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Dossier

Pour des médicaments à prix abordables

05 février 2020
Guerissez l'industrie pharmaceutique

Les prix demandés par les entreprises pharmaceutiques pour leurs médicaments ne sont pas soutenables pour notre système de soins de santé. Le remboursement de traitements efficaces pourrait s'en trouver compromis. Les pouvoirs publics doivent réagir pour briser cette spirale d’augmentation des prix.

Comment les prix sont-ils fixés?

Les monopoles font grimper les prix

Le fabricant détient le droit de vente exclusif pendant plus de dix ans lorsqu’il commercialise un médicament. Tant qu’il en détient le monopole, il parvient à faire payer très cher son médicament.

D’après un groupe de médecins américains spécialisés dans la leucémie chronique, qui a dénoncé il y a quelques années l’explosion des prix, la règle que semble appliquer l’industrie pharmaceutique est la suivante: on prend le prix du produit le plus récent ayant le même effet, et on le majore ou le minore de 10 à 20%... mais le plus souvent, ce prix est majoré. Il n'y a pas vraiment d'explication rationnelle à cela... Le prix d’un nouveau médicament contre le cancer a ainsi centuplé entre 1965 et 2016 aux Etats-Unis.

En Europe, ces montants sont moins élevés parce que de nombreux pays, dont la Belgique, négocient avec les firmes. La marge de négociation est toutefois limitée lorsqu’il s’agit de médicaments dont les patients ont un besoin vital, comme les médicaments contre le cancer.

Certaines entreprises n’hésitent pas à profiter de leur position dominante pour faire du chantage auprès des pouvoirs publics. Rappelez-vous le chantage d’Aspen, l’entreprise qui a appliqué des augmentations de prix extrêmes pour « ne pas compromettre l’approvisionnement des patients belges »... Les dossiers de Leadiant et Spinraza aussi démontrent que les positions dominantes sont trop souvent utilisées de manière abusive dans le secteur pharmaceutique.

Les chiffres démontrent que les entreprises pharmaceutiques parviennent systématiquement à repousser nos limites. En 2018, l’INAMI a dépensé 2,19 milliards d’euros en médicaments en milieu hospitalier. Soit 960 millions d’euros de plus qu’en 2009, ce qui représente une hausse de 77% sur une période de 10 ans.

Réductions de prix secrètes

Quand un pays estime que le prix demandé pour un médicament est trop élevé, les entreprises accordent souvent une remise, à condition que celle-ci reste secrète. Ce système des réductions de prix secrètes peut donner aux pays l’impression d’avoir fait une bonne affaire, mais ils ne peuvent pas le vérifier... Pour les pays, c’est « chacun pour soi ». Tous ces mystères aident les fabricants à se faire un maximum d’argent dans chaque pays. 

Le système des remises secrètes était supposé n'être appliqué qu'à titre exceptionnel. Au fil des ans, il a été de plus en plus souvent utilisé, et s’est mué en un système de remboursement parallèle opaque. En 2018, 29% du budget des médicaments s’en est allé pour les médicaments sous contrat, soit près de 1,4 milliard d'euros. C’est quatre fois plus qu’en 2012, où ce montant était de 300 millions d’euros.

Collaboration à grande échelle

La Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg ont mis en place un accord de coopération en 2015 et ces trois pays ont été rejoints par l’Autriche et, plus récemment, par l’Irlande (BeNeLuxA). Dans ce cadre, les Pays-Bas et la Belgique ont négocié en 2018 un remboursement commun pour le Spinraza, destiné au traitement de l’amyotrophie spinale, une maladie musculaire rare. Le résultat des négociations est toutefois resté secret, ce qui signifie que la remise octroyée n’est pas du domaine public. Pour l’instant, les négociations communes restent limitées aux médicaments destinés au traitement des maladies rares.