Dossier

Dangereuse, la 5G ?

01 juillet 2020
Pourquoi la 5G n'est pas si dangereuse que ça

La 5G est en chemin. Ce qui explique l’invasion de messages mettant en garde contre la nocivité de ces ondes pour la santé de l’homme. Et ces rumeurs ont le chic pour susciter injustement de l’inquiétude. En effet, aucune preuve scientifique convaincante n’est encore venue corroborer l’affirmation selon laquelle ces ondes sont dangereuses pour notre santé.

D’où viennent les messages inquiétants ?

L’étude « idéale » n’existe pas

L’étude « idéale », c'est-à-dire qui permettrait de déterminer de manière irréfutable si les ondes radioélectriques provoquent certains effets sur la santé, n’est tout simplement pas réalisable. Il faudrait, pour ce faire, répartir de manière aléatoire des milliers de gens en différents groupes : ils devraient respectivement ne pas utiliser, utiliser modérément ou utiliser intensivement leur téléphone mobile pendant de nombreuses années. Impossible de trouver suffisamment de candidats qui accepteraient et seraient en mesure de s’en tenir strictement aux critères établis.

Les lacunes des études

Puisque « l’étude idéale » n’est pas possible, toutes les études concernant les rayonnements que nous sommes en mesure de réaliser présentent des manquements. Voici un aperçu de celles qui sont disponibles, appliquées à l’exemple du cancer du cerveau puisqu’il s’agit de l’effet sur la santé à propos duquel le rapport avec l’utilisation du téléphone mobile est le plus souvent étudié.

Les études cas-témoins renvoient une image déformée

Ce type de recherche consiste à comparer deux groupes de personnes. L’un des groupes, les « cas », souffre d’une affection particulière comme le cancer du cerveau. Ce qui n’est pas le cas dans l'autre groupe, les « contrôles ». On compare un éventuel facteur de risque du passé entre les deux groupes, dans le cas présent, à quelle fréquence ces personnes ont utilisé leur téléphone mobile.

Le principal désavantage de ce type d’étude est le risque d’une image déformée, puisque l’on ne peut se fier qu’aux souvenirs des participants. Il est en effet envisageable que des personnes du groupe des cas (ou leur famille, si le patient décède dans l’intervalle) aient la conviction que le rayonnement est une cause possible de leur affection, les amenant ainsi à surévaluer leur utilisation, même inconsciemment. Le phénomène inverse peut apparaître chez le groupe des contrôles, à savoir une sous-évaluation de leur utilisation. La corrélation paraîtra par conséquent plus importante qu’elle ne l’est en réalité. Ce phénomène a déjà été observé dans une série limitée d’études cas-témoins passées. Ces dernières suggéraient que l’utilisation fréquente et prolongée de téléphones mobiles multiplierait de 2 à 3 fois le risque de certains cancers du cerveau.

Ajoutez à cela qu’un groupe de patients est en général bien plus facile à convaincre de participer à une telle étude qu’un groupe de contrôles. Ce déséquilibre à lui seul peut mener à un biais. La prudence est donc de mise lors de l’interprétation de ce type d’études.

Les études de cohorte ne durent pas suffisamment longtemps et observent un groupe trop limité

Lors d’une étude de cohorte, un groupe de personnes présentant un certain nombre de similitudes, telles que la nationalité, le lieu de résidence etc., est suivi de près pendant quelques années. La question-clé d’une telle étude est si l’exposition à un facteur déterminé - dans ce cas la téléphonie mobile - a, au fil du temps, un impact sur le développement d’une affection telle que le cancer du cerveau. Aucun participant à ce groupe de cohorte ne doit souffrir de cette affection au début de l’étude. 

En quoi ce type d’étude ne convient-il pas pour établir un lien de cause à effet entre la téléphonie mobile et certains effets sur la santé ?

  • Trop court : Avant toute chose, de telles études ne durent en général pas suffisamment longtemps pour pouvoir détecter certaines affections telles que le cancer du cerveau.
  • Groupe trop limité : Il faudrait un groupe de cohorte bien plus important pour être en mesure de constater une augmentation d’une affection relativement rare comme le cancer du cerveau chez quiconque est exposé intensivement et à long terme à des ondes radioélectriques.
  • Difficile de mesurer l’exposition : Au cours de certaines études de cohorte, il a été demandé aux participants de rapporter eux-mêmes à quelle fréquence ils utilisaient leur téléphone mobile, entraînant par-là un risque de sur- ou sous-évaluation. Il leur a également été demandé s’ils avaient un contrat avec un fournisseur télécoms, ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils utilisaient leur téléphone mobile fréquemment. Par ailleurs, il faut que la question sur la fréquence d’utilisation soit reposée régulièrement au cours de l’étude, ce comportement pouvant varier au fil du temps.
Les analyses de tendances n’excluent pas un faible risque à long terme

Les analyses de tendances consistent à examiner les incidences (en d’autres termes, le nombre de nouveaux patients) d’une affection donnée au sein d’une région déterminée sur plusieurs années. L’utilisation des téléphones mobiles a grimpé en flèche au cours des dernières décennies. Cette période est suffisamment longue pour faire une comparaison avec le passé et pour pouvoir détecter le développement de certaines affections telles que le cancer du cerveau. Ces analyses de tendances présentent donc une réelle valeur.

