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Les compléments pro-immunité et vitalité

23 novembre 2021

Au rayon des compléments alimentaires, de nombreux produits affirment renforcer l’immunité, vous aider à retrouver de la vitalité, ou encore contrer la fatigue. La crise du coronavirus n'a fait que renforcer cette tendance. Quels sont ces produits et que peut-on en attendre?

Booster son immunité? Tentant, mais impossible

Le système immunitaire - notre faculté de résister naturellement aux ennemis extérieurs - recouvre l'ensemble des mécanismes par lesquels notre organisme se défend contre les intrus. Il est toujours "sur les dents", car nous sommes constamment confrontés à des micro-organismes (bactéries, virus, champignons et parasites). À ce jour, les chercheurs ignorent encore pas mal de choses sur la complexité de la réponse immunitaire et les interconnexions qui s'y jouent. Mais l'on sait que pour fonctionner correctement, équilibre et harmonie sont nécessaires. 

L'idée de renforcer son système immunitaire est évidemment tentante. Malheureusement, jusqu'à présent, il n'existe encore aucune preuve scientifique que cela est possible. Les cellules immunitaires sont légion. Essayer de les renforcer est très compliqué, car il en existe de nombreuses familles, qui répondent différemment selon "l'ennemi" à affronter.

Sur lesquelles agir? En quel nombre? Les chercheurs étudient sans relâche les effets de l'alimentation, de l'activité physique, de l'âge, du stress et d'autres facteurs encore sur notre réponse immunitaire. 

Souvent, la base de ces "préparations qui améliorent la résistance" est constituée de vitamine D, de vitamine C, de sélénium et de zinc. Ces vitamines et minéraux, en plus de la vitamine A, de l'acide folique, du fer et du cuivre, jouent en effet un rôle important dans votre immunité à tous les niveaux. Il est donc vrai que votre résistance se détériorera si vous avez une carence en ces nutriments. Toutefois:

  • En cas de légères carences, il vous est conseillé de rééquilibrer votre alimentation. 
  • Si la carence est plus importante, des compléments alimentaires peuvent être utiles, mais seulement sur conseil de votre médecin à la suite d’une prise de sang.
  • Si vous n'avez pas de carences, ces compléments ne font rien en termes de prévention, et des vitamines ou des minéraux supplémentaires n'augmenteront pas votre résistance naturelle.

Outre ces vitamines et minéraux, vous trouverez également d'autres ingrédients dans ces compléments: des plantes ou des substances bioactives. Ces substances ont une certaine fonction dans notre organisme, mais ne semblent pas indispensables à notre santé.

Pour un système immunitaire optimal, rien de mieux qu’une alimentation saine et une bonne hygiène de vie: suffisamment de sommeil avec peu de stress pendant la journée, du sport ou de l'exercice physique, ne pas fumer et une consommation d’alcool modérée. 

En cas de doute, votre médecin peut vous proposer une prise de sang pour détecter d'éventuelles carences

 
Les compléments pour l’immunité: nos experts décortiquent le vrai du faux

Voici un récapitulatif des compléments ou ingrédients les plus souvent rencontrés qui sont réputés pour améliorer notre immunité:

