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Ce médicament vu à la télé ? Les pharmaciens le délivrent sans poser de questions

27 septembre 2022
pharmacien donne médicament à cliente

N’achetez pas sans réfléchir des médicaments parce que vous avez vu leur publicité; ils peuvent ne pas vous convenir, ou même s'avérer dangereux pour vous. En principe, votre pharmacien devrait vous recommander le médicament qui vous convient mais de trop nombreuses pharmacies que nous avons visitées cèdent tout simplement à la demande du client. Notre enquête a révélé plusieurs problèmes.

Une majorité prise en défaut

En tant que consommateur, avec quelle facilité vous délivre-t-on un médicament vu à la TV ou dans un magazine, un antidouleur ou un sirop pour la toux par exemple, alors que quelques questions suffiraient à établir qu’il n’est pas indiqué ou recommandé dans votre cas? Beaucoup trop facilement, selon notre enquête dans 96 pharmacies choisies au hasard en Belgique.

La plupart des pharmaciens visités n’ont pas donné l’antidouleur de premier choix ou ont délivré un sirop pour la toux alors que ce n’était pas nécessaire. Plus de la moitié ont donné sans sourciller le médicament demandé, alors qu’il sera sans effet sur les symptômes ou qu’il risque même de provoquer d’autres problèmes de santé. A peine huit pharmaciens visités ont délivré un médicament approprié ou, lorsque cela n'était pas nécessaire, un simple conseil. 

Dans leur grande majorité, les pharmaciens posent trop peu de questions pour pouvoir fournir une prestation de soins convenable, même quand le patient réclame un médicament qu’il ne connaît pas et dont il ignore les effets secondaires et les interactions qu’il peut provoquer. C'est ce qui ressort de notre enquête dans 96 pharmacies réparties de manière aléatoire dans toute la Belgique. Près de la moitié des pharmaciens visités ont vendu un produit inapproprié sans poser la moindre question, et huit pharmaciens seulement ont délivré le médicament qui convenait ou n'ont rien donné. 

Pas d’ibuprofène en cas d’ulcère à l’estomac

Une dame de 50 ans entre dans 50 pharmacies différentes pour expliquer qu’elle souffre de maux de tête dus au stress. Elle demande l’anti-inflammatoire Nurofen 400 Fastcaps, dont elle a vu des publicités à la TV. Les questions de base doivent pourtant faire facilement apparaître que la dame prend des médicaments contre un ulcère à l’estomac, et que ce médicament à base d’ibuprofène est donc à proscrire (ce qu’on appelle une contre-indication, donc). Près de quatre pharmacies visitées sur cinq lui ont vendu un médicament inapproprié susceptible d’aggraver son état. 

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Un sirop pas pour la bonne toux

Dans notre second scénario, c’est une dame de 60 ans qui se présente dans 46 autres pharmacies avec un problème de toux sèche irritante remontant à plusieurs semaines. Elle a vu de la publicité pour le sirop contre la toux Bronchosedal Mucus, destiné à une forte toux avec mucus. 

En posant les bonnes questions à la dame, le/la pharmacien(ne) peut pourtant facilement déduire que la toux est un effet secondaire de son médicament contre l’hypertension. Mais pas moins de 42 des 46 pharmaciens visités lui ont délivré un sirop contre la toux. Un seul des pharmaciens a fait ce que tous auraient dû faire : ne rien lui vendre et lui conseiller de consulter un médecin. 

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Il faut des indicateurs de qualité

Nous testons régulièrement la qualité du service dans les pharmacies, et nous demandons depuis longtemps une amélioration. La formation complémentaire des pharmaciens que nous avons réclamée pendant des années a heureusement été finalement organisée, mais il reste à faire en sorte que, chez nous, la vente de médicaments en pharmacie s’accompagne d’indicateurs de qualité. 

Que pouvez-vous attendre de votre pharmacien ?

Les Pays-Bas ont une sérieuse longueur d’avance sur nous à cet égard : nos voisins du Nord ont édicté des normes claires en matière de sécurité, d’efficacité et de personnalisation. Non seulement cela peut faciliter la comparaison de la qualité des soins entre les pharmacies, mais cela permet de voir immédiatement ce qui peut et doit être amélioré. Un système similaire constituerait indubitablement un indispensable adjuvant à la qualité des soins dans notre pays. 

Parallèlement, nous réclamons une fois encore l’interdiction de la publicité pour les médicaments vendus sans ordonnance. Notre enquête met en évidence les risques que peut comporter cette publicité, surtout si les pharmaciens abandonnent leurs clients à leur sort.

Quelles questions le/la pharmacien(ne) doit-il poser ?

Contrairement à ce que nos résultats laissent penser, le/la pharmacien(ne) n’est pas un vendeur, mais un prestataire de soins. Il doit mettre ses patients en garde contre des risques comme les effets secondaires, les interactions avec d’autres médicaments et les contre-indications (des signes que le médicament ne convient pas dans une situation donnée). 

Voici ce qu’il doit faire selon le fameux questionnaire WHAM :

Who : "A qui le produit est-il destiné ?";
How long : "Depuis quand les symptômes sont-ils présents ?";
Actions : "Quelles actions ont déjà été entreprises ?";
Medication : "Quel médicament prend encore la personne en question, et souffre-t-elle d’une maladie ?".

Ces questions s’inscrivent dans la procédure standard, et aucun médicament ne devrait être vendu sans qu’elles aient été posées, surtout s’il s’agit de la première visite d’un patient inconnu. 

Les pharmaciens concernés ont été informés de leurs résultats.