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Dossier

Pour des médicaments à prix abordables

05 août 2020
Guerissez l'industrie pharmaceutique

Les prix demandés par les entreprises pharmaceutiques pour leurs médicaments ne sont pas soutenables pour notre système de soins de santé. Le remboursement de traitements efficaces pourrait s'en trouver compromis. Les pouvoirs publics doivent réagir pour briser cette spirale d’augmentation des prix.

Des prix aussi élevés sont-ils vraiment nécessaires?

À en croire les fabricants, il sont contraints de demander des prix aussi élevés, car le développement de nouveaux médicaments coûte des sommes considérables. Nous avons toutefois notre propre opinion à ce sujet, car indirectement, vous aussi payez pour ces études et développements.

Recherche payée avec des deniers publics

Les pouvoirs publics investissent beaucoup d’argent dans la recherche universitaire à la base des nouveaux médicaments. Il ressort d’une récente analyse que la recherche fondamentale financée par des moyens publics est à la base de tous les médicaments approuvés entre 2010 et 2016 aux Etats-Unis. Toutefois, les universités se livrent aussi de plus en plus à la recherche appliquée, contribuant ainsi directement au développement des médicaments. Un quart des médicaments approuvés aux Etats-Unis entre 2008 et 2017 a été découvert par des centres de recherche publics, comme des universités, ou des spin-offs de centres de recherche publics.

Pour donner une idée des montants dont nous parlons: en Belgique, un total de 575 millions d’euros de fonds publics s’en est allé dans la recherche biomédicale en 2015.

Avantages fiscaux considérables

Les firmes pharmaceutiques peuvent également compter sur de substantiels avantages fiscaux. Les entreprises qui investissent dans la recherche paient, par exemple, moins d’impôts sur les sociétés: 80% des recettes issues des brevets sont ainsi exonérées d’impôt. En outre, les entreprises médicales bénéficient d’un crédit d’impôt pour leurs investissements dans la recherche et le développement. En 2016, les pouvoirs publics ont fait fi de 872 millions d'euros de recettes en octroyant des avantages fiscaux aux entreprises pharmaceutiques.

Ces mesures fiscales ont pour but de stimuler la recherche de nouveaux médicaments. Toutefois, certaines mesures, précisément les plus coûteuses, loupent leur effet. Prenons par exemple la déduction fiscale pour les recettes provenant des brevets: le Bureau du Plan n’y relève aucun impact favorable. Au contraire, certaines multinationales enregistrent leurs brevets en Belgique, alors que le produit auquel sert ledit brevet n’est même pas développé dans notre pays. Elles utilisent tout simplement cette mesure pour minimiser leur base imposable.

Une plus grande efficacité peut réduire les coûts

Si les coûts augmentent, c’est en partie parce que la recherche et le développement ne fonctionnent pas efficacement. Certaines recherches sont superflues, parce que différentes firmes se livrent aux mêmes recherches sans partager leurs résultats.

Ainsi en 2016, pas moins de 803 études cliniques étaient en cours sur le check-point immunothérapies pour le cancer, impliquant plus de 160.000 patients. Bon nombre de ces études étaient naturellement superflues, étant donné qu’elles impliquaient des molécules comparables. Les résultats n’ont toutefois pas été partagés.

La collaboration porterait pourtant ses fruits. Actuellement, près de 90% du budget de la recherche dans l’industrie pharmaceutique est affecté à des maladies représentant 10% seulement de la charge mondiale de morbidité. Les 90% restants se manifestent sur des marchés commercialement inintéressants.

Coûts réels sous le radar

Les entreprises pharmaceutiques restent muettes quant au montant réel de ces coûts. Selon un institut de recherche américain, sponsorisé par l’industrie pharmaceutique, ce coût s’élèverait à quelque 2,6 milliards de dollars par médicament. Une étude récente évalue le coût d’un médicament contre le cancer à 648 millions de dollars, soit moins du tiers. Certains chercheurs évoquent même un montant de 180 à 231 millions de dollars lorsqu’ils tiennent compte entre autres des avantages fiscaux.

L’industrie pharmaceutique se défend en avançant l’argument selon lequel les bénéfices sont réinvestis dans l’innovation. Une récente analyse a toutefois révélé que les bénéfices étaient presque intégralement versés aux actionnaires.

La transparence est cruciale

Nous ne sommes pas les seuls à avoir constaté que la transparence fait défaut dans le secteur pharmaceutique. En mai 2019, les Etats membres de l’Organisation Mondiale de la Santé ont adopté une résolution lors de la World Health Assembly, en vertu de laquelle ils s’engagent à élaborer des mesures visant à accroître la transparence dans le secteur pharmaceutique.

L’OMS déclare explicitement que tous les Etats membres « prennent des mesures adaptées pour publier des informations relatives aux prix nets de médicaments ». Un pas dans la bonne direction. Nous regrettons, toutefois, que les accords relatifs à la transparence en matière de coût de la recherche et du développement, que nous trouvions dans la version originale de la résolution, ont disparu dans les grandes lignes dans la version finale.

Cela ne doit toutefois pas signifier qu’aucun progrès ne peut être enregistré sur ce plan. En Italie, une loi a ainsi récemment été adoptée, laquelle introduit certains changements en matière de négociation de prix pour les nouveaux médicaments. Les entreprises qui introduisent une demande de remboursement sont tenues de fournir certaines informations, comme les fonds publics dont elles ont bénéficié pour les programmes de recherche et de développement, ainsi qu’une justification du prix demandé sur la base des coûts de production, de recherche et de développement.

Nous espérons que des mesures concrètes en faveur d’une plus grande transparence feront bien vite leur apparition dans notre pays également.