  • Vitamine C: l'homme n'étant pas capable de la synthétiser lui-même, il lui faut absorber l'acide ascorbique (= vitamine C) des aliments. Heureusement, la vitamine C est très répandue dans notre alimentation (agrumes, kiwis, brocolis, choux, etc.). Elle est réputée pour booster l’immunité, mais sa présence très fréquente dans les compléments alimentaires permet uniquement d’annoncer qu’elle "soutient le bon fonctionnement immunitaire", c'est-à-dire son fonctionnement normal. En extrapolant, on pourrait croire qu’elle aide à prévenir ou à guérir les infections comme le rhume, mais ce n'est pas le cas. D’ailleurs tout surplus est éliminé par les urines...de l’argent gaspillé donc si vous consommez des suppléments en vitamine C. Méfiez-vous également des méga-doses. Au-delà de 2g de vitamine C, vous risquez de souffrir de diarrhée et de crampes d’estomac. À noter qu’une grosse orange suffit à couvrir les besoins journaliers en vitamine C.
  • Vitamine D: comme la plupart des vitamines, la vitamine D est également présente dans notre alimentation (poissons gras, œufs, margarine). La principale source, cependant, est notre propre peau. Là, le cholestérol présent est transformé en vitamine D sous l'influence du soleil, ce qui est notamment nécessaire pour avoir des os et des dents solides. En suffisance, cette exposition peut même pourvoir au besoin quotidien et rend un apport alimentaire superflu. Pour être précis, nous devons exposer nos mains et notre visage au soleil pendant 15 à 30 minutes par jour. Il existe cependant des personnes risquant une carence: les jeunes enfants (les vêtements et crèmes solaires empêchent la synthèse de la vitamine D en été), les adultes à la peau sombre (une forte pigmentation stoppe les rayons UV et complique la production de la vitamine D), ainsi que les personnes âgées. Pour atteindre les valeurs recommandées, il est dans certains cas nécessaire d'augmenter la consommation de certains aliments et de prendre des compléments alimentaires. Discutez-en avec votre médecin. Les fabricants affirment que la vitamine D améliore le système immunitaire. À l’heure actuelle, seule l’allégation “contribue au fonctionnement normal du système immunitaire” est autorisée par l’ Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). 
    La vitamine D contre le coronavirus? Pendant la crise du coronavirus, certains rapports ont, via les médias sociaux, affirmé que la vitamine D jouerait un rôle important dans la réponse de notre système immunitaire au SARS-CoV-2. En effet, il existerait de nombreuses études dans la littérature scientifique pointant un lien entre les faibles niveaux de vitamine D et les symptômes plus graves de la Covid-19. Mais cela ne signifie pas que la carence en vitamine D est la cause de symptômes plus graves de la Covid-19. Une récente recommandation du Conseil Supérieur de la Santé (CSS) confirme qu'il n'y a actuellement pas suffisamment de preuves que la prise de suppléments de vitamine D chez les patients infectés prévient une évolution défavorable de la maladie. Il n'y a pas non plus d'arguments solides en faveur de l'administration de très hautes doses de vitamine D, mais plutôt une supplémentation régulière étalée dans le temps pour les groupes à risque.
  • Zinc: il s’agit d’un oligo-élément essentiel, ce qui signifie qu’il doit être présent dans l’alimentation pour garantir une bonne santé. Il se trouve dans de nombreux aliments, surtout dans les sources de protéines animales, en particulier viande, œufs et fruits de mer, mais aussi, en plus petites quantités, dans les noix, amandes, noisettes, etc. Il est indispensable au bon fonctionnement du système immunitaire, mais dire qu’il améliore le système immunitaire nous semble excessif. Cette allégation est également en attente d'une décision de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Bien que les carences en zinc soient moins fréquentes que les carences en vitamine D, une recommandation récente du Conseil Supérieur de la Santé (CSS) souligne l'importance de consommer suffisamment d'aliments riches en zinc dans les circonstances actuelles (covid). Les personnes présentant un risque accru de carence en zinc, telles que les personnes âgées et les personnes ayant une alimentation déséquilibrée peuvent bénéficier d'un supplément de zinc. Discutez-en avec votre médecin.
  • Sélénium: il s'agit également d'un oligo-élément essentiel, dont l'organisme tire de petites quantités de l'alimentation. Le sélénium se trouve dans la plupart des produits alimentaires. Cependant, le taux en sélénium des aliments varie fort d’une région à l’autre. Ainsi, dans les produits végétaux, tels que les produits céréaliers et les légumes, le taux en sélénium reflète celui du sol dans lequel ils ont poussé. En Finlande, le gouvernement a décidé d'ajouter du sélénium aux engrais agricoles afin d’augmenter la teneur en sélénium des légumes et des céréales. Le sélénium est un antioxydant responsable du bon fonctionnement de la glande thyroïde et joue un rôle dans le fonctionnement normal du système immunitaire. Les carences en sélénium rendent les gens plus sensibles aux infections, mais l’excès ne va pas "booster votre immunité". Les groupes à risque tels que les personnes âgées doivent s’assurer auprès de leur médecin qu’ils en absorbent en suffisance.
  • Les polyphénols tels que la quercétine et le resvératrol: il s'agit d'antioxydants provenant de plantes que l'on trouve très souvent dans les compléments alimentaires. On dit qu'ils aident à renforcer votre système immunitaire, bien que l'EFSA interdise cette allégation en raison d'un manque de preuves scientifiques. Les recherches ont été effectuées principalement sur des animaux et in vitro. 
  • Des enzymes telles que la superoxyde dismutase (SOD) sont aussi parfois considérées comme des stimulants immunitaires en plus d’être "anti-âge". Elle n’est pas toujours bien absorbée par l'organisme en tant que complément, de sorte qu'il faut s'attendre à peu d'effets de cet antioxydant. 