Un grand nombre de ces analyses de tendances occidentales révèle qu’il n’existe aucune augmentation du nombre de cancers du cerveau au cours de ces vingt dernières années. Certaines études démontrent bien une légère augmentation d’un certain type de cancer du cerveau, ce qui peut s’expliquer par l’amélioration des méthodes de détection de ce type de cancer. Ces résultats sont donc rassurants, bien que contradictoires avec ceux d’une série limitée d’études cas-témoins passées, par exemple. Ces dernières suggéraient que l’utilisation fréquente et de longue durée de téléphones mobiles multiplierait de 2 à 3 fois le risque de certains cancers du cerveau. Si c’était effectivement le cas, les analyses de tendances l’auraient révélé depuis bien longtemps.

Cela signifie-t-il, dès lors, que l’on peut affirmer en se basant sur les analyses de tendances que le risque est nul ? Malheureusement pas. Nous pouvons par contre affirmer que s’il existe un risque passé inaperçu à ce jour, il est très faible et n’apparaît que dans un petit sous-groupe de la population. A savoir chez des personnes déjà fortement exposées à des rayonnements de téléphones mobiles ou pylônes pendant une période prolongée.
Les études animales n’étudient pas le véritable risque

Deux études à grande échelle ont également été effectuées sur des rats et souris. Elles ont été mises en place dans le but de vérifier si les ondes radioélectriques des téléphones mobiles ou pylônes étaient nocives. L’objectif n’était donc pas de déterminer s’il existait un risque d’effets spécifiques sur la santé de l’être humain lorsque toutes les limites d’exposition sont respectées. Il s’agit d’une différence essentielle. Dans le premier cas, il est question d’étude de dangers. L’objectif étant de vérifier si un facteur en particulier pourrait s’avérer nocif. Dans la seconde situation, il s’agit d’une étude de risques destinée à mettre le véritable risque en lumière. Le but est donc de déterminer si ce facteur est réellement nocif dans la vie quotidienne lorsque les limites d’exposition sont respectées. Imaginons un requin dans un aquarium. Le requin en soi est dangereux. Les études de dangers le pointeront donc du doigt. Cependant, le risque qu’un requin dans un aquarium vous attaque est minime. C’est de cela qu’il est question dans les études de risques.

Les chercheurs ont observé une augmentation du risque de certains types de tumeurs malignes cardiaques en cas d’exposition prolongée et intensive à des ondes radioélectriques de téléphones mobiles et pylônes. Ce phénomène n’a étrangement été observé que chez les rats mâles, épargnant donc les rats femelles et les souris. Ces résultats ne peuvent tout simplement pas être extrapolés à l’être humain. Il s’agit en effet d’études de dangers au cours desquelles les animaux ont été exposés à des doses de rayonnement bien plus importantes et prolongées que celles auxquelles sont confrontés les hommes au quotidien.

Par ailleurs, la communauté scientifique a émis de sévères critiques concernant la conception expérimentale de ces études, principalement par rapport à leur interprétation. Il y a tellement de critiques que les corrélations en question relèvent très probablement du hasard.

« Cherry picking »

Toutes les études qui se penchent sur l’impact du rayonnement des téléphones mobiles et des pylônes sur notre santé présentent des lacunes. C’est pourquoi il est essentiel d’examiner l’ensemble des études scientifiques, de les interpréter correctement et d’également tenir compte des différences qualitatives. Ce n’est souvent pas le cas pour les messages alarmistes concernant le rayonnement : il n’est, la plupart du temps, tenu compte que des études mettant l’accent sur les dangers, sans tenir compte de leur qualité ni des autres types d’études. C’est ce que les anglophones appellent joliment le « cherry picking » (un picorage qui met en exergue les faits accréditant une opinion, tout en passant sous silence les données contradictoires).

Même le Conseil supérieur de la santé est tombé dans le panneau...

Le Conseil supérieur de la santé s’est malheureusement lui-même rendu coupable de « cherry picking » dans un rapport datant de mai 2019, ayant pour intitulé « Hygiène de l’environnement physico-chimique (limitation de l’exposition aux agents mutagènes ou perturbateurs endocriniens) et importance des expositions en début de vie ». Il compilait une liste de substances chimiques avec lesquelles nous entrons quotidiennement en contact et qui pourraient potentiellement présenter un danger pour la santé. L’un des paragraphes de ce rapport se penche sur l’exposition au rayonnement non-ionisant. Ce dernier est utilisé par les opposants aux ondes électromagnétiques en tant qu’argument appuyant leur point de vue. A quel moment ce rapport s’est-il fourvoyé ?

  • La littérature n’a pas subi un examen approfondi. Il a été fait référence au hasard à un certain nombre d’études anciennes.
  • Le rapport n’a pas été établi par des experts du rayonnement non-ionisant.
  • Ce rapport ne mentionne que des substances pouvant s’avérer nocives, sans vérifier s’il existe réellement un lien de cause à effet entre ces produits et certains problèmes de santé. Une nouvelle fois, il est donc plus question de danger que de véritable risque au quotidien.

Classification en tant que « potentiellement cancérogène »

Le Centre international de recherche sur le cancer classe les ondes radio dans la catégorie « potentiellement cancérogènes ». Cette classification est régulièrement rappelée dans des articles soulignant les possibles dangers des ondes radio. Il s’agit toutefois d’une erreur d’interprétation. Les classifications attribuées par cette instance ne révèlent rien sur la mesure dans laquelle quelque chose s’avère véritablement cancérigène dans la vie quotidienne (risque). Elles ne font que cartographier la quantité de preuves de nocivité (danger). Et elles étaient vraiment peu nombreuses au moment de cette classification. Sachant que le métier de charpentier et les feuilles de la plante aloé vera se trouvent également dans cette catégorie, il paraît évident que cette classification ne justifie en rien de paniquer.