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Achats durables au supermarché: au final, qui paie les promos?

27 novembre 2018

27 novembre 2018
Qu’est-ce qui est durable, qu’est-ce qui ne l’est pas? Vous trouvez aussi que votre supermarché devrait vous aider à établir cette distinction? En votre qualité de consommateur, vous êtes bien plus que votre ticket de caisse, et vous devriez pouvoir plus facilement faire des choix durables.

Témoignage 2: la viande

Qu’est-ce qui (ne) figure (pas) sur l’étiquette de votre morceau de viande?

Magaly Van Cutsem est à l’origine du webshop Mini & Madam. Depuis plusieurs mois, elle combine cette passion à un job à temps partiel en qualité d’employée administrative chez un courtier en assurances. Aux côtés de son époux et de sa fille de 5 ans, elle a jeté son dévolu sur Sterrebeek, une petite commune charmante à quelques encablures de Bruxelles.

Comme pour de nombreux parents, trouver l’équilibre idéal entre tous ses rôles relève du défi pour Magaly. Elle s’efforce de jongler entre ses rôles de maman, épouse, travailleuse salariée et indépendante. Elle ne parvient malheureusement pas à cuisiner tous les jours pour sa famille. Heureusement, la famille peut régulièrement mettre les pieds sous la table chez les (beaux-)parents. Pratique en effet, mais en dépit de cela, elle s’efforce d’être de plus en plus consciente de ce qui se trouve dans son assiette.

 Le témoignage de Magaly 

Cher supermarché,

J’adore vraiment savourer un délicieux morceau de viande. J’en consomme  depuis ma plus tendre enfance. Aujourd’hui, je me pose toutefois certaines questions. Quelle histoire se cache encore en réalité derrière ce «délicieux morceau de viande»?
A chaque bouchée, je ne peux m’empêcher de songer aux récits atroces concernant les abattoirs. Certes, je dois bien avouer que je n’ai pas osé regarder les images aux informations, ni lires les détails dans les journaux... Et je sais parfaitement qu’une réduction de la consommation de viande aurait une incidence gigantesque sur l’environnement. 

Et pourtant, contre toute logique, je continue à acheter votre viande. (Probablement aussi à un prix beaucoup trop bas). Et nombreux sont ceux qui m’emboîtent le pas. Cela m’amène donc à m’interroger. Serait-ce la force de l’habitude? Euh oui. Ou pas? C’est tout simplement parce que je ne trouve pas vraiment de solution alternative appropriée au supermarché. 

Cette délicieuse viande se trouve votre réfrigérateur et aucune réponse à mes interrogations ne saute aux yeux. Et c'est bien dommage!

Je suis une mère hyper occupée, avec un job, un travail d’ appoint, un époux et un enfant. Le temps et l’énergie me manquent pour tout rechercher moi-même.
Cher supermarché, vous avez le pouvoir en mains. Pourquoi ne faites-vous pas toute la lumière sur le chemin  parcouru par ce morceau de viande? Quelques explications sur une étiquette, un réfrigérateur «honnête» distinct dans votre magasin ou un dépliant assorti d’explications en long et en large. Demandez le prix le plus bas honnête pour un morceau de viande. Aiguillez-moi sans crainte sur le chemin d’une moindre consommation de viande. Les possibilités sont légion. Moi-même, comme beaucoup d’autres, l’apprécierions énormément.
Dès lors, Cher supermarché, voulez-vous m’aider à opérer des choix réfléchis lorsque je serai la prochaine fois en quête d’un délicieux morceau de viande? Qu’il serait bon de pouvoir (à nouveau) savourer sans honte une bonne tranche.

Notre complément d'info

La mention du pays d’origine est uniquement obligatoire, selon la réglementation européenne, pour la viande non transformée et non pour la viande transformée. Lorsqu’on sait qu’un peu d’épices suffisent à pouvoir parler de viande «transformée», le manque criant de transparence ne vous étonnera plus. Un morceau de poulet frais doit mentionner la provenance du poulet, mais un morceau de poulet cuit peut passer cela sous silence sur l’étiquette.