  • La lactoferrine: cette protéine présente dans le lait maternel, possède des propriétés antibactériennes, antivirales, antifongiques, anticancéreuses et anti-inflammatoires. On prétend également qu'elle renforce l'immunité par divers mécanismes. L'EFSA n'a pas validé ces allégations. 
  • Probiotique: selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les probiotiques sont des "micro-organismes vivants qui, lorsqu’ils sont ingérés en quantité suffisante, exercent des effets positifs sur la santé, au-delà des effets nutritionnels traditionnels". Ils peuvent être utilisés dans des compléments alimentaires, mais on en retrouve aussi dans des aliments comme le yaourt, le Kéfir, la choucroute, etc. Ils renforceraient le système immunitaire. Mais, à l’instar de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA), nous sommes beaucoup plus nuancés sur la question. Des études montrent qu'ils ont un effet sur un microbiome intestinal déséquilibré. On constate des résultats différents selon les individus. Il existe différentes espèces et souches ayant des propriétés différentes. La plupart des probiotiques contiennent du Lactobacillus ou du Bifidobacterium, ou un mélange des deux. Mais il existe une grande variété de probiotiques. 
  • Fibres: les fibres solubles sont des molécules complexes de sucre non digéré telles que les galacto-oligosaccharides (GOS), les fructo-oligosaccharides (FOS), etc. Les fibres solubles sont des prébiotiques qui sont fermentés en acides gras à chaîne courte (comme le butyrate) par notre microbiome intestinal (= micro-organismes de l'intestin) et favorisent ainsi la croissance de certaines espèces bactériennes favorables dans l'organisme. Il s'agit donc d'une nourriture pour nos micro-organismes intestinaux. Ils augmentent le nombre de micro-organismes dans notre système intestinal et amélioreraient ainsi notre système immunitaire. Cette allégation, comme pour les probiotiques, a été interdite par les autorités (EFSA), bien que nous soyons plus nuancés à cet égard. Mais n'oubliez pas: vous pouvez également obtenir des fibres solubles par une alimentation saine et variée. 
  • Symbiotiques: combinaison de prébiotiques et de probiotiques.  
  • Extrait de pépins de pamplemousse: connu également sous le nom d’EPP, il est réputé pour être un booster de l’immunité par sa faculté à lutter contre les infections virales, bactériennes et fongiques. L’allégation qui associe l’EPP à une amélioration des défenses naturelles est en attente de verdict de l’EFSA. Les fabricants peuvent donc utiliser cette allégation dans l’attente d’une décision.
  • Échinacée: il s’agit d’un genre de plantes originaires d’Amérique du Nord. Trois espèces - l’échinacée purpura, l’échinacée angustifolia et l’échinacée pallida - ont la réputation d’avoir des effets bénéfiques pour la santé: renforcement du système immunitaire, propriétés antidouleur, anti-inflammatoires et antioxydantes. Ces effets restent cependant sujets à controverse. Aucune différence significative n'a été montrée dans la prévention des rhumes. Et dans le traitement des rhumes, seule une très petite différence positive a été démontrée par rapport au groupe placebo. Le mécanisme d'action repose, entre autres, sur une stimulation de la production de globules blancs. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour l'utiliser comme norme dans la prévention et le traitement des infections respiratoires. Il n'y a pratiquement pas d'effets secondaires, mais la prudence est de mise chez les patients atopiques avec une possible exacerbation de l'asthme et de l'eczéma. Son utilisation est également déconseillée aux personnes souffrant de maladies auto-immunes et aux patients atteints de cancer. Il n'est pas conseillé chez les enfants de moins de 12 ans.
