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Dossier

Pour des médicaments à prix abordables

05 août 2020
Guerissez l'industrie pharmaceutique

Les prix demandés par les entreprises pharmaceutiques pour leurs médicaments ne sont pas soutenables pour notre système de soins de santé. Le remboursement de traitements efficaces pourrait s'en trouver compromis. Les pouvoirs publics doivent réagir pour briser cette spirale d’augmentation des prix.

Ces médicaments plus chers sont-ils plus efficaces?

Si les entreprises pharmaceutiques ont développé quelques produits révolutionnaires, l’avantage de nombreux médicaments est assez réduit, comme l’indiquent différentes études.

Un exemple concret: une certaine étude s’est penchée sur 48 médicaments contre le cancer qui ont reçu une autorisation de commercialisation entre 2009 et 2013 de l’Agence européenne des Médicaments. Ces 48 médicaments avaient 68 indications. Au moment de l’autorisation de mise sur le marché, seulement 24 des 68 indications ont enregistré une augmentation significative de la survie. Le gain médian en termes de survie n'était que de 2,7 mois. Les autres indications ont obtenu leur autorisation de mise sur le marché sur la base d’une mesure comme la survie sans progression. Seules 7 des 68 indications mettaient à disposition des données concernant l’impact sur la qualité de vie. Même après un suivi de plusieurs années (jusqu’à minimum 3,3 ans après l’approbation par l’EMA), une nette amélioration de la survie ou de la qualité de la vie n’avait été démontrée que pour 35 de ces 68 applications.

Seuls dix des 92 nouveaux médicaments de 2017 représentent un vrai progrès en comparaison avec les produits existants, a récemment conclu le magazine médical Prescrire.

Cela vous surprend? Pas nous, car pour enregistrer un médicament, les fabricants ne doivent pas démontrer que le nouveau produit est plus efficace qu’un produit existant. Il lui suffit d’avoir plus d’effet qu’un placebo.

Par ailleurs, les médicaments pour le traitement de maladies graves arrivent souvent sur le marché sur la base de données limitées pour offrir aux patients un accès rapide aux nouveaux traitements. Toutefois, les preuves de leur valeur ajoutée font souvent défaut, même dans les années qui suivent la commercialisation et le remboursement par les caisses d’assurance maladie.

Si la plus-value laisse à désirer, les nouveaux médicaments vont de pair avec toujours davantage de dangers parce que leur profil de risque n’est pas encore totalement établi.

De nombreux « nouveaux » médicaments ne sont en outre rien de plus qu’un copier-coller de produits existants (les médicaments « me too »). Grâce à une petite adaptation sans plus-value démontrée, le producteur profite d’un nouveau brevet et d’un monopole pendant plusieurs années. La seule chose qu’il lui reste à faire, c’est convaincre les médecins que ce « nouveau » médicament est meilleur que l’original. Et il utilise à cet effet tous les moyens de marketing possible.

Et ce tandis que, pour certaines maladies, quasiment aucun nouveau médicament n’est développé malgré un besoin énorme, comme de nouveaux antibiotiques pour lutter contre les bactéries résistantes aux remèdes existants.