La provenance d’un morceau de viande n’est donc pas toujours aussi évidente à retracer. La mention «produit en» sur l’étiquette fait souvent référence au pays où a été produit le produit et non au pays duquel proviennent les ingrédients. Certains pensent que le code barre permet de déduire la provenance de la viande. Si le code commence par exemple par le chiffre «54», cela signifie que le pays de provenance est la Belgique. Ces chiffres indiquent toutefois uniquement le pays dans lequel le code barre a été enregistré et ne disent absolument rien sur la provenance du produit.

Laissez la viande trafiquée en rayonnage

Toutefois, la provenance de votre viande n’est pas le seul élément à être nimbé de mystère. L’industrie de la viande applique également différentes techniques pour vendre de la viande de moins bonne qualité à un prix plus élevé: viande en tranche, mélanges de viandes avec des ingrédients de remplissage moins onéreux comme des fibres, des légumes et des céréales, eau ajoutée, épaisses couches de panure et marinades pleines d’additifs... Ce n’est là qu’un aperçu de l’arsenal de trucs trompeurs mis en lumière lors de nos tests sur la nourriture. 

Nous mettons constamment le législateur sous pression pour veiller de manière plus stricte au respect des règles existantes et à leur renforcement là où cela s’avère nécessaire. Entre-temps, vous pouvez vous-même éliminer sciemment les étiquettes incomplètes ou trompeuses. Qui achète uniquement des produits avec de listes d’ingrédients claires et détaillées envoie en effet un signal non équivoque à l’industrie alimentaire.
Comment reconnaître de telles pratiques, c’est ce que vous apprendrez pas à pas dans notre  dossier Attention à la viande trafiquée

Remplacez pour une fois la viande

Toutefois, comme l’évoque Magaly, il peut être bon de remplacer régulièrement la viande sur votre assiette, soit par du poisson, soit par une solution alternative d’origine végétale. Selon les sondages portant sur la consommation de nourriture en Belgique, le Belge consomme encore un peu trop de viande et surtout de produits de viande (111 g dont 63 g de produits de viande comme la charcuterie, les hamburgers et les saucisses), mais trop peu de poisson et de succédanés végétaux comme les légumineuses.

Remplacer la viande dans notre alimentation quotidienne présente des avantages attestés pour la santé. En consommant trop de viande rouge et de viande transformée, vous augmentez le risque de cancer de l’intestin. La production de viande a également une incidence considérable sur l’environnement. L’impact est plus important que pour la production de solutions alternatives végétales. La production de viande va de pair avec d’ importantes émissions de gaz à effet de serre, d’importantes quantités d’eau sont nécessaires et la production de cultures alimentaires pour le bétail occupe beaucoup de surface au sol, ce qui entraîne d’importantes déforestations.

Autre raison: le recours préventif aux antibiotiques est malheureusement encore routinier dans l’industrie de la viande en Belgique. Toutefois, plus on a recours aux antibiotiques, plus les bactéries développent une résistance à ceux-ci.

C’est pourquoi il n’est pas impensable que l’on envisage à l’avenir d’introduire une taxe sur la viande. En soi, nous voyons plutôt d’un bon œil que l’on mette un frein fiscal à la consommation d’un produit néfaste pour l’environnement, et qui, en cas de surconsommation, met également la santé publique en danger. Toutefois, cette taxe supplémentaire ne peut pas être utilisée à mauvais escient pour combler d’autres trous dans le budget.

Une taxe sur la viande n’a de sens que si les recettes sont effectivement utilisées pour rendre les denrées saines et respectueuses de l’environnement plus accessibles, ce qui n’a malheureusement pas été le cas pour la taxe sur le sucre. La taxe touche directement le Belge au porte-monnaie, et une alimentation saine et durable, avec ou sans viande, ne peut pas être l’apanage des groupes de population plus nantis.