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Roche et Novartis : grand temps pour une compensation !

08 octobre 2019

Fin 2014, nous avions introduit une réclamation à l’encontre de Novartis et de Roche pour cause de pratiques illégales. Cinq ans plus tard, ce dossier traîne encore et toujours sur le bureau de l’autorité belge de la concurrence. Le temps d’une compensation est largement venu pour les millions d’euros gaspillés par notre sécurité sociale suite aux accords mutuels conclus par ces deux géants pharmaceutiques.  

Fin 2014, nous avions introduit une plainte auprès de l’autorité belge de la concurrence à l’encontre de Novartis et de Roche. Notre motivation ? Nous vous l’expliquons en détail dans ce bulletin d’information. Quelques mois avant notre réclamation, les deux firmes s’étaient vu infliger une amende de plus de 182 € millions pour pratiques contraires à l’éthique. Roche et Novartis s’étaient entendu pour freiner l’utilisation d’un médicament nettement moins cher (Avastin de Roche) pour le traitement de la forme exsudative de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (LMDA) au profit d’un médicament 20 fois plus cher (Lucentis de Novartis). Roche et Novartis ont sorti l’artillerie lourde pour échapper à cette amende. Cinq ans après les premiers débats juridiques, le rideau est définitivement tombé mi-juillet, et la procédure en appel des deux géants pharmaceutiques a été rejetée par le Conseil d’État italien.

Pas une priorité dans notre pays

Dans notre pays, cinq ans après notre réclamation auprès de l’autorité de la concurrence, le dossier traîne encore, restant (pour l’instant ?) sans suite. Selon une enquête de Het Laatste Nieuws, aucune perquisition n’a été effectuée dans ce dossier, aucune audition, aucun document n’a été saisi... Le dossier n’est clairement pas prioritaire pour l’autorité belge de la concurrence. Et ce, alors que cette même autorité a été informée par nos soins de chaque évolution pertinente.

Selon le syndicat belge des oculistes, le montant gaspillé en 2014 dans notre pays s’élève à quelque 200 € millions sur les 5 dernières années (2009 - début 2014). Selon Het Laatste Nieuws, ce montant s’élève depuis à un demi-milliard d’euros. La Ministre De Block réfute ces chiffres; elle aurait négocié une réduction exceptionnelle.

Baisse de prix pour Lucentis, Avastin non remboursé

La procédure a heureusement déjà entraîné une diminution sensible du prix du Lucentis début 2016. C’était l’une de nos revendications à l’adresse de la Ministre de la Santé Publique De Block qui, suite à notre procédure, a créé un groupe de travail avec l’INAMI, l’AFMPS et les oculistes. C’était soit une diminution sensible du prix du Lucentis, soit le remboursement de l’Avastin, nous fit savoir le cabinet fin 2015.

Au moment de l’introduction de la réclamation, il vous en coûtait encore 831 € pour le Lucentis. Finalement, le prix officiel dans notre pays a été ramené sous la barre des 700 €. S’il s’agit selon la firme du minimum européen, le montant n’en demeure pas moins élevé. En comparaison, l’Avastin coûte 40 €. Une nouvelle diminution de prix pour le Lucentis a été négociée dans un contrat secret. Au même moment, les limitations existantes dans la durée du remboursement du Lucentis ont été supprimées. Auparavant, ce remboursement était limité à trois ans, alors que les oculistes traitent un nombre considérable de patients bien plus longtemps que cela. Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de remboursement pour l’Avastin ? La question reste ouverte. D’autant que cette mesure a été introduite chez nos voisins (France, Pays-Bas et Italie), il est vrai indépendamment de la volonté de Roche.

Début 2018, l’instance publique compétente en Angleterre a d’ailleurs confirmé l’équivalence des deux médicaments dans une directive. Sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), seul l’Avastin y figure en tant que médicament pour le traitement de cette affection oculaire grave, et non le Lucentis.

Réductions secrètes

Notre sécurité sociale a-t-elle acheté un chat dans un sac avec cet accord ? Si la question reste ouverte, on peut cependant le craindre. Quel est le coût final du Lucentis pour la société ? Personne ne le sait. La Ministre De Block, à présent interpellée au sujet de cette décision, affirme que son cabinet a pu faire baisser le prix d’un traitement au Lucentis au même niveau que le prix d’un traitement à l’Avastin. C’est tout bonnement invérifiable, car les accords passés dans le cadre de tels contrats sont strictement secrets. Il s’agirait d’ailleurs d’un accord vraiment exceptionnel, car en moyenne, une réduction dans ces négociations secrètes s’élève à quelque 20 %.