  • Propolis: cette substance résineuse est présente sur les bourgeons des arbres. Les abeilles l’utilisent comme enduit aseptisant dans leurs ruches. Ses promoteurs lui prêtent des propriétés anti-infectieuses, anesthésiques, cicatrisantes et anti-inflammatoires ainsi que la faculté de renforcer la vitalité des cellules. Ici aussi, l’EFSA a réfuté les allégations. Il existe différentes compositions par région et par saison, ce qui rend moins évident de se prononcer sur les propriétés bénéfiques pour la santé. De plus, ces maux disparaissent aussi d'eux-mêmes, il est donc difficile de mesurer l'effet de ces produits. La propolis est utilisée dans des préparations contre les boutons de fièvre et les ulcères et se trouve souvent dans des sirops vendus comme antibiotique naturel pour soutenir les voies respiratoires. Les sprays pour la gorge, les sprays pour le nez, les crèmes, teintures et gels réparateurs peuvent également contenir de la propolis. L'utilité de ces derniers n'a pas été prouvée. Faites également attention aux éventuelles réactions allergiques.
  • Gelée royale: elle stimulerait le système immunitaire. Secrétée par les glandes d’abeilles ouvrières entre les 6e et 12e jours de leur vie, elle est essentielle pour le développement de l’abeille reine, grâce à sa combinaison de protéines, de glucides, de lipides, d’acides aminés, de vitamines et de minéraux. À l’heure actuelle, aucune allégation concernant la gelée royale n’est permise (effet positif sur la pression artérielle, action antitumorale, renforcement du système immunitaire, action sur l'insuline, antivieillissement). Il est souvent vendu sous forme d'ampoules, de gels ou de sirop. Là aussi, il est préférable de faire attention aux réactions allergiques.
  • Griffe de chat: il s’agit de l’autre nom de l’Uncaria Tomentosa, une liane ligneuse d’origine péruvienne. Son écorce et ses racines sont utilisées depuis des siècles par les peuples d’Amérique du Sud. On lui prête des vertus contre l’arthrite, les ulcères d’estomac, l’inflammation, la dysenterie et la fièvre. Cependant, les preuves convaincantes de son efficacité se font attendre notamment dans le cadre de la polyarthrite rhumatoïde.
  • Aloe Vera: il s'agit d'une plante médicinale utilisée depuis l’Antiquité et largement répandue. Elle est entre autres connue pour ses vertus détoxifiantes, cicatrisantes et antioxydantes. Elle renforcerait le système immunitaire grâce à la présence de polysaccharides, d'acides aminés, de vitamines et de minéraux. Cette mention n’est pas encore prouvée scientifiquement, et l’EFSA ne s’est pas encore positionnée là-dessus et des recherches supplémentaires sont nécessaires pour découvrir le mécanisme d'action exact.
  • Thym, ail, gingembre, curcuma, guarana, etc.: la liste des plantes utilisées dans les compléments alimentaires pour améliorer les défenses immunitaires est longue. Fin 2020, l’EFSA devait prendre une décision quant aux allégations autorisées ou non, mais malheureusement, ils ont pris du retard et en attendant, les fabricants n’hésitent pas à vanter les mérites de leurs produits tant qu’ils le peuvent.