Réponse d’expert

Il refuse de manger des légumes, il n'aime que les tartines au choco... Comment réagir ?

16 septembre 2022
Enfant difficile pour manger, qui refuse les légumes

Votre enfant est difficile pour manger ? Il refuse certains aliments comme les légumes, trie les aliments dans sa boîte à tartines ou mange toujours la même chose (du choco, par exemple) ? Comment faire face ? Les conseils et la bonne attitude à afficher, selon la psychologue Michèle Mas.

Composer une boîte à tartines saine et équilibrée pour ses enfants n'est pas toujours une sinécure. Non pas que l'on manque d'idées, ni même d'informations nutritionnelles correctes, mais l'on peut aussi se retrouver confronté, à certaines étapes de sa vie, à un enfant difficile ou capricieux face à la nourriture...

C'est votre cas ? Tapez donc « Mon fils de 7 ans (ou ma fille de 6 ans) ne mange rien » sur Internet et vous verrez que des millions d'autres parents font face au même dilemme.

« Ma fille ne veut que des tartines au choco »

Quelle attitude adopter en cas de « crises » et disputes pour s'alimenter ? Comment faire manger un enfant qui ne veut pas et revient systématiquement avec sa boîte à tartines pleine ? Ou qui refuse certains aliments comme les légumes, ou encore qui n'accepte que les aliments qui lui plaisent tels que les tartines au choco, quitte à manger invariablement la même chose tous les jours ?

Comment nos expertes remplacent le choco de Roxanne

Le choco, invité quotidien de certaines boîtes à tartines...

« Les troubles alimentaires avérés, comme la phobie de la déglutition, le mérycisme (le jeune enfant garde les aliments coincés entre la gencive et la joue) ou encore le syndrome Pica (l'enfant mange n'importe quoi et en particulier ce qui n'est pas nutritif), ne concernent que 1 à 2 % de la population des enfants », rassure, d'emblée, Michèle Mas, psychologue à Tournai, notamment spécialisée dans les questions de comportement alimentaire.

« Quand il s'agit d'enfants habitués à certains repas, comme manger les mêmes tartines chaque jour à l'école, on est devant un problème lié à l'intolérance à la frustration, et non un trouble alimentaire. »

L'alimentation, premier apprentissage de la frustration

Et Madame Mas de poursuivre: « La société actuelle n'éduque plus à la frustration. L'enfant demande quelque chose et on le lui donne, pour éviter une crise. Mais si demain, l'enfant devenu adolescent demande de lui injecter une dose d'héroïne tous les matins, le ferons-nous ? Bien sûr que non. Et pourtant, la malbouffe, ce n'est guère très différent. Et c'est le même problème aussi avec les écrans. »

Pas de malbouffe pour les enfants

Ne pas céder devant les crises et bouderies.

« Nous ne sommes certes plus dans l'autoritarisme des années '50, mais il faut continuer d'apprendre à l'enfant à traverser ce qui est désagréable et frustrant, poursuit la spécialiste. Et la meilleure chose que l'on puisse faire pour cela, c'est de soutenir les parents : non, ce n'est pas grave si votre enfant fait une 'crise' parce que vous lui refusez quelque chose. Il faut encourager l'apprentissage de la frustration tout simplement parce que la vie sera frustrante, plus tard. On doit tous remplir sa déclaration d'impôts chaque année ou respecter le code de la route. Il faut donc donner des outils pour la traverser, et cela commence aussi via l'alimentation. »

Croire en la capacité de l'enfant à manger sainement 

Pas si simple, pensez-vous peut-être à ce stade de votre lecture... 

« La phase de sevrage est difficile. Certains parents qui consultent attendent que la solution vienne du thérapeute, comme un coup de baguette magique. Mais c'est leur travail, il n'existe pas de voie royale. Et la participation doit être active du côté des deux parents. Je les aide à apprendre à traverser le déplaisir pour retrouver le plaisir. Sans se prendre les pieds dans les jeux de pouvoir: si leur enfant se roule par terre parce qu'il ne veut pas manger la pomme mise dans sa boîte à tartines, je les aide à se sentir légitimes, à continuer d'oser la frustration utile et nécessaire. »

Un petit prince, pas un enfant-tyran

On veut tous être un chouette papa/ une chouette maman. Aucun parent n'aime imposer des choses désagréables à son petit 'prince/princesse'. Mais s'il faut renforcer l'estime de soi des enfants, il ne faut pas non plus en faire des tyrans qui se retrouveront inadaptés pour le quotidien plus tard.

« L'idée n'est certainement pas de frustrer pour frustrer, reprend Madame Mas, mais bien d'équiper l'enfant d'outils pour le préparer au principe de réalité et de croire en sa capacité d'y arriver. » Refuser à l'enfant de lui mettre une énième tartine de choco dans sa boîte à tartines plutôt qu'une alternative avec une garniture saine, c'est, d'une certaine façon, lui dire: 'Je sais que tu es capable et que tu vas réussir'. »

Croire dans les capacités de l'enfant d'y arriver.

La crêpe au choco en récompense

« L'enfant n'a pas à décider en ce qui concerne son équilibre alimentaire », poursuit la psychologue, « mais on peut lui apprendre à devenir compétent pour s'alimenter mieux. S'il essaie plusieurs fois l'aliment, vous verrez, il va s'habituer et son cerveau finira par apprécier. »

Les études scientifiques montrent qu'il faut, en moyenne, présenter l'aliment 7 fois. En parallèle, on valorise l'enfant en lui disant « qu'il est grand », « qu'il a de bonnes dents pour écraser » (chez les enfants qui n'aiment que les aliments mous) et en démontant ses faux arguments (« ça pique » est un classique). Mais il ne faut non plus passer sa vie à tout expliquer à l'enfant.

« Vous pouvez augmenter la tolérance à la frustration progressivement, par exemple en ne changeant qu'une tartine sur deux. Mais avec le risque que la tartine 'saine' revienne dans la boîte », prévient la spécialiste. « Si l'enfant mange bien pendant toute une semaine, vous pouvez lui proposer une récompense, comme faire une activité qu'il apprécie particulièrement, voire lui proposer une crêpe avec ce fameux choco qu'il aime tant en goûter. L'hédonisme est ainsi retardé, et l'aliment devient un vrai plaisir, c'est la cerise sur le gâteau », conclut la psychologue.

L'aliment préféré en récompense des efforts.

Vers notre plateforme "bien manger à l'école"

 

 

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