques dans notre pays. L’une d’entre elles est de contraindre les firmes pharmaceutiques à communiquer de manière transparente au sujet de leurs coûts de recherche et de développement. Les entreprises doivent également indiquer clairement quelle partie a été financée par des fonds publics, y compris des allègements fiscaux, des subventions et des bourses. Si cela avait été le cas, il y aurait eu probablement davantage de questions relatives au prix de ce médicament... Nous insistons dès lors à nouveau auprès de nos politiques pour plancher sur ces recommandations dans la prochaine